VÉRIFIÉ: le vrai et le moins vrai des affirmations de Trump mardi

WASHINGTON — Le président Donald Trump embrouille les faits concernant la propreté de l’air et l’intégrité de l’élection en s’appropriant injustement la responsabilité d’un recul du prix de l’essence et en présentant incorrectement la position de son rival démocrate, Joe Biden, concernant les banlieues.

Voici une vérification de quelques-uns des propos tenus par M. Trump mardi.

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ÉNERGIE et ENVIRONNEMENT

TRUMP: «Au lieu de se concentrer sur une idéologie radicale, mon administration se concentre sur l’obtention de résultats réels. Et c’est ce que nous avons. À l’heure actuelle, nous avons l’air le plus pur que nous ayons jamais eu dans ce pays – disons au cours des 40 dernières années.» – Remarques faites à Jupiter, en Floride.

LES FAITS: Il n’est pas responsable de tous les progrès – loin de là.

Les six mesures de la pollution atmosphérique surveillées par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) ont montré qu’en 2019, l’air américain était le plus propre jamais enregistré. Cependant, le polluant le plus important, les particules fines, était à peu près le même qu’en 2016, en baisse de seulement 1%, selon le professeur d’ingénierie environnementale de l’Université Carnegie Mellon, Neil Donahue. Les mêmes chiffres ont également montré que la pollution atmosphérique a augmenté au cours des deux premières années de l’administration Trump avant de chuter considérablement en 2019.

M. Donahue et trois autres experts indépendants estiment que le président prend à tort le crédit d’années, voire de décennies, de restrictions d’émissions toujours croissantes.

H. Christopher Frey, un professeur d’ingénierie à l’université North Carolina State et l’ancien chef du conseil consultatif scientifique de l’EPA sur la qualité de l’air, a déclaré que «les tendances actuelles en matière de qualité de l’air sont dues à des raisons indépendantes, ou en dépit, des politiques de l’administration Trump». Au lieu de cela, M. Donahue et lui attribuent l’amélioration à un délaissement de l’utilisation du charbon sale – contre lequel l’administration Trump s’est battue – et le remplacement de véhicules anciens par des voitures plus récentes et plus propres.

M. Frey a déclaré dans un courriel que 20 millions d’Américains vivent toujours dans une région où la pollution par les particules fines nuit à leur santé, tandis que «l’administration Trump a ignoré la science dominante en proposant récemment de laisser inchangée une norme qui doit être renforcée. Cela signifie que l’administration Trump sacrifie la santé publique au profit d’une idéologie anti-régulation.»

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TRUMP: «Nous démontrons que nous pouvons créer des emplois, protéger l’environnement et maintenir les prix de l’énergie bas pour l’Amérique et bas pour nos citoyens. Et vous le constatez. Vous le voyez également lorsque vous mettez de l’essence dans votre voiture et que vous payez parfois beaucoup moins de 2 $ (le gallon) ces derniers temps. Donc nous faisons du bon travail.» – Remarques en Floride.

LES FAITS: M. Trump prend à tort le crédit de la baisse des prix de l’essence, qui sont la conséquence d’une pandémie qui a tué quelque 190 000 Américains.

Les prix de l’essence n’ont pas baissé à cause de l’administration Trump. Ils ont plongé à cause du coronavirus qui a obligé les gens à abandonner leurs bureaux, leurs écoles, leurs voyages d’affaires et leurs vacances.

Comme de plus en plus de personnes travaillaient à domicile, elles devaient faire le plein moins souvent. Les compagnies aériennes n’ont pas eu besoin de consommer autant de carburant. Voici la déclaration de l’Energy Information Administration des États-Unis: «La réduction de l’activité économique liée à la pandémie de COVID-19 a entraîné des changements dans la demande d’énergie et les modèles d’approvisionnement en 2020.» La demande mondiale de pétrole a chuté de 8 millions de barils par jour, selon les estimations de cette agence.

Soulignant le lien avec l’effet paralysant de la pandémie, les prix de l’essence aux États-Unis étaient à leur plus bas en avril lorsque les gens restaient le plus à la maison et sont maintenant en hausse en moyenne de 33 cents US le gallon, selon l’EIA.

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ÉLECTION DE NOVEMBRE

TRUMP, retransmettant sur Twitter une analyse de l’Associated Press prédisant que le nombre de bulletins rejetés grimpera en flèche cet automne en raison de l’augmentation du vote par correspondance: «Élection truquée!» – Micromessage mardi.

LES FAITS: Non, les bulletins de vote défectueux n’équivalent pas à la fraude. L’écrasante majorité de ces bulletins ne sont pas frauduleux.

Selon le Brennan Center for Justice, la grande majorité des bulletins de vote sont disqualifiés parce qu’ils arrivent en retard, une inquiétude particulière cette année en raison des récents retards du service postal américain et d’une augmentation attendue du vote par correspondance pendant la pandémie de coronavirus.

Les bulletins de vote sont également jugés défectueux s’il manque une signature – une erreur fréquente chez les nouveaux électeurs qui ne connaissent pas le processus – ou si elle ne correspond pas à ce qui figure au dossier. En outre, certains États exigent des électeurs absents qu’un témoin ou un notaire signe leur bulletin de vote.

«Aucun de ces actes n’est une fraude», a déclaré Wendy Weiser, la directrice du programme de démocratie du centre Brennan à la faculté de droit de l’université NYU. Lorsque des cas suspects font l’objet d’une enquête pour fraude potentielle, des études ont confirmé que le principal problème est une erreur des électeurs.

L’analyse de l’AP publiée lundi a révélé que les rejets de bulletins de vote par correspondance pourraient tripler par rapport à 2016 dans certains États en jeu, ce qui pourrait faire basculer le résultat des élections.

L’analyse prévient que les électeurs «pourraient être privés de leurs droits dans les principaux États en jeu» et que les votes annulés pourraient être «encore plus prononcés dans certaines zones urbaines où les votes démocrates sont concentrés et les taux de rejet des bulletins de vote ont eu tendance à augmenter pendant les primaires de cette année.» C’est loin d’être une élection «truquée» contre M. Trump.

Les bulletins de vote rejetés ont en fait un impact disproportionné sur les électeurs de couleur, et de récentes poursuites judiciaires ont réussi à remettre en question certaines exigences en matière de vérification des électeurs, car elles présentent des risques pour la santé ou privent de leurs droits les électeurs.

«C’est la chose n° 1 qui me tient éveillé la nuit – l’idée que les électeurs feront tout ce qu’ils peuvent pour s’assurer que leur bulletin de vote est retourné à temps et que le système leur fera quand même défaut», a déclaré la secrétaire d’État du Michigan, la démocrate Jocelyn Benson.

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LES BANLIEUES

TRUMP: «Sleepy Joe Biden s’est engagé à ABOLIR les communautés de banlieue telles qu’elles existent actuellement en rétablissant le règlement radical AFFH d’Obama. Au revoir la banlieue!»  – Micromessage mardi.

LES FAITS: C’est une fausse représentation de ce que soutient M. Biden.

En 2015, sous l’administration Obama, un règlement est entré en vigueur pour garantir que les communautés combattent la ségrégation raciale dans le logement.

La règle, mise en place pour renforcer l’application de la loi historique de 1968 sur le logement équitable, exigeait pour la première fois que plus de 1200 juridictions recevant des subventions fédérales pour le logement et le développement urbain et une aide au logement analysent leur parc de logements et élaborent des plans de lutte à la ségrégation et à la discrimination.

La règle n’a pas éliminé le zonage des maisons unifamiliales dans les banlieues, comme l’ont affirmé M. Trump et certains de ses partisans.

L’administration Trump a suspendu la mise en œuvre complète de la règle en 2018 et a retiré un outil de données conçu pour aider les villes à analyser leur logement, arguant qu’il était trop coûteux et trop lourd.

Puis, le mois dernier, M. Trump a révoqué la règle et lancé sur Twitter aux «banlieusardes de l’Amérique» que «M. Biden détruira votre quartier et votre rêve américain». Il a utilisé ce que les défenseurs du logement équitable considérent comme un argument raciste en jouant sur des craintes infondées que des appartements à faible revenu seraient imposés aux quartiers aisés.

M. Biden soutient le règlement de 2015. Mais il ne soutient pas l’obligation pour les municipalités de s’abstenir de construire des maisons unifamiliales comme condition pour obtenir de l’argent de Washington – ce qui se trouve au cœur des affirmations déformées de M. Trump.

Hope Yen et Seth Borenstein, The Associated Press



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