Ventes d’armes de poing: «On essaie d’accélérer le passage» de C-21, dit Trudeau

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau assure que son gouvernement tente d’«accélérer le passage» de son projet de loi C-21 visant à imposer un gel national sur l’achat, la vente, le transfert et l’importation des armes de poing, alors que les tireurs sportifs se ruent dans les commerces spécialisés et clubs de tirs pour se procurer légalement ces armes.

Questionné à ce sujet durant un point de presse en compagnie du président chilien, Gabriel Boric, qui a signalé vouloir s’inspirer du Canada en matière de contrôle des armes à feu, M. Trudeau a reconnu que «des gens vont choisir de s’acheter une arme de poing» d’ici à l’entrée en vigueur du gel annoncé.

Le premier ministre a qualifié les changements réglementaires déposés par son ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, de démonstration concrète de la volonté d’Ottawa d’agir rapidement pour limiter le nombre d’armes de poing en circulation.

«Si le passage de cette loi tarde longtemps, les régulations vont (être en vigueur) avant cela», a-t-il dit au cours du point de presse au Centre national des arts, à Ottawa.

Ces changements réglementaires n’entreront toutefois pas en vigueur avant la fin septembre, selon des informations communiquées à La Presse Canadienne par le bureau du ministre Mendicino.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, s’est dit prêt à collaborer avec les libéraux pour faire cheminer leur projet de loi C-21 dans les plus brefs délais.

«Si le gouvernement veut vraiment faire face à la violence causée par les armes de poing et si le gouvernement veut vraiment avoir un projet de loi qui rend les Canadiens et Canadiennes plus en sécurité, on est prêts à accélérer ce projet de loi rapidement pour (l’amener) en comité et faire le travail nécessaire», a-t-il affirmé.

Le leader néo-démocrate a toutefois dit qu’il redoute que le gouvernement y soit allé d’une annonce sans être prêt à déployer des actions concrètes.

«On pourra voir si le gouvernement choisit d’accepter notre aide d’accélérer ce processus. Sinon, c’est encore un autre exemple d’un gouvernement qui veut faire de grandes annonces, mais qui ne veut pas faire le travail nécessaire», a ajouté M. Singh.

Le ministre Mendicino a assuré en mêlée de presse qu’Ottawa souhaite que le projet de loi C-21 soit adopté «aussi rapidement que possible». Il a reproché aux conservateurs d’avoir «bloqué» le début du débat parlementaire sur la pièce législative, vendredi dernier.

«Il faut arrêter avec les jeux (politiques). Il faut lire, étudier le projet de loi, en débattre et le passer aussitôt que possible», a-t-il martelé en mêlée de presse.

Les conservateurs ont soutenu durant la période des questions que les libéraux font tout sauf s’attaquer au crime organisé. En plus de s’en prendre au projet de loi C-21, ils ont exprimé leur opposition, une fois de plus, aux efforts du gouvernement Trudeau pour abroger les peines minimales avec son projet de loi C-5.

«Quand le premier ministre mettra-t-il les droits des victimes en premier et s’engagera-t-il à mettre fin à son agenda laxiste envers la criminalité ?» a envoyé leur député ontarien Larry Brock.

Le leader parlementaire bloquiste, Alain Therrien, a pour sa part accusé le gouvernement Trudeau de s’attaquer à la mauvaise cible puisque le gel national porte sur les armes acquises légalement, avec un permis en règle.

«Ce ne sont pas les propriétaires d’armes légales qui tirent partout. C’est le crime organisé. Ce sont les gangs», a-t-il lancé, invitant notamment Ottawa à aller de l’avant avec plus de mesures rigoureuses à la frontière.

Dans une entrevue récente avec La Presse Canadienne, le vice-président de l’Association canadienne des policiers, Yves Francoeur, a noté que les armes acquises légalement peuvent finir entre les mains de personnes commettant des crimes par armes à feu, mais que leur proportion dans les saisies est simplement «minime».

En point de presse, M. Trudeau a affirmé que son gouvernement agit sur tous les fronts pour lutter contre la violence armée, y compris à la frontière canado-américaine.

Ottawa se targue d’avoir fait des investissements aux frontières ayant permis de «presque doubler» le nombre d’armes trafiquées saisies.

Quoi qu’il en soit, le premier ministre chilien a dit étudier avec intérêt le gel proposé sur les armes de poing, comptant s’en inspirer pour assurer un meilleur contrôle des armes à feu dans son pays. 

«Nous savons, près d’ici à la frontière, comment finissent les sociétés qui se retrouvent à s’armer jusqu’aux dents pour exercer la justice de leurs propres mains», a dit M. Boric en espagnol.

Ce dernier a soutenu vouloir enlever les armes d’entre les mains des narcotrafiquants, mais aussi d’éviter qu’elles ne se retrouvent dans la population générale. Il a indiqué qu’il s’apprêtait à présenter son propre projet en ce sens.

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