Université d’Ottawa : «censure morale», disent des syndicats de professeurs

MONTRÉAL — Le principal regroupement de syndicats de professeurs d’universités, au Québec, crie à la «censure morale» dans le dossier d’une professeure de l’Université d’Ottawa. Il presse Québec de légiférer pour garantir la liberté académique des professeurs d’universités.

En entrevue avec La Presse Canadienne lundi, le président de la Fédération québécoise des professeurs et professeures d’université, Jean Portugais, s’est aussi dit déçu de l’attitude de l’Université d’Ottawa dans ce dossier.

«La direction de l’Université d’Ottawa devrait prendre fait et cause pour son professeur et envoyer le message clair aux étudiants qu’il ne va pas y avoir une police morale à l’université, pour choisir ce qui est acceptable ou pas d’enseigner — à moins qu’il s’agisse délibérément d’une attitude dont on peut faire la preuve qu’elle est offensive à l’endroit des étudiants», a lancé M. Portugais. 

La Presse a rapporté que la professeure Verushka Lieutenant-Duval a été suspendue durant quelques jours, le 23 septembre, après avoir utilisé le fameux «mot qui commence par N» pour expliquer comment certaines communautés s’étaient réappropriées des termes. Une étudiante en a été offusquée, puis a porté plainte.

À l’université, explique M. Portugais, on utilise des mots pour en permettre l’examen, la critique. «Ils sont capables de faire les nuances avec les étudiants. Il ne  doit pas y avoir de censure. Si les étudiants disent « vous n’avez pas le droit de prononcer tel ou tel mot », bien l’université dans son ensemble se trouve ébranlée», a opiné M. Portugais.

«On va voir ça s’étendre à plusieurs domaines… Vous savez, il y a des facultés, des départements où on nous rapporte qu’il y a des auteurs que les étudiants ne voudraient plus étudier. Je pense à Louis-Ferdinand Céline, l’auteur français du début du 20e siècle, qui a écrit un livre à la charge antisémite très forte. Il y a des membres de la commuanuté étudiante qui voudraient qu’on bannisse certains sujets à l’étude des plans de cours, parce qu’ils sont inconfortables», rapporte M. Portugais.

Il attribue le tout à un «climat délétère» qui sévit présentement. Il cite ainsi le cas d’un homme victime de la COVID-19 qui a accepté de faire une publicité pour mettre en garde la population, et qui a ensuite été pris à partie dans des médias sociaux. Sur un tout autre ordre, il cite aussi le cas de Samuel Paty, l’enseignant qui a été décapité en France par un islamiste radical pour avoir montré en classe des caricatures de Mahomet.

«Il y a cette espèce de police morale de certains groupes de pression qui veulent fonctionner uniquement dans un esprit de vengeance. La personne doit payer pour la prise de position publique qu’elle a prise. Elle n’a plus de liberté d’expression», résume M. Portugais.

«Ce sont les fondements de nos démocraties qui sont mis en cause actuellement», conclut-il.

M. Portugais plaide donc pour une protection de la liberté académique au niveau universitaire, en la protégeant par une loi. Il presse Québec d’agir en la matière. La FQPPU prépare d’ailleurs un projet à cet effet qu’elle présentera à la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

Quant à l’Université d’Ottawa, son recteur Jacques Frémont, dans une lettre publique, a défendu son comportement dans ce dossier, en affirmant que «liberté d’expression et droit à la dignité ne se contredisent pas; ils doivent se compléter et exister l’un en présence de l’autre. C’est l’exercice auquel nous sommes conviés».

«Nous sommes, comme bien d’autres universités, en train de prendre conscience des diverses manifestations de ce racisme systémique, bien ancrées dans nos façons de faire et nous avons pris l’engagement de travailler à remédier à la situation», a ajouté le recteur. 

La FQPPU représente quelque 8200 professeurs d’universités au Québec par le biais de 18 syndicats et associations.

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