Vaccins: l’Europe dénonce la lenteur des livraisons et consulte le Canada

OTTAWA — Le gouvernement Trudeau est exhorté à suivre la rhétorique sévère de la commissaire européenne à la Santé, qui a accusé mercredi une société pharmaceutique de ne pas respecter ses obligations morales et légales en raison de retards de livraison.

Le fabricant de vaccins AstraZeneca était la cible des critiques de la commissaire Stella Kyriakides, lors d’une conférence à Bruxelles.

Ne pas pouvoir garantir la capacité de production va à l’encontre de l’accord conclu, a soutenu Mme Kyriakides, qui a rejeté la «logique de premier arrivé, premier servi» dans cette situation.

Mme Kyriakides a également déclaré que l’Union européenne (UE) était en discussions de façon continue avec le Canada et les autres pays du G7, ajoutant qu’elle ne bloquerait pas les exportations européennes de vaccins vers d’autres pays.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé mercredi qu’il s’était entretenu plus tôt dans la journée avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et «a été rassuré d’apprendre que les mesures de transparence prises par l’Europe n’affecteront pas les livraisons de Pfizer et Moderna au Canada».

Santé Canada n’a pas encore approuvé le vaccin d’AstraZeneca, car le ministère attend les résultats d’un essai d’envergure aux États-Unis. Si Santé Canada approuve l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca au pays, le gouvernement fédéral a des dizaines de millions de doses en commande.

Mais entre-temps, le Canada fait face à une forte baisse des livraisons de Pfizer ce mois-ci.

Après s’être récemment entretenu avec les dirigeants de Pfizer, Moderna et AstraZeneca, M. Trudeau a dit qu’il était très optimiste à l’idée que toutes les doses promises arrivent à temps. Mais il n’a pas expliqué pourquoi.

Un exemple à suivre pour le Canada

Lawrence Herman, un vétéran du commerce international et ancien diplomate canadien, estime que Mme Kyriakides donne un exemple à suivre au gouvernement Trudeau pour pousser les grandes sociétés pharmaceutiques européennes à tenir leurs promesses au Canada.

M. Herman croit que la commissaire Kyriakides a livré «une déclaration extrêmement dure et à certains égards menaçante». Il a dit que c’était «quelque chose de clair et direct à imiter pour nos propres ministres».

Mme Kyriakides a indiqué lors d’un point de presse que les responsables européens n’étaient pas satisfaits des informations qu’ils reçoivent d’AstraZeneca, et elle n’a laissé aucun doute sur le fait que les gentillesses seraient laissées de côté lors d’une réunion avec la société plus tard mercredi.

«Maintenant, permettez-moi d’être parfaitement claire: les 27 États membres de l’Union européenne sont unis sur le fait qu’AstraZeneca doit tenir ses engagements dans nos accords. Nous sommes dans une pandémie. Nous perdons des gens chaque jour. Ce ne sont pas des chiffres. Ils ne sont pas des statistiques. Ce sont des personnes avec des familles, des amis et des collègues qui sont également touchés», a-t-elle soutenu.

Mme Kyriakides a souligné que les accords d’achat anticipé de l’UE indiquaient clairement que les fournisseurs devaient avoir toute la capacité de fabrication en place pour livrer les doses des médicaments promis. Elle a rejeté l’argument d’AstraZeneca selon lequel la pharmaceutique avait peut-être une marge de manœuvre parce qu’elle avait signé une clause de «meilleur effort» dans le cadre de l’accord.

Discussions avec le Canada

Lorsqu’on lui a demandé lors de la réunion si elle avait été en contact avec des pays partenaires tels que le Canada et l’Afrique du Sud, Mme Kyriakides a répondu: «Nous sommes en contact permanent avec nos partenaires mondiaux. Et par le biais du G7, et je travaille très étroitement, bien sûr, avec (l’Organisation mondiale de la santé).»

Elle a dit que l’Europe n’envisageait pas de contrôler les exportations de vaccins, mais se concentrait plutôt sur un «mécanisme de transparence» qui visait manifestement les sociétés pharmaceutiques.

«Ce que cela fera, c’est de clarifier la capacité de production des fabricants, le nombre de doses (…), quelles doses sont vendues à quels pays, y compris l’UE 27.»

Le Canada et l’Union européenne ont signé un accord de libre-échange tant vanté pour les biens et services, aussi connu sous l’acronyme AECG.

Mais selon M. Herman, rien dans l’accord n’aurait pu anticiper les défis actuels posés par la pandémie. Ainsi, «courir vers des avocats spécialisés» et déposer des plaintes en vertu des règles commerciales existantes n’est pas une solution, dit-il.

«Cela ne veut pas dire que le Canada ne devrait pas rappeler aux Européens leurs obligations dans l’AECG. Bien qu’il y ait des portes de sortie en vertu de l’AECG (…) autorisant des restrictions commerciales en cas d’urgence», a-t-il expliqué.

«La seule voie pratique est sur le terrain. Cela signifie travailler avec l’UE et les entreprises pour trouver une solution qui donne au Canada ce dont il a besoin.»

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