Vaccin contre la COVID-19: pas de priorité pour ceux atteints de maladies chroniques

MONTRÉAL — Même si elles sont plus à risque et que les arrivages de vaccin s’accélèrent au Québec, les personnes atteintes de cancer et celles souffrant de troubles de santé chroniques comme le diabète et les maladies pulmonaires ne sont pas priorisées pour recevoir le vaccin contre la COVID-19.

Il n’est toujours pas possible pour elles de sauter par-dessus la file d’attente.

Cette décision des autorités désole des associations représentant les intérêts de ces personnes vivant avec de graves maladies, plus à risque de développer des complications graves si elles contractent la COVID-19, et même de mourir.

«J’ai un patient qui vit terré chez lui depuis le début de la pandémie», rapporte le Dr Rémi Rabasa-Lhoret, qui soigne des patients atteints de diabète.

Et d’autres ne sont quasiment pas sortis de la maison depuis un an, dit-il.

Ils ont peur, rapporte l’endocrinologue, qui est aussi président du conseil professionnel de Diabète Québec. Car ces patients, s’ils sont infectés par le nouveau coronavirus, sont de deux à trois fois plus à risque de se retrouver aux soins intensifs et de mourir qu’une personne du même âge sans maladie chronique. Plusieurs études scientifiques le confirment, dit-il. «Le risque plus élevé est bien établi.»

C’est d’ailleurs le cas de plusieurs autres conditions chroniques, comme les maladies rénales, «qui sont un facteur de risque énorme», dit-il.

L’Association pulmonaire du Québec est du même avis: les gens atteints de maladies pulmonaires devraient recevoir leur première dose vaccinale plus rapidement que ce qui est actuellement prévu. Sa directrice générale, Dominique Massie, rappelle que «l’âge n’est pas le seul critère de vulnérabilité».

Des gens très jeunes sont atteints de maladies pulmonaires graves, dit-elle, et ils ne savent pas encore quand leur tour arrivera.

«Ils n’attendent que ça, le vaccin, pour recommencer à vivre.»

Le gouvernement du Québec a entrepris la campagne de vaccination en commençant par les aînés vivant en centres de soins de longue durée et par les travailleurs de la santé qui prennent soin d’eux. Puis, la population est appelée à être vaccinée en fonction de l’âge, les plus âgés en premier.

Les personnes vivant avec des cancers ou des maladies chroniques doivent donc attendre leur tour, avec ceux de leur groupe âge qui n’ont pas de problème de santé.

Interrogé à ce sujet, le ministère de la Santé a ainsi justifié sa position: «l’âge constitue un facteur de risque de complications plus important que la présence de comorbidités».

«En conséquence, les personnes adultes de moins de 60 ans qui ont une maladie chronique ou un problème de santé augmentant le risque de complication de la COVID-19 seront vaccinées au huitième rang, après les personnes de plus de 60 ans.»

Le ministère indique toutefois que les travaux se poursuivent afin de définir précisément la liste des maladies chroniques et les problèmes de santé qui augmentent le risque de complications de la COVID-19. 

Sauf que «pour le moment, les priorités de vaccination demeurent inchangées».

«Un manque de jugement», tranche Mme Massie.

Vendredi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, n’a pas souhaité réagir. Son bureau a fait savoir que la priorisation de vaccination relève du Comité d’immunisation du Québec (CIQ) et non pas du ministre.

«Bien que nous soyons très sensibles à ces demandes, ce ne sont aucunement des décisions qui relèvent du politique.»

La Fondation québécoise du cancer a pris position publiquement — en appuyant et en signant une lettre transmise au gouvernement par l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec — en faveur d’une priorisation pour les personnes atteintes d’un cancer, puisqu’elles sont immunosupprimées en raison de la maladie.

«Il nous semble que les gens atteints de cancer ont assez souffert avec l’isolement et le délestage», a d’ailleurs commenté Léopoldine Frowein, conseillère en communications et relations publiques pour la Fondation.

Le gouvernement n’a pas communiqué de changement de position à ce sujet, rapporte Mme Frowein, mais «il a dit être sensibilisé par cette demande».

De son côté, l’Association des maladies pulmonaires dit ne pas avoir eu de nouvelles du gouvernement. En attendant, elle croule sous les appels téléphoniques de gens inquiets, se posant des questions et ayant besoin d’être rassurés, soutient Mme Massie. 

Lorsqu’une personne reçoit un diagnostic de fibrose pulmonaire idiopathique, il ne lui reste généralement que trois ou cinq ans à vivre, a-t-elle expliqué. Chaque mois compte pour elle.

Le gouvernement du Québec est sensible à la situation, indique le Dr Rabasa-Lhoret, mais ce dernier suppose que l’obstacle serait la logistique lourde et complexe de l’exercice: établir une liste de maladies et l’obligation pour la personne de prouver qu’elle en souffre, afin d’être vaccinée plus rapidement.

Difficile, peut-être, mais pas impossible, soutient le docteur qui est le vice-président, clinique et recherche clinique à l’Institut de recherches cliniques du Québec (IRCQ). Les patients peuvent apporter avec eux la liste de leurs médicaments lors du rendez-vous de vaccination, une façon de prouver qu’ils souffrent d’une maladie les mettant plus à risque de graves complications de la COVID-19, offre-t-il comme piste de solution.

Laisser un commentaire

Donc si je comprends bien, moi, qui a 49 ans, fait du diabète de type 1 depuis 1977 et qui a des problèmes cardiaques (deux infarctus en février 2019 et mai 2020) et qui a plus de chance de mourir de la Covid si je la contracte va passer après la personne de 60 ans en pleine forme qui est moins susceptible d’en mourir? Fair enough… complètement ridicule…en plus que je suis un travailleur essentiel dans l’agroalimentaire.

Répondre

La France vaccine déjà ceux atteint de maladies chroniques depuis quelques semaines. Si on avait dit 60-69 ans + maladies chroniques, les personnes les plus vulnérables seraient vaccinées quand même. Manque de jugement de la part du gouvernement.

Répondre

Mon fils de 50 ans n’a plus de pancréas, donc diabétique de type 1 très difficile à contrôler .En plus il n’a plus de rate . Son fils de 14 ans va à la polyvalente, où il y a des cas de Covid ,et travaille dans un IGA .Mon fils est un traumatisé cranien , il est rendu très dépressif .Quand aura t’il le droit d’être vacciner

Répondre