Le conseil municipal de Montréal dénonce unanimement le projet de loi 21

MONTRÉAL — Le conseil municipal de Montréal a adopté dans une rare unanimité, lundi, une résolution condamnant le projet de loi du gouvernement québécois sur la laïcité de l’État, qui interdirait le port de tout signe religieux au personnel de l’État en situation d’autorité — notamment les enseignantes.

La mairesse Valérie Plante et le chef de l’opposition officielle, Lionel Perez, ont parlé d’une seule voix, lundi, pour réitérer le caractère déjà laïc de Montréal, tout en appuyant le droit de tous de vivre selon leurs convictions religieuses. Les deux adversaires politiques ont présenté conjointement la résolution bipartisane au conseil municipal. La résolution proclame que les règlements municipaux de Montréal sont neutres, sans égard aux convictions religieuses de ceux qui les adoptent.

Mme Plante a tenu à souligner que l’inclusion «se passe bien à Montréal», où l’ouverture, la tolérance et le respect priment avant tout. Personne ne devrait vivre dans l’incertitude de son emploi parce qu’il choisit de pratiquer sa religion, a-t-elle indiqué, ajoutant qu’il n’y avait pas lieu de mettre en opposition la charte des droits et libertés et nos valeurs et notre culture.

Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez, a de son côté indiqué que le projet de loi 21 sur la laïcité du gouvernement à Québec «ne représente pas une laïcité ouverte, ne représente pas les valeurs montréalaises ni québécoises». Le chef intérimaire d’Ensemble Montréal a espéré que cette belle unité à l’hôtel de ville poussera le gouvernement de François Legault à entendre la voix de Montréal et à modifier le projet de loi.

Le premier ministre Legault n’a pas fermé la porte, dimanche, à ce qu’il y ait «d’autres modifications, d’autres suggestions».

«Ce n’est pas impossible, mais je pense que sur le fond, il y a une grande majorité de Québécois qui souhaite qu’on interdise les signes religieux pour le personnel de l’État qui est en situation d’autorité», a-t-il quand même répété. Il a aussi rappelé qu’en ce qui concerne les enseignants de niveaux primaire et secondaire, il fallait d’abord penser aux enfants.

«Quand on regarde une enfant de cinq, six, sept ans, c’est clair que l’enseignante ou l’enseignant est en position d’autorité. Il faut penser à l’enfant et il ne faut pas oublier qu’on donne un droit acquis, donc les enseignants actuels ne perdront pas leur emploi», a-t-il rappelé.

La mairesse Plante n’a pas voulu spéculer sur ce que pourrait faire Montréal si le projet de loi était adopté en l’état. Le gouvernement a le droit de présenter un projet de loi, a-t-elle dit, mais il faut maintenant en débattre, notamment en commission parlementaire. Mme Plante a par ailleurs déploré le recours à la disposition dérogatoire, de façon préventive, pour contourner toute contestation de la loi devant les tribunaux. La mairesse de Montréal estime qu’il s’agit d’une façon de court-circuiter le débat et de créer plus d’anxiété.

Mme Plante et M. Perez ont rencontré la presse lundi en marge du dernier conseil municipal dans la salle de l’hôtel de ville où est actuellement accroché un crucifix. Les élus déménageront dans l’édifice voisin le temps d’importants travaux de rénovation; le crucifix ne retrouvera toutefois pas sa place à la fin de ces travaux majeurs.

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3 commentaires
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¨La mairesse de Montréal estime qu’il s’agit d’une façon de court-circuiter le débat et de créer plus d’anxiété.¨… Quel débat ? Elle était où Mme Plante ces quinze dernières années ? On ne débat que de ça depuis quinze ans; il est plus que temps de fermer le livre et passer à autre chose.
Le conseil municipal de Montréal a été élu pour gérer les affaires de Montréal, pas pour mettre des bâtons dans les roues du gouvernement provincial en prétendant représenter l’opinion de ses 1,7 millions d’habitants. La province a parlé en élisant la CAQ sur son programme. ¨Vox populi, Vox Dei¨, sait-elle ce que ça veut dire ?
Montréal est peut-être le nombril du Québec, mais le cœur et la tête sont ailleurs.

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La province a parlé en élisant le gouvernement Legault, mais les Montréalaises et Montréalais ont aussi parlé en élisant leur gouvernement municipal. Le conseil représente la ville qui sera la plus touchée par la loi, c’est donc normal qu’il en parle, et unanimement de surcroît. De plus, en utilisant la disposition dérogatoire on ne règle absolument rien ; elle doit être renouvelée périodiquement. Ce qui veut dire que le dossier ne sera jamais vraiment clos…

@ S. Arbour…
Ce n’est pas parce qu’un conseil municipal élu pour une gouverne municipale représente automatiquement l’opinion de tous ses concitoyens sur un sujet hors programme municipal. Je verrais d’un très mauvais œil que mon conseil municipal se prononce en mon nom sur un sujet pour lequel je ne l’ai pas élu. Je vote pour son programme et non pour ses opinions hors programme.
Avec la clause dérogatoire qui devra être revue dans 5 ans, on verra bien d’ici là si le malaise persiste encore et s’il y a lieu de la réitérer. Les esprits auront peut-être assez de temps pour s’apaiser et constater qu’il n’y a pas réellement d’iceberg en vue. Le conseil municipal de Montréal N’EST PAS le gouvernement provincial. Qu’il prenne donc le temps de respirer par le nez. Ça suffit ces bien-pensants, en commençant par la mairesse, qui ¨savent¨ ce qui est bon pour les autres; il y a quand même 5 millions de québécois en dehors de Montréal !!!