VÉRIFIÉ: le vrai et le moins vrai de la dernière semaine

WASHINGTON — Le président Donald Trump et ses alliés républicains prennent de grandes libertés avec les faits lorsqu’il s’agit d’un successeur à feu la juge Ruth Bader Ginsburg.

Cherchant à justifier un éventuel vote de confirmation avant les élections du 3 novembre, M. Trump a affirmé au cours du week-end que de nombreuses nominations au plus haut tribunal du pays avaient été faites au cours d’une année électorale et que «dans tous les cas, elles ont été confirmées». Ce n’est clairement pas vrai.

En fait, à peine une heure après la mort inattendue du juge Antonin Scalia en février 2016, le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, déclarait publiquement que le Sénat ne devrait pas confirmer un successeur choisi par le président Barack Obama en raison des prochaines élections. Le siège est finalement resté vide jusqu’à ce que le président Donald Trump annonce un candidat 11 mois plus tard.

Le sénateur républicain Ted Cruz a également mis en garde dimanche contre une «crise constitutionnelle» si un remplaçant n’est pas confirmé tout de suite, insistant sur le fait que le candidat démocrate à la présidence Joe Biden a déclaré qu’il n’accepterait pas les résultats des élections s’il perdait. M. Biden a dit qu’il les accepterait.

L’histoire révisionniste républicaine survient après une semaine de mensonges absolus, sur des sujets tels que la fabrication automobile, la fraude électorale et plus encore.

M. Biden a clairement démontré que M. Trump a sous-estimé la gravité de la pandémie, mais contrairement à ce qu’il a affirmé, le président n’a jamais dit qu’il s’agissait d’un canular.

En bref:

MME GINSBURG

TRUMP, sur l’avancement d’un candidat à la Cour suprême lors d’une année d’élection présidentielle: «Cela s’est produit de nombreuses fois. Et à chaque fois, il y avait un candidat, comme vous le savez. Il y a eu de nombreuses occasions où, franchement, cela s’est avéré être pendant une année présidentielle. … Mais dans tous les cas, ils ont été confirmés.» – Remarques samedi aux journalistes.

LES FAITS: Une nomination à la Cour suprême lors d’une année d’élection présidentielle n’a pas été confirmée «dans tous les cas».

Après la mort de M. Scalia, M. Obama a nommé le juge Merrick Garland en mars 2016 pour occuper son siège. Mais le sénateur McConnell, un républicain du Kentucky, a refusé de donner suite à la nomination, déclarant que le prochain président élu devrait pourvoir le poste.

La nomination de M. Garland a duré 293 jours, dépassant les élections de novembre 2016 remportées par M. Trump et expirant en janvier 2017. En tant que président, M. Trump a ensuite nommé Neil Gorsuch, qui a obtenu la confirmation du Sénat sous contrôle républicain.

Les démocrates citent généralement l’exemple de M. Garland comme un cas d’hypocrisie républicaine dans la recherche d’un remplacement immédiat pour Mme Ginsburg. M. McConnell a déclaré que le choix de M. Trump — qui devrait être annoncé cette semaine — ferait l’objet d’un vote au Sénat, mais il n’a pas dit quand.

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AUTOS

TRUMP, à propos de l’ancien premier ministre japonais Shinzo Abe: «Nous avons gagné le Michigan – la première fois depuis des décennies. Et vous savez ce que nous avons fait? De très nombreuses usines automobiles y ouvrent maintenant … J’ai dit: ‘Shinzo, s’il vous plaît, faites-moi une faveur, nous avons besoin de plus de constructeurs automobiles. … Nous voulons qu’elles soient construites ici, pas au Japon, s’il vous plaît’. Il a dit: ‘Mais nous ne pouvons pas faire cela, c’est un système de libre entreprise’. J’ai dit: ‘S’il vous plaît, j’ai besoin de quelques constructeurs automobiles’ … J’ai dit: ‘Shinzo, vous devez le faire’… Le lendemain, c’était à la une: ‘Cinq constructeurs automobiles s’installent dans le Michigan’.» – Rallye en Caroline du Nord, samedi.

LES FAITS: M. Trump a tout inventé.

Aucune usine d’assemblage de constructeurs automobiles japonais n’a été annoncée ou construite au Michigan, encore moins en un jour, et il n’est pas prévu que cela se produise.

Il existe une usine de fabrication, une coentreprise entre General Motors et Honda, au sud de Détroit. C’est l’extension de 85 millions $ US d’une installation existante pour fabriquer des piles à hydrogène avec environ 100 nouveaux emplois, selon le Center for Automotive Research, un groupe de réflexion de l’industrie à Ann Arbor, au Michigan. Subaru dispose d’un nouveau centre de recherche avec environ 100 nouveaux emplois, et Renault-Nissan-Mitsubishi et Toyota ont annoncé des agrandissements de leurs installations de recherche. Ce ne sont pas de nouvelles «usines automobiles» gérées par des constructeurs automobiles japonais.

En fait, le nombre d’emplois dans la fabrication d’automobiles et de pièces dans le Michigan a chuté entre l’inauguration de M. Trump et février de cette année, avant que le coronavirus ne s’installe. Lorsque M. Trump a pris ses fonctions, il y avait 174 200 emplois, et ce chiffre est tombé à 171 800 en février, selon les statistiques du département du Travail. En juillet, les chiffres les plus récents disponibles, il y avait 154 400 emplois dans la fabrication d’automobiles et de pièces au Michigan.

C’est loin d’être une renaissance des constructeurs automobiles dans l’État, courtoisie du Japon, comme l’affirme M. Trump.

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PANDÉMIE

TRUMP: «Si vous regardez ce que nous avons fait et toutes les vies que nous avons sauvées … c’était notre prédiction, que si nous faisions un très bon travail, nous serions à environ cent – 100 000 à 240 000 morts. Et nous sommes nettement en dessous de ce chiffre, et nous verrons ce qui en ressort. Mais ce serait si nous faisions du bon travail. Si le travail pas si bon, vous seriez entre 1,5 million – je me souviens si bien de ces chiffres – et 2,2 millions.» – Conférence de presse mercredi.

LES FAITS: Il passe sous silence des chiffres sinistres et décrit à tort les projections scientifiques.

Premièrement, et surtout, les États-Unis ne sont pas «substantiellement» inférieurs aux prévisions selon lesquelles entre 100 000 à 240 000 personnes mourraient du COVID-19. Le bilan est d’environ 200 000 morts et la pandémie est loin d’être terminée. Des dizaines de milliers de nouvelles infections sont signalées chaque jour.

La Maison-Blanche et les autorités fédérales de la santé publique ont souvent fait référence à l’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’Université de Washington comme source de leurs projections de pandémie. L’institut prévoit désormais plus de 378 000 décès aux États-Unis dus à la COVID-19 d’ici le 1er janvier.

Début avril, les responsables américains ont estimé qu’au moins 100 000 personnes mourraient de la pandémie, même si toutes les mesures concevables étaient prises — un confinement complet et durable, l’utilisation complète des masques et plus encore.

M. Trump a souvent évoqué un bilan potentiel de 2,2 millions de morts environ — un chiffre qui fait mieux paraître la réalité de plusieurs centaines de milliers de morts. Il l’utilise pour prétendre avoir sauvé de nombreuses vies. Mais une telle projection extrême n’était qu’une base de référence si rien du tout n’était fait pour lutter contre la pandémie. Cela n’a jamais été, comme il l’a affirmé, un nombre de morts attendu si «le travail n’était pas si bien fait».

En avril, lorsque M. Trump et ses proches ont discuté de la projection de 100 000 à 240 000 décès, le président a espéré maintenir le nombre de décès à moins de 100 000. «Je pense que nous faisons mieux que ça.»

Maintenant, il essaie de déplacer la ligne des buts et de faire en sorte que le public considère que tout ce qui est en dessous de 240 000 décès soit un succès.

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TRUMP: «Nous aurons fabriqué au moins 100 millions de doses de vaccin avant la fin de l’année.» – Conférence de presse vendredi.

TRUMP: «Nous prévoyons avoir suffisamment de vaccins pour chaque Américain d’ici avril.» – Conférence de presse vendredi.

LES FAITS: Ne comptez pas là-dessus.

Même si un ou plusieurs vaccins sont autorisés pour une utilisation d’urgence d’ici la fin de cette année, ces chiffres défient la crédulité.

Les pouvoirs publics sont tellement certains qu’il n’y aura au départ que des doses limitées qu’ils élaborent des plans pour les octroyer aux personnes qui en ont le plus besoin, comme les travailleurs de la santé. Dans un plan de distribution publié la semaine dernière, la meilleure option des Centers for Disease Control and Prevention était que 35 à 45 millions de doses seraient disponibles d’ici la fin décembre si deux des principaux vaccins candidats se révélaient tous les deux sûrs et efficaces. Et ces candidats nécessitent deux doses, espacées de trois à quatre semaines.

Avoir suffisamment de vaccins pour tout le monde — quel que soit le cas — est différent de le mettre dans les bras des gens. Les plans pour y parvenir sont toujours en cours d’élaboration.

M. Trump fait tout son possible pour qu’un vaccin soit annoncé avant les élections ou du moins pour convaincre les gens que cela est possible. Mais les responsables fédéraux de la santé et les scientifiques ont signalé ou déclaré catégoriquement que cela était peu probable.

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VIDÉO DE BIDEN: «Trump en public: ‘Canular’. Trump en privé: ‘Tueur’.» – vidéo mise sur Twitter par M. Biden mardi.

VIDÉO DE BIDEN, montrant M. Trump disant lors d’un rassemblement électoral le 28 février en Caroline du Sud: «Le coronavirus — et c’est leur nouveau canular.»

LES FAITS: L’accusation est trompeuse. Il en va de même pour le montage vidéo sélectif qui donne l’impression que M. Trump qualifiait le coronavirus de «nouveau canular».

Lors du rassemblement présenté dans la vidéo, M. Trump a en fait prononcé les phrases «le coronavirus» et «c’est leur nouveau canular» à des moments différents. Bien que sa signification soit difficile à discerner, le contexte plus large de ses propos montre qu’il se moquait des démocrates pour leurs dénonciations de la réponse de son administration au coronavirus.

«Maintenant, les démocrates politisent le coronavirus, a-t-il déclaré. Vous savez que c’est vrai? Coronavirus. Ils le politisent. (…) Ils ont essayé le canular de la destitution… Et c’est leur nouveau canular.»

Interrogé le lendemain lors d’une conférence de presse, M. Trump a clairement indiqué qu’il ne faisait pas référence au coronavirus lui-même comme un canular.

«Non, non, non, a-t-il dit. ‘Canular’, parce qu’ils essaient d’épingler cela sur quelqu’un, parce que nous avons fait un si bon travail. Le canular est sur eux, pas — je ne parle pas de ce qui se passe ici. Je parle de ce qu’ils font. C’est le canular. »

Il a poursuivi: «Certainement pas en faisant référence à cela. Comment quelqu’un pourrait-il parler de cela? Ce sont des choses très sérieuses.»

La référence de la vidéo à «Trump en privé» qualifiant le virus de «tueur» vient de l’entrevue du président en avril avec l’auteur et journaliste Bob Woodward, dont le nouveau livre «Rage» contient la reconnaissance par M. Trump qu’il minimisait la menace du virus en public, pour éviter la panique.

Mais il est incorrect pour M. Biden de suggérer, comme le fait la vidéo, que M. Trump a insisté sur le fait que le virus était un canular avant de finalement reconnaître au journaliste en avril qu’il était mortel et sérieux.

M. Trump à plusieurs reprises auparavant avait fait référence publiquement au virus comme étant un «fléau» et un «tueur», tout en le présentant à tort comme quelque chose qui disparaîtrait tout seul, par temps chaud ou autrement.

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VOTE

TRUMP: «Les bulletins de vote non sollicités sont incontrôlables, totalement ouverts aux INTERFÉRENCES ÉLECTORALES de la part de pays étrangers, et mèneront à un chaos et une confusion massifs!» – Sur Twitter, jeudi.

LES FAITS: Les bulletins de vote par correspondance ne sont pas le plus grand risque d’ingérence étrangère.

Essayer d’influencer une élection fédérale par le biais de bulletins de vote par correspondance signifierait probablement payer des milliers de citoyens américains, soigneusement sélectionnés dans des États pivots, qui sont prêts à conspirer avec un gouvernement étranger et à risquer la détection et les poursuites.

Une campagne sur les réseaux sociaux visant à décourager certains groupes de personnes de voter serait beaucoup plus facile et moins coûteuse. Ou une cyberattaque sur les données d’inscription des électeurs qui éliminerait certains électeurs des listes. Cela pourrait causer des ravages dans les bureaux de vote alors que les fonctionnaires tenteraient de compter les votes des personnes «absentes» de leurs bases de données électorales.

Le procureur général des États-Unis, Bill Barr, a évoqué la possibilité qu’un «pays étranger puisse imprimer des dizaines de milliers de faux bulletins de vote». Il a fait valoir qu’ils seraient difficiles à détecter, mais cela a été contesté par les experts électoraux.

Les bulletins de vote par la poste sont imprimés sur du papier spécial et doivent être formatés correctement afin d’être traités et comptés. Les bulletins de vote sont spécifiques à chaque circonscription, souvent avec une longue liste de courses locales, et seraient identifiés comme frauduleux si tout ne correspondait pas exactement.

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PRIX NOBEL DE LA PAIX DE BARACK OBAMA

TRUMP: «Vous savez, Obama est entré en fonction, ils lui ont donné le prix Nobel, comme presque immédiatement, non? En fait, il ne savait même pas pourquoi il l’avait. Il ne savait même pas. Il n’avait aucune idée de pourquoi il l’avait reçu et il avait raison à ce sujet parce que personne d’autre ne le sait non plus. Ils ne le savent toujours pas.» – Rassemblement à Minden, Nevada, le 12 septembre.

Aucune des affirmations souvent répétées par M. Trump sur M. Obama et son prix Nobel de la paix n’est vraie. Le comité Nobel a annoncé que M. Obama était le récipiendaire du prix le 9 octobre 2009, près de neuf mois après son investiture — ce n’est pas «presque immédiatement».

En ce qui concerne la raison pour laquelle le prix a été décerné à M. Obama, le comité a été assez clair dans sa déclaration de 258 mots publiée il y a 11 ans, qui portait sur «ses efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples» et notait en particulier «la vision de M. Obama et son œuvre pour un monde sans armes nucléaires».

«Ce n’est que très rarement qu’une personne, dans la même mesure que M. Obama, a attiré l’attention du monde et donné à ses habitants l’espoir d’un avenir meilleur», déclarait le comité dans son communiqué.

Certes, le prix reflétait des aspirations plus que des réalisations. Lorsqu’on a demandé à M. Obama plus tard pourquoi il avait remporté le prix, il a répondu: «Pour être honnête, je ne sais pas.» Il a dit qu’ils remettaient ces prix «à n’importe qui ces jours-ci». Il faisait des blagues d’autodérision, que M. Trump a retournées contre lui lors de son rassemblement.

Mais qu’on soit d’accord ou pas avec le comité, il a justifié sa décision.

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