UNIS: Trudeau absent des Communes alors que les questions fusent

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau brillait par son absence à la Chambre des communes, lundi, alors que les questions fusaient des banquettes de l’opposition concernant l’affaire UNIS («WE Charity», en anglais).

Tour à tour, conservateurs, bloquistes et néo-démocrates ont pris la parole pendant la période de questions pour demander qui avait approuvé un contrat de 900 millions $, sans appel d’offres, pour qu’UNIS mette sur pied un programme de bénévolat étudiant.

Depuis, il a été rapporté que tant des membres de la famille de M. Trudeau que de son ministre des Finances, Bill Morneau, avaient reçu des honoraires de la part de l’organisation. Les deux hommes se sont excusés pour ne pas s’être récusés des discussions du cabinet.

«C’est soit de la corruption ou de l’incompétence. Laquelle est-ce?» a lancé le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, aux Communes lundi.

«Ce n’est aucun des deux», a répliqué la vice-première ministre Chrystia Freeland, déléguée pour répondre en l’absence du premier ministre, qui avait pris une «journée personnelle» selon son agenda public.

La ministre Bardish Chagger a continué de marteler, pendant toute la période de questions, que c’est un haut fonctionnaire qui avait recommandé UNIS pour administrer ce programme et qu’elle avait accepté la recommandation.

Mais pris dans la tourmente, le gouvernement fédéral et UNIS ont annoncé plus tôt ce mois-ci qu’ils avaient mis fin à cette entente.

Depuis, le commissaire à l’éthique a confirmé qu’il enquêtera pour déterminer si MM. Trudeau et Morneau ont violé la loi et un comité fédéral reçoit des témoins pour faire la lumière sur l’octroi de ce contrat.

Comme ils le font depuis quelques jours, les bloquistes ont réclamé que M. Trudeau cède sa place à Mme Freeland, le temps que le commissaire fasse la lumière sur cette affaire.

Le député Rhéal Fortin s’est demandé pourquoi le premier ministre avait «gardé le silence», selon lui, sur le fait que sa mère Margaret Trudeau et que son frère Alexandre Trudeau avaient reçu des dizaines de milliers de dollars d’UNIS.

«Il a oublié ce détail ou il espérait que ça ne sorte pas? (…) Pourquoi avoir essayé de cacher la vérité, sinon parce qu’il savait que ses décisions étaient éthiquement indéfendables?» a lancé M. Fortin.

Le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice, a relevé le fait que M. Trudeau est sous enquête par le commissaire de l’éthique pour une troisième fois et a soutenu que les libéraux sont «aveugles» sur le plan de l’éthique.

«Comment ça se fait que ce sont les jeunes et les étudiants qui doivent payer le prix de l’irrésistible envie des libéraux de donner des cadeaux à leurs petits amis?» a-t-il déploré.

L’agenda du premier ministre indique qu’il sera présent aux Communes lors de la période de questions de mardi.

C-20 bientôt adopté

Le projet de loi C-20, qui vise à prolonger le programme de subvention salariale, octroyer une prestation spéciale aux personnes handicapées et prolonger certaines échéances pour les causes portées devant les tribunaux, devrait être adopté aux Communes mardi.

C’est ce qu’a indiqué le leader parlementaire du gouvernement, Pablo Rodriguez, qui a précisé que C-20 sera ensuite envoyé au Sénat.

Le projet de loi prévoit que le programme de subvention salariale sera prolongé jusqu’au 21 novembre, avec possibilité de le prolonger jusqu’au 31 décembre, et ses critères devraient être assouplis afin que les entreprises puissent rouvrir et embaucher des travailleurs même si le pays est toujours frappé par la pandémie de COVID-19.

Plus tôt en journée, M. Scheer a dit qu’il trouvait la nouvelle formule pour la subvention salariale trop compliquée. Il a dit que son parti tentera de convaincre le gouvernement de simplifier le processus pour les employeurs qui en ont déjà assez sur les bras, à son avis.

Dans sa version originale, le programme couvrait 75 % des salaires, jusqu’à un maximum de 847 $, pour les entreprises admissibles et les organismes à but non lucratif qui avaient connu une baisse de revenus d’au moins 30 %.

La nouvelle formule prévoit une aide modulée en fonction de la baisse de revenus due à la pandémie, et les entreprises les plus touchées recevraient une somme supplémentaire.

«Vous avez besoin d’un degré (diplôme) en mathématiques pour comprendre», a critiqué M. Scheer, lors d’une conférence de presse à Ottawa lundi matin.

«On comprend que ça peut venir avec une complexité administrative un peu plus élevée, mais rien qui empêchera les entreprises d’aller de l’avant et d’aller chercher cette aide qui apparaît essentielle», a soutenu pour sa part le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

Le Bloc québécois avait déjà indiqué son appui au projet de loi, donnant ainsi aux libéraux une majorité pour une adoption rapide à la Chambre des communes.

M. Blanchet a dit que le projet de loi n’était pas parfait, mais de façon générale, il estime qu’il s’agit d’une amélioration par rapport au projet de loi précédent qui avait été rejeté par l’ensemble des partis d’opposition le mois dernier.

Le Nouveau Parti démocratique s’est réjoui que le nouveau projet de loi ne contienne pas de dispositions pour punir les fraudeurs de la Prestation canadienne d’urgence.

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