UNIS: les libéraux se rangent derrière Morneau alors que l’opposition réclame sa tête

OTTAWA — Alors que les conservateurs continuent de réclamer la tête de Bill Morneau après que ce dernier eut révélé qu’il avait bénéficié d’un voyage payé en partie par l’organisme UNIS («WE Charity», en anglais), les libéraux fédéraux se rangent derrière leur ministre des Finances.

M. Morneau a comparu devant le comité parlementaire des Finances, mercredi, à la demande des partis d’opposition, pour faire le point sur un contrat de 900 millions $ qui avait été octroyé à UNIS pour administrer un programme de bénévolat étudiant. L’organisme et le gouvernement fédéral ont depuis mis fin à l’entente.

La mère, l’épouse et le frère du premier ministre Justin Trudeau ont reçu des honoraires totalisant plus de 300 000 $ d’UNIS. L’une des filles de M. Morneau est une employée contractuelle d’une division de l’organisation et une autre a prononcé des discours pour UNIS, sans être payée.

M. Morneau a déclaré mercredi qu’il avait fait un chèque de plus de 41 000 $ à UNIS, tout juste avant sa comparution, pour rembourser certains frais qui avaient été payés par l’organisation dans le cadre de deux voyages humanitaires en 2017 auxquels des membres de sa famille et lui ont participé. Le ministre était présent à l’un des deux voyages.

Il a aussi révélé que son épouse et lui ont fait des dons totalisant 100 000 $ à UNIS dans les deux dernières années.

M. Morneau s’était déjà excusé pour ne pas s’être récusé des discussions du cabinet ministériel au sujet d’UNIS, vu l’apparence de conflits d’intérêts avec ses filles; mercredi, il s’est également excusé pour ne pas avoir pris connaissance des sommes d’argent qu’il devait à UNIS pour couvrir certains frais de voyage en 2017.

Jeudi, les conservateurs ont formellement exigé que le ministre des Finances démissionne. Ils l’avaient fait la veille également, estimant qu’il avait «perdu l’autorité morale de gouverner» en violant, vraisemblablement, plusieurs articles contenus dans la Loi sur les conflits d’intérêts.

La loi interdit entre autres aux ministres et à leur famille d’accepter des voyages payés parce que cela pourrait être vu comme une tentative d’influence.

«Pourquoi Justin Trudeau ne le congédie pas? C’est ça, la question», a réitéré Pierre Poilievre, porte-parole conservateur en matière de finances, lors d’une conférence de presse tenue à Ottawa jeudi matin aux côtés de ses collègues Michael Barrett et Michael Cooper.

«Le ministre Morneau a été franc et direct avec le comité et transparent avec les Canadiens. (…) Depuis le début de la pandémie, il a travaillé sans relâche avec ses collègues du cabinet pour apporter un soutien essentiel aux Canadiens. Le ministre Morneau continue de faire ce travail sur lequel les Canadiens comptent», a fait savoir le bureau du premier ministre.

Les ministres Mélanie Joly et Steven Guilbeault tenaient environ le même discours jeudi, en marge d’une annonce sur les technologies propres à Montréal.

«Non seulement il s’est expliqué, mais il s’est excusé», a dit Mme Joly.

«Le ministre Morneau a reconnu qu’il avait mal agi et il s’en est excusé. Il a mis en place la subvention salariale et la PCU — dans ce sens-là, il a été là pour aider des millions de Canadiens», a renchéri M. Guilbeault à ses côtés.

M. Poilievre a dit que son parti allait utiliser toutes les avenues possibles. L’opposition a déjà demandé et obtenu que le premier ministre et sa chef de cabinet Katie Telford témoignent devant le comité des finances. Le moment de leurs comparutions sera à déterminer.

Un autre député conservateur, Michael Cooper, a déposé une motion mercredi pour exiger la démission de M. Morneau à ce même comité des finances.

Au comité de l’éthique — qui se penche aussi sur UNIS — le Bloc québécois y est allé jeudi d’une proposition semblable qui a été rejetée.

Les conservateurs et les néo-démocrates ont également demandé au commissaire à l’éthique d’élargir son enquête déjà en cours au sujet des liens entre le ministre Morneau et UNIS pour y inclure les voyages financés par l’organisation.

M. Poilievre n’est pas allé aussi loin que de réclamer que M. Trudeau cède sa place, comme le fait le Bloc québécois depuis plusieurs jours déjà.

«Je ne m’y objecterais certainement pas», a toutefois répondu M. Poilievre.

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