Vaccination des détenus: des provinces n’ont toujours pas dévoilé leurs plans

Un directeur de l’Association canadienne des libertés civiles croit que les provinces devraient fixer des objectifs pour la vaccination des détenus dans les prisons provinciales — ce que la moitié d’entre elles n’ont pas encore fait.

Service correctionnel Canada a commencé la vaccination des détenus fédéraux plus âgés ou considérés comme «médicalement vulnérables». Mais, en date de la semaine dernière, les provinces n’avaient pas encore commencé à vacciner des détenus en attente d’un procès ou purgeant des peines plus courtes dans les prisons provinciales.

«Les détenus sont touchés de manière disproportionnée par des problèmes de santé qui les rendraient très vulnérables aux maladies graves et à la mort s’ils contractent la COVID», a déclaré Abby Deshman de l’Association canadienne des libertés civiles.

En raison de l’approvisionnement limité en vaccins, le Comité consultatif national de l’immunisation recommande que les personnes dans les centres correctionnels soient vaccinées après les résidents des foyers de soins de longue durée, les personnes âgées de 70 ans et plus, les travailleurs de la santé et les adultes des communautés autochtones.

La Colombie-Britannique, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse ont indiqué que, en date de la semaine dernière, les prisonniers et le personnel carcéral allaient se faire vacciner lors de la deuxième série de vaccinations, soit entre le mois prochain et juin.

L’Alberta, le Manitoba et le Québec n’ont pas fourni de calendrier pour la vaccination des détenus. Terre-Neuve-et-Labrador a déclaré que ses détenus participeraient à la deuxième phase de sa distribution de vaccins, mais n’a pas précisé les dates.

La Saskatchewan a dit que le classement des groupes vulnérables restait à déterminer.

Les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon prévoyaient commencer à vacciner cette semaine. Le Nunavut n’a pas répondu aux demandes d’informations.

Mme Deshman a fait partie d’un projet de recherche qui a suivi les cas de COVID-19 dans les prisons et les pénitenciers. Le projet a permis de constater que depuis le 1er décembre, il y avait eu au moins 1962 infections parmi le personnel et les détenus — plus que tous les cas signalés de mars dernier à novembre.

«Nous devrions avoir des objectifs pour vacciner les populations clés vulnérables, quelles qu’elles soient», a-t-elle avancé.

«Si ces objectifs doivent être ajustés, s’ils ne peuvent pas être atteints, cela doit être communiqué et expliqué publiquement.»

Elle a fait remarquer que certains politiciens, dont le chef conservateur fédéral Erin O’Toole et le premier ministre de l’Ontario Doug Ford, ont refusé la vaccination précoce des détenus fédéraux.

Justin Piché, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa, a déclaré qu’il y a beaucoup moins de détenus âgés dans les prisons provinciales que dans les prisons fédérales, où un détenu sur cinq a 50 ans et plus.

Il a ajouté que la rhétorique des dirigeants qui oppose un groupe à un autre n’est pas utile.

«Les prisons font partie des lieux de rassemblement qui connaissent une transmission importante», a-t-il noté.

«On y retrouve des prisonniers qui contractent la COVID-19 à des taux plus élevés. Il y a des membres du personnel pénitentiaire qui y entrent et en sortent tous les jours, retournent dans leurs familles, retournent dans leurs communautés.»

Le Syndicat des agents correctionnels du Canada critique le fait qu’Ottawa n’ait pas fait vacciner le personnel correctionnel en plus des prisonniers et qu’il ait plutôt laissé aux provinces le soin de décider de l’endroit où placer ces travailleurs dans le calendrier de vaccination.

 «C’est complètement insensé», a dit le président national Jeff Wilkins.

«Nous avons (le pénitencier de la Saskatchewan), par exemple, qui a connu une épidémie assez importante. Nos membres sont épuisés.»

La semaine dernière, le Manitoba a inscrit les travailleurs de la santé correctionnels provinciaux et fédéraux sur la liste des personnes admissibles à la vaccination.

M. Wilkins veut que les agents correctionnels soient vaccinés avec le personnel des soins de longue durée.

«Dans certaines régions, nous avons constaté que les taux des institutions étaient bien plus élevés que ceux de la communauté.»

Catherine Latimer, directrice générale de la Société John Howard du Canada, se demande pourquoi des doses ont été envoyées dans des établissements du Canada atlantique, qui n’ont aucun cas actif de COVID-19, alors que les détenus du Manitoba et de la Saskatchewan sont plus à risque.

Mme Latimer est également préoccupée par les mesures de type «isolement cellulaire» qui seraient selon elle utilisées pour contenir le coronavirus.

«L’environnement correctionnel est très, très difficile en ce moment», a-t-elle déclaré.

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