Ventes d’armes de poing: «C’est la folie furieuse» depuis le dépôt du projet de loi

OTTAWA — La vente légale d’armes de poing explose dans des commerces spécialisés et clubs de tir depuis que le gouvernement Trudeau a annoncé lundi un gel national sur ce type d’armes, ce qui conduit les tireurs sportifs à se sentir injustement visés.

Cinq propriétaires de ces types d’établissements du Québec contactés par La Presse Canadienne disent peiner à répondre à la demande de leur clientèle. Ce qu’ils décrivent tantôt comme un «engouement incroyable», tantôt comme du «jamais vu», a commencé avec le dépôt du projet de loi C-21 qui vise à interdire l’achat, la vente, le transfert et l’importation des armes de poing.

«Ce n’est pas compliqué, je n’ai pratiquement plus d’armes dans mon comptoir», lance au bout du fil Jean-François Perreault, le copropriétaire du Club de tir de Lanaudière.

Ottawa dit vouloir agir rapidement contre la violence armée et le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, procède aussi par des changements réglementaires qui doivent entrer en vigueur à la fin septembre.

Or, c’est une «une décision de lâches» aux yeux de Jacques Tessier, trésorier du Club sportif de la Mauricie, qui estime que des tireurs sportifs seront brimés dans l’exercice de leur pratique.

«Ces gens-là veulent pratiquer un sport au même titre que quelqu’un va jouer au golf ou va jouer au tennis, renchérit M. Perreault. Oui c’est une arme à feu et ça tire des balles, mais c’est toujours fait en milieu contrôlé.»

Celui qui a été policier pendant 28 ans énumère en entrevue les multiples étapes du processus d’acquisition d’une arme à feu. Il mentionne que cela comprend des formations et une enquête sur la santé mentale et les antécédents criminels. Au Québec, d’autres exigences s’ajoutent. «Personne n’arrive ici, achète une arme et part avec», a-t-il résumé.

Au Club de tir de l’Outaouais, par exemple, Pierre Pharand constate que «le monde se garroche sur les armes qu’il reste».

Et pourquoi les tireurs acquièrent-ils plusieurs armes? «Au golf (…), il y a combien de bâtons différents? Je dirais que c’est la même chose pour l’arme de poing. Il y a (…) des calibres qui sont différents», illustre-t-il.

Chez Londero Sports, à Saint-Jean-sur-Richelieu, sur la Rive-Sud de Montréal, le vice-président Paolo Londero, raconte qu’il est en train de vendre des armes qu’il n’a pas encore reçues.

«C’est pas mal la folie furieuse présentement», dit-il. Le dépôt du projet de loi a «précipité les achats», si bien qu’il a vendu la totalité de son inventaire en deux jours.

M. Londero voit aussi une injustice dans le gel d’armes de poing annoncé. «Ils s’attaquent aux tireurs qui utilisent les armes de façon respectueuse, qui ont suivi tous les processus pour l’obtention des armes.»

Tuer une industrie

Si le projet de loi est adopté, il aura pour effet d’«abattre» l’industrie, de retirer leur «gagne pain» aux armuriers et de «tuer une tradition canadienne» du tir sportif et de la possession d’armes légales, affirme Rudy, le propriétaire de Dante Sports, à Montréal.

Un avis que partage l’ancien policier Perreault qui estime que «ça va tuer le sport à la longue», et Pierre Pharand du Club de tir de l’Outaouais qui doute de pouvoir renouveler sa clientèle.

Le projet de loi C-21 prévoit des exemptions incluant des tireurs sportifs et leurs entraîneurs, relève le cabinet du ministre de la Sécurité publique, mais seulement pour ceux de haut niveau.

«En outre, les champs de tir seront autorisés à continuer d’acheter des armes de poing pour le tir sportif de leurs membres, qui devront rester sur le champ de tir», ajoute le directeur des communications, Alex Cohen, dans un courriel.

Un effet minime?

Si la hausse des ventes légales d’armes de poing dans les clubs de tirs et autres commerces spécialisés pourrait se poursuivre, le vice-président de l’Association canadienne des policiers, Yves Francoeur, n’y voit pas d’enjeu de sécurité publique.

«Les gens criminalisés ne font pas de demandes de permis pour obtenir une arme à feu et pour commettre un crime ensuite avec», dit celui qui est aussi président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal.

Les armes acquises légalement peuvent finir entre les mains de personnes commettant des crimes par armes à feu, mais leur proportion dans les saisies est simplement «minime».

«Nous, présentement, ce sont les armes illégales, la problématique, et non pas les armes légales», poursuit-il.

Reste que les armes légales «peuvent devenir illégales», mentionne M. Francoeur, qualifiant le projet de loi C-21 d’un «pas dans la bonne direction». À son avis, une lutte efficace contre la criminalité armée nécessite une «approche plus globale» avec des mesures rigoureuses à la frontière, entre autres.

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