Des usines à la recherche de la recette du vaccin contre la COVID

Des entreprises pourraient produire des millions de doses du vaccin si elles connaissaient la composition et les procédures techniques requises pour les fabriquer. Mais Pfizer, Moderna et AstraZeneca ne veulent pas partager leurs données.

Neznam / Getty Images

Dans un quartier industriel en banlieue de la plus grande ville du Bangladesh se trouve une usine remplie d’équipement à la fine pointe de la technologie importé de l’Allemagne. Ses couloirs immaculés sont remplis de pièces scellées hermétiquement. Mais l’usine fonctionne seulement au quart de sa capacité.

Il s’agit de l’une des trois usines que l’Associated Press a visitées sur trois continents qui pourraient produire des millions de doses du vaccin contre la COVID-19, si elles connaissaient la recette et les procédures techniques requises pour les fabriquer.

Mais ce protocole appartient aux grandes entreprises pharmaceutiques qui ont développé les trois premiers vaccins homologués en Amérique du Nord et en Europe : Pfizer, Moderna et AstraZeneca.

En Afrique et dans le sud-est de l’Asie, des pays et des groupes d’aide aux personnes plus démunies, tout comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), militent pour que les grandes pharmaceutiques permettent aux fabricants disponibles de consulter les brevets pour qu’ils puissent produire des doses de vaccin à leur tour.

Ces entreprises, qui ont bénéficié de fonds publics en Europe et aux États-Unis pour développer leur produit à une vitesse jamais égalée auparavant, expliquent toutefois qu’elles doivent négocier une par une des ententes avec les usines, puisqu’elles sont dans l’obligation de protéger leur propriété intellectuelle.

Cette manière de procéder est toutefois décriée par de nombreux observateurs, qui jugent qu’elle est trop lente pour répondre au besoin urgent de freiner la propagation du coronavirus avant qu’il ne mute vers une forme plus dangereuse.

Impact sur les pays pauvres

L’OMS a d’ailleurs pressé les pharmaceutiques de partager avec d’autres fabricants leur protocole pour « augmenter substantiellement la production mondiale » de doses.

« Si cela se produisait, il y aurait des dizaines d’entreprises sur tous les continents qui seraient en mesure de produire des vaccins », a affirmé Abdul Muktadir, dont l’usine au Bangladesh a déjà fabriqué des vaccins contre l’hépatite, la grippe, la méningite, la rage, le tétanos et la rougeole.

Partout sur le globe, l’offre des pharmaceutiques est insuffisante pour répondre à la demande en vaccins, et la majorité des doses est envoyée dans les pays riches.

Selon l’OMS, 10 pays se sont partagé 80 % des doses produites jusqu’à maintenant sur la planète. La semaine dernière, 210 pays et territoires n’avaient inoculé aucun de leurs citoyens, ce qui représente 2,5 milliards de personnes qui n’ont aucun accès au vaccin.

Les négociations au cas par cas ont aussi fait en sorte que certains pays plus pauvres ont payé plus cher que des pays plus riches pour le même vaccin. L’Afrique du Sud, le Mexique, le Brésil et l’Ouganda ont tous déboursé des montants différents par dose pour obtenir le vaccin d’AstraZeneca.

Tous ont payé leurs doses plus chères que les pays de l’Union européenne, selon des documents publics.

AstraZeneca a indiqué que le coût des doses peut varier d’un pays à l’autre en raison de la capacité de produire le vaccin localement et de la quantité de doses commandées.

« Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est une sélection naturelle dans laquelle seul le plus fort survit. Il faut avoir les poches profondes, jouer du coude pour mieux se positionner, arracher aux autres ce qu’ils ont et les laisser mourir », a illustré la directrice exécutive de l’ONUSIDA (Programme commun des Nations unies sur le VIH/Sida), Winnie Byanyima.

En Afrique du Sud, où est apparu pour la première fois le variant du coronavirus le plus inquiétant, l’usine Biovac a dit être en négociation depuis des semaines avec une pharmaceutique, sans avoir réussi à obtenir un contrat. Au Danemark, Bavarian Nordic aurait la capacité de produire 200 millions de doses, mais elle attend de conclure une entente avec une entreprise.

Des gouvernements et des experts de la santé offrent deux solutions potentielles à la pénurie de vaccins : l’une, soutenue par l’OMS, est un pool de brevets inspiré d’une plateforme créée pour les traitements du VIH, de la tuberculose et de l’hépatite pour un partage volontaire de la technologie, de la propriété intellectuelle et des données. Mais aucune entreprise n’a offert de partager ses données.

L’autre, une proposition de suspension des droits de propriété intellectuelle pendant la pandémie, a été bloquée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) par les États-Unis et l’Europe, qui abritent les entreprises ayant développé les vaccins contre le coronavirus. Cette campagne a le soutien d’au moins 119 pays et de l’Union africaine, mais les fabricants de vaccins s’y opposent résolument.

Les sociétés pharmaceutiques disent qu’au lieu de lever les restrictions de propriété intellectuelle, les pays riches devraient simplement donner plus de vaccins aux pays les plus pauvres par l’entremise de COVAX, l’initiative public-privé que l’OMS a contribué à créer pour une distribution plus équitable des vaccins. L’organisation et ses partenaires ont livré ses premières doses la semaine dernière en quantités très limitées.

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Aucune surprise ici.
L’industrie pharmaceutique tient « le monde » en otage – rien de moins!
À quand des actions fermes à leur encontre?

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