Vente à l’encan contestée d’oeuvres africaines chez Christie’s à Paris

PARIS — Une commission nigériane a demandé l’annulation de la vente aux enchères, lundi à Paris, de statues nigérianes sacrées qui, selon elle, auraient été volées au Biafra.

La maison de vente aux enchères de Christie’s a défendu cette mise à l’encan, affirmant que les oeuvres d’art avaient été légitimement acquises et que la vente se poursuivrait comme prévu.

Ces dernières années, les tribunaux français ont toujours statué en faveur des maisons de vente aux enchères dont les ventes d’objets sacrés, tels que les masques tribaux hopis, étaient contestées par des groupes de défense des droits et des représentants des tribus concernées.

Un universitaire de Princeton, le professeur Chika Okeke-Agulu, tout comme la Commission nationale des musées et monuments du Nigéria, a soutenu plus tôt ce mois-ci que les objets avaient été pillés pendant la guerre du Biafra à la fin des années 1960.

Une pétition en ligne, avec plus de 2000 signatures, demande l’arrêt des enchères. «Alors que le monde s’éveille à la réalité de l’injustice et des inégalités raciales systémiques, grâce au mouvement #BlackLivesMatter, nous ne devons pas oublier que ce n’est pas seulement le corps noir, mais aussi la culture, l’identité et surtout l’art noirs qui sont détournés», indique la pétition.

Les défenseurs affirment qu’entre 1967 et 1970, alors que la guerre civile au Biafra faisait rage au Nigéria et que plus de 3 millions de civils mouraient, un célèbre chasseur de trésors européen était au Biafra «en pleine chasse pour notre patrimoine culturel».

La maison de ventes aux enchères soutient que «ces objets sont légalement vendus après avoir été exposés publiquement et précédemment vendus au cours des dernières décennies, avant l’implication de Christie’s». Elle estime que les ventes publiques de tels objets doivent aller de l’avant pour freiner le marché noir, en plein essor.

Paris a une longue histoire de collecte et de vente d’artefacts tribaux, liés à son passé colonial en Afrique et à des groupes basés à Paris dans les années 1960. L’intérêt pour l’art tribal à Paris a été relancé au début des années 2000 à la suite de deux ventes très importantes — et très lucratives — d’oeuvres appartenant aux anciens collectionneurs André Breton et Robert Lebel.

La controverse sur les ventes peut être une arme à double tranchant pour une maison de vente aux enchères. Dans le passé, de telles ventes contestées ont permis de faire monter les enchères en raison de l’intérêt des médias, mais il y a également eu des cas où les acheteurs ont été dissuadés d’acheter des oeuvres par crainte d’une réaction négative.

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