Vaccins: Les Canadiens ne peuvent pas être les premiers servis

OTTAWA — À ceux qui se plaignent que les Américains et les Allemands commenceront à être vaccinés contre la COVID-19 dans quelques semaines alors que les Canadiens devront attendre au début de l’année prochaine, Justin Trudeau répond qu’il faut comprendre que le Canada n’a pas de capacité de production locale de vaccins.

Mais non, les Canadiens n’auront pas à attendre que les populations américaines ou allemandes soient totalement servies d’abord, a assuré mardi le premier ministre.

«Effectivement, les toutes premières doses, on peut comprendre qu’une compagnie qui produit des vaccins aux États-Unis va commencer à distribuer aux États-Unis avant de distribuer à l’international. Mais on n’attend pas pour que tout le monde aux États-Unis soit vacciné avant de commencer à vacciner les Canadiens», a dit le premier ministre.

Se présentant au pas de sa porte, mardi, comme il en a repris l’habitude, M. Trudeau a rappelé que son gouvernement a acheté des dizaines de millions de doses de vaccins. 

«On va recevoir des vaccins dans les prochains mois», a-t-il assuré.

Le premier ministre prêche donc la patience. Les autorités fédérales croient que les premières doses de vaccins arriveront au Canada entre janvier et mars prochains.

À Québec, un autre premier ministre manifestait plutôt son impatience.

«On met beaucoup de pression sur le gouvernement fédéral. On sait que dans certains endroits en Europe, aux États-Unis, on parle même de commencer à recevoir des vaccins avant Noël», a fait remarquer François Legault pendant son point de presse, mardi après-midi.

«Nous, on n’a pas de nouvelles du fédéral. C’est le fédéral qui négocie avec six compagnies. On a très hâte de savoir la date où on va pouvoir commencer à vacciner», a-t-il réclamé.

Cette date, à en comprendre Ottawa, ce sera en 2021.

Et ça, ça fait sortir de leurs gonds tous les chefs des partis d’opposition aux Communes.

Dans ce crescendo, c’est le chef néo-démocrate qui a posé sa question le plus calmement. «Quand est-ce qu’on va avoir un vaccin au Canada?» a demandé Jagmeet Singh.

Le chef conservateur a monté d’un ton. «Ce gouvernement-là nous a mis derrière la file d’attente», s’est plaint Erin O’Toole.

«La santé de milliers de personnes est en jeu. Et, on est obligé de le dire, il y a des vies qui sont en jeu. Pour les semaines supplémentaires, le premier ministre nous sort des prétextes pour l’injustifiable», a lancé, à son tour, Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois.

À toutes ces attaques, le premier ministre a répondu que les «défis» étaient connus depuis le début puisque le Canada n’a pas de production locale de vaccins.

Une approbation à venir et des congélateurs

Pour ce qui est de la distribution du vaccin au pays, M. Trudeau a «un plan» et, il insiste, tout vaccin devra d’abord passer par une vérification à Santé Canada.

«Je veux rassurer les Canadiens que si un vaccin commence à être distribué au Canada, ça va être parce qu’on a jugé que c’est sécuritaire pour les Canadiens. On a besoin que les gens soient confiants qu’ils sont en sécurité quand ils prennent ce vaccin», a-t-il souligné.

Sa ministre des Services publics et de l’Approvisionnement a spécifié, lors d’un point de presse tenu quelques minutes plus tard, que Santé Canada doit donner le feu vert avant que les doses de vaccins n’arrivent au Canada, ces produits ayant une durée de vie limitée et nécessitant un entreposage compliqué.

La ministre Anita Anand a d’ailleurs fait savoir que le gouvernement fédéral a acheté 126 congélateurs dont 26 peuvent atteindre les -80 degrés Celsius, pour l’éventuel entreposage des vaccins. 

«Nous pourrons entreposer 33,5 millions de doses à la fois», a annoncé la ministre.

La prochaine fois?

Depuis mars, le gouvernement fédéral prend des mesures pour développer la production de vaccins au Canada, mais ce ne sera pas réglé à temps pour cette pandémie-ci.

«On est en train d’investir pour redévelopper une industrie pharmaceutique au Canada, pour qu’on puisse produire des vaccins dans les années à venir. Et, surtout, si jamais il y a une autre pandémie comme ça, nous n’allons pas être mal pris comme on l’est maintenant», a dit le premier ministre.

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