Il vaut mieux prévenir les conflits que combattre, estime le chef d’état-major

OTTAWA – Le chef d’état-major de la défense croit que les militaires du Canada et de ses alliés seront surtout appelés dorénavant à prévenir les conflits dans un monde de plus en plus explosif, plutôt qu’à mener bataille de façon spectaculaire et décisive.

Dans une allocution au salon annuel de l’armement, mercredi matin à Ottawa, le général Jonathan Vance s’est d’abord réjoui de l’examen de la politique de défense du Canada amorcé par son nouveau ministre, le libéral Harjit S. Sajjan. Et selon le chef d’état-major, les Canadiens doivent maintenant accepter le fait que l’époque des grandes victoires militaires décisives, comme celles des deux grandes guerres, est bel et bien révolue.

«Cela semblera contraire à la logique pour plusieurs Canadiens, mais c’est la vérité», a-t-il estimé. Les militaires doivent souvent «recoudre le tissu social, politique et économique» de pays où ils combattent encore, a expliqué M. Vance. «Compte tenu de cette réalité, et puisque le type de menaces auxquelles nous sommes confrontés ne donnent pas lieu à des victoires ou des défaites retentissantes, je crois que nous devons plutôt nous tourner vers la prévention des conflits.»

L’attrait du général Vance pour les missions de maintien de la paix coïncide par ailleurs avec la philosophie des libéraux, qui veulent accorder plus d’importance à ce rôle historique créé par Lester B. Pearson. L’ex-premier ministre libéral avait même été récompensé d’un prix Nobel de la Paix pour cette initiative internationale.

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a indiqué mercredi à La Presse Canadienne qu’il partageait la lecture géopolitique du général Vance. C’est pourquoi, a-t-il dit, le Canada met notamment l’accent sur la Jordanie et le Liban dans le cadre de sa lutte contre les militants islamistes en Syrie et en Irak.

M. Dion a aussi évoqué le cas de l’Égypte et de la Tunisie, deux pays qu’il a visités cette semaine et qui ont besoin, selon lui, de soutien pour ne pas sombrer dans le chaos. Les récents attentats dans ces pays «ont été des tragédies pour leurs économies», a soutenu le ministre Dion, joint mercredi en Égypte. «Nous devons les aider à trouver des solutions afin de briser ce cercle vicieux.»

L’ÉI a changé la donne

Le général Vance a rappelé par ailleurs que même ces missions de maintien de la paix étaient devenues de plus en plus périlleuses, et admet qu’il n’est pas aisé de prévenir les conflits.

Selon le chef d’état-major, les missions traditionnelles de casques bleus, comme la Force multinationale d’observateurs au Sinaï, sont aujourd’hui confrontées à des menaces nouvelles de combattants du groupe armé État islamique. M. Vance croit même que le groupe armé menace l’existence de cette mission, destinée à assurer le respect du traité de paix de Camp David conclu en 1979 par l’Égypte et Israël.

Le chef d’état-major admet qu’il sera très ardu de faire accepter aux Canadiens ce concept de casques bleus voués à la prévention des conflits, car ce que l’on évite peut difficilement, par définition, être mesuré de façon tangible, contrairement aux dépenses budgétaires et aux pertes humaines. Mais «la tendance est actuellement au règlement des conflits et aux mesures d’atténuation», a-t-il estimé.

Après plus d’une décennie de guerre en Afghanistan, le gouvernement libéral tente actuellement de renouer avec son passé de grandes missions de casques bleus sous l’égide des Nations unies. Mais le général Vance met en garde les Canadiens contre tout empressement dans ce dossier, malgré les exigences de la géopolitique.

«Nous devons réfléchir davantage avant de commencer à tirer», a soutenu le général, qui a dirigé les troupes canadiennes en Afghanistan. «Nous ne voulons pas aller dans des pays où nous serions vus comme des ennemis du seul fait que nous sommes devenus amis avec les mauvaises personnes.»

Le ministre de la Défense, Harjit S. Sajjan, doit lui aussi prononcer un discours, jeudi matin, dans le cadre de ce même salon canadien sur la défense et la sécurité mondiales (le «CANSEC»), organisé par l’Association des industries canadiennes de défense et de sécurité.