Vaccins: Trump veut favoriser «l’Amérique d’abord» tout en aidant le reste du monde

WASHINGTON — Les États-Unis «travailleront avec le reste du monde» pour distribuer les vaccins contre la COVID-19, a promis mardi le président Donald Trump, alors qu’au même moment, il signait un décret pour que les Américains les reçoivent en priorité.

M. Trump a ainsi livré deux promesses diamétralement opposées: faire en sorte que les Américains soient les premiers à récolter les fruits des efforts des États-Unis pour mettre au point des vaccins, mais aussi s’assurer que les autres pays les reçoivent également.

C’est le Royaume-Uni qui est devenu mardi le premier pays occidental à commencer à administrer un vaccin contre la COVID-19 en dehors des essais cliniques: le vaccin de Pfizer-BioNTech, que les régulateurs britanniques ont approuvé la semaine dernière.

L’agence américaine de contrôle des médicaments (Food and Drug Administration) a fait une évaluation élogieuse du vaccin, affirmant qu’il offre une protection rapide et solide après la première des deux doses et fonctionne bien quel que soit l’âge, le poids ou l’ethnicité. La société américaine Pfizer et l’allemande BioNTech ont rapporté un taux d’efficacité d’environ 95 % après deux injections.

Il y a beaucoup d’autres vaccins qui sont encore en développement, a souligné M. Trump, en promettant qu’ils mettraient «fin à la pandémie».

Le décret présidentiel prévoit que les Américains auront «un accès prioritaire aux vaccins contre la COVID-19 développés aux États-Unis ou achetés par le gouvernement américain».

«Après avoir assuré la capacité de répondre aux besoins de vaccination du peuple américain, il est dans l’intérêt des États-Unis de faciliter l’accès international aux vaccins COVID-19 du gouvernement américain», poursuit le décret.

L’ordonnance oblige également les responsables de la sécurité nationale à coordonner une stratégie pour la mise en œuvre de l’accès international aux vaccins dans les 30 jours, à condition qu’un «approvisionnement suffisant» existe «pour tous les Américains qui choisissent de se faire vacciner».

Le docteur Raywat Deonandan, épidémiologiste et professeur en sciences de la santé à l’Université d’Ottawa, souligne que limiter le déploiement des vaccins dans le monde aura des conséquences qui iront au-delà du rythme de la vaccination.

«Personne n’est en sécurité tant que tout le monde n’est pas en sécurité», a affirmé le docteur Deonandan en entrevue. «Tant que l’épidémie ne sera pas éradiquée dans les coins les plus reculés du Bangladesh, ce ne sera pas fini. (…) Alors on peut faire valoir que ce n’est pas une position avantageuse pour quiconque de plaider pour qu’une population l’obtienne avant une autre.»

Le Canada n’est pas inquiet

Au nord de la frontière, les responsables fédéraux ont accueilli le décret du président Trump par un haussement d’épaules.

«Nous sommes convaincus que Pfizer et les autres fabricants de vaccins qui sont contractuellement tenus de livrer des vaccins au Canada seront en mesure de respecter ces obligations», a déclaré le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc.

«Nous sommes déjà partis du principe que nous ne devions pas être liés à un lieu de fabrication en particulier, c’est pourquoi les contrats prévoient cela. Pfizer, par exemple, possède de nombreuses installations de fabrication en Europe ainsi qu’aux États-Unis.»

Ce ne serait pas la première fois que le président Trump tenterait d’empêcher le Canada d’accéder à du matériel médical essentiel depuis le début de la pandémie.

En avril, il a tenté d’empêcher 3M d’honorer ses contrats avec les acheteurs canadiens de masques N95 de fabrication américaine. La société du Minnesota a finalement négocié une solution impliquant la distribution de masques fabriqués à l’étranger pour répondre à une demande américaine sans précédent.

Plus tôt ce mois-ci, un décret de M. Trump autorisant les États, les pharmacies et les grossistes à importer des médicaments sur ordonnance moins chers du Canada, dans le cadre de son plan pour lutter contre les coûts élevés des médicaments aux États-Unis, est entré en vigueur.

Mais il a été bloqué de façon préventive par le gouvernement fédéral, qui a mis en œuvre une règle interdisant l’exportation de médicaments destinés au marché intérieur canadien qui sont déjà en pénurie ou qui risquent de l’être.

La docteure Jacalyn Duffin, professeure d’histoire médicale à l’Université Queen’s et auteure d’un blogue sur le problème chronique de pénurie de médicaments au Canada, affirme que l’administration Trump a montré depuis longtemps qu’elle ne s’intéresse qu’a ses propres intérêts.

«Cela me brise le cœur qu’il n’y ait pas de solidarité aux États-Unis. (…) C’est tellement égoïste en ce qui concerne les produits qui pourraient aider», a dit la docteure Duffin. «Nous allons tous continuer de subir la distanciation sociale, l’isolement et le port du masque pendant très, très longtemps, même lorsque les vaccins arriveront jusqu’à nous.»

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