VÉRIFIÉ: Trump dit tout faux sur la fraude électorale

Le président Donald Trump a répété mercredi une série d’allégations sans fondement sur la corruption politique, la falsification de machines électorales et l’apparition de votes mystérieux qui auraient permis à Joe Biden de voler l’élection présidentielle.

«Il s’agit d’une grande fraude électorale, une fraude comme jamais auparavant», a-t-il déclaré dans une vidéo de 46 minutes diffusée sur les réseaux sociaux.

«Il s’agit d’observateurs électoraux qui n’ont pas pu regarder. Tellement illégal. Il s’agit de bulletins de vote qui ont afflué et personne, à part quelques-uns, ne savait d’où ils venaient. Il s’agit de machines défectueuses, de machines qui ont été arrêtées», a-t-il énuméré.

Aucune de ces allégations n’est vraie.

Voici un aperçu des déclarations du président, et des faits:

FRAUDE ÉLECTORALE

M. TRUMP: «Vous ne pouvez pas laisser une autre personne vous voler cette élection.»

LES FAITS: Pour être clair, aucune élection n’a été volée à M. Trump.

Un mois après les élections du 3 novembre et alors que les États commencent à certifier leurs votes, le président Trump s’accroche à de fausses notions de fraude électorale. Mais d’autres membres de son administration ont déjà dit que les élections étaient fiables. Le procureur général William Barr a déclaré que le département de la Justice n’avait vu aucune preuve de fraude généralisée pour renverser la marge de victoire de Joe Biden.

Joe Biden a obtenu 306 grands électeurs contre 232 pour Donald Trump, la même marge que le républicain avait lorsqu’il a battu Hillary Clinton en 2016 et qu’il a décrite à plusieurs reprises comme un «raz-de-marée». M. Trump a finalement remporté 304 grands électeurs parce que deux électeurs ont fait défection. Le président désigné Biden a assuré sa victoire en s’imposant dans des États clés tels que la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin, l’Arizona et la Géorgie.

Les allégations de fraude électorale massive répétées par le président Trump ont été réfutées par divers juges, des fonctionnaires électoraux d’État et une branche du département de la Sécurité intérieure de sa propre administration. Plusieurs poursuites judiciaires de sa campagne à travers le pays ont été rejetées par les tribunaux. Et son administration a déjà accepté de permettre le début de la transition formelle des pouvoirs.

Mardi, M. Barr a affirmé à l’Associated Press qu’aucune preuve de fraude électorale généralisée n’avait été découverte. «À ce jour, nous n’avons pas vu de fraude à une échelle qui aurait pu mener à un résultat différent lors des élections», a-t-il soutenu.

Aucun cas n’a établi d’irrégularités d’une ampleur susceptible de modifier le résultat. Les poursuites qui sont toujours en cours ne contiennent aucune preuve qui renverserait le résultat.

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UNE «DÉCHARGE» DE VOTES

M. TRUMP: «Je suis passé de gagner par beaucoup à perdre une course serrée. C’est corrompu.»

LES FAITS: Aucune corruption massive ne s’est produite. M. Trump décrit en fait un processus de dépouillement légitime des votes, pas une vague soudaine de méfaits que personne n’a connue auparavant.

En effet, les organes de presse et les responsables avaient averti dans les jours et les semaines qui ont précédé les élections que les résultats arriveraient en deux phases: les votes en personne, qui ont tendance à être comptés plus rapidement, favoriseraient probablement le président, qui avait passé des mois à dire à ses partisans d’éviter le vote par correspondance et de voter en personne par anticipation ou le jour du scrutin.

Et les bulletins de vote par correspondance, qui nécessitent plus de temps puisqu’ils doivent être retirés des enveloppes et vérifiés avant d’être comptés, avantageraient M. Biden. Ce processus a été exacerbé par le fait que de nombreux États interdisaient le décompte anticipé des votes par correspondance arrivés avant le jour du scrutin.

En outre, les grandes villes sont souvent plus lentes à dévoiler leurs chiffres, et ces votes ont tendance à avantager les démocrates. De plus, de nombreux États ont tendance à compter les bulletins de vote par correspondance à la fin du processus.

M. TRUMP: «Dans le Wisconsin, par exemple, où nous étions bien en place le soir des élections, ils nous ont finalement fait perdre miraculeusement par 20 000 voix. Et je peux vous montrer ici même qu’au Wisconsin, nous étions en tête de beaucoup, puis à 3 h 42 du matin, il y eu ceci. C’était une énorme décharge de votes. Surtout pour Biden.»

LES FAITS: Non, il n’y a pas eu de «décharge massive de votes» au milieu de la nuit. Les responsables électoraux de Milwaukee ont terminé de compter les quelque 169 000 bulletins de vote par correspondance de la ville vers 3 heures du matin.

La loi du Wisconsin exige que les résultats de ces votes par correspondance soient tous dévoilés en même temps. Le décompte des votes par correspondance a été retransmis en direct sur YouTube pour que tout le monde puisse le regarder. Une fois le travail terminé, la police de Milwaukee a escorté le directeur des élections de la ville d’un point de dépouillement central au palais de justice du comté pour remettre des clés USB contenant les données du scrutin.

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LES MACHINES ÉLECTORALES

M. TRUMP, à propos du logiciel électoral de Dominion Voting Systems utilisé dans de nombreux États: «Quand vous regardez qui dirige l’entreprise, qui est responsable, à qui elle appartient — ce que nous ne savons pas — où sont les votes comptés — nous pensons qu’ils sont comptés dans des pays étrangers, pas aux États-Unis — Dominion est un désastre».

LES FAITS: Les serveurs qui exécutent le logiciel Dominion se trouvent dans des bureaux électoraux locaux, pas dans des pays étrangers. Les affirmations selon lesquelles l’entreprise a des serveurs étrangers ou des liens avec l’Allemagne ou le Venezuela sont fausses.

Il est vrai que l’entreprise est privée et ne divulgue pas ses données financières, mais la société de capital-investissement de New York, Staple Street Capital, détient une participation majoritaire dans Dominion depuis 2018. Certaines informations fictives selon lesquelles Dianne Feinstein, la famille Clinton, Nancy Pelosi et Hugo Chavez sont les propriétaires de Dominion ont été démenties.

«Il n’y a aucune preuve qu’un système de vote ait supprimé ou perdu des votes, modifié des votes ou ait été compromis de quelque manière que ce soit» lors de l’élection de 2020, selon une déclaration de l’Agence fédérale de cybersécurité et de sécurité des infrastructures.

M. TRUMP: Dans un comté du Michigan, par exemple, qui a utilisé les systèmes Dominion, ils ont trouvé presque 6000 votes qui ont été transférés à tort de Trump à Biden. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. C’est ce que nous avons intercepté. Combien n’avons-nous pas intercepté?»

LES FAITS: C’est une fausse déclaration.

Il est vrai qu’un problème de tabulation lors de l’élection de 2020 concernait quelques milliers de votes dans le comté d’Antrim, au Michigan. Mais c’était le résultat d’une erreur humaine.

Lorsque le comté à tendance républicaine a initialement signalé une victoire écrasante pour Joe Biden, les utilisateurs des médias sociaux se sont méfiés du système de gestion électoral utilisé pour compiler les données.

Il s’est avéré que Dominion n’était pas à blâmer, selon le département d’État du Michigan. «Il n’y avait pas de malice, pas de fraude ici, juste une erreur humaine», a déclaré la greffière du comté, Sheryl Guy, à l’AP. L’erreur de tabulation a été corrigée.

Eddie Perez, un expert en technologie de vote à l’Institut OSET, une organisation non partisane de recherche et développement en technologie électorale, a convenu que l’affaire du Michigan était le résultat d’une erreur humaine impliquant la technologie de vote, mais le logiciel lui-même n’était pas en cause.

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DES ÉLECTEURS «MORTS»

M. TRUMP: «Des gens morts — et nous avons plusieurs exemples — ont rempli des bulletins de vote, ont fait des demandes, puis ont voté.»

LES FAITS: Il répète ici une fausse allégation selon laquelle des personnes décédées votent, en particulier en Pennsylvanie et au Michigan. Mais rien n’indique que cela s’est produit et les responsables des deux États affirment que les allégations ne sont pas fondées.

La fausse affirmation selon laquelle des électeurs décédés ont voté «revient à chaque élection», a souligné Jason Roberts, professeur de science politique à l’Université de la Caroline du Nord à Chapel Hill.

Des experts ont dit à l’AP qu’il est courant que les listes électorales des États incluent des électeurs dont les dates de naissance les font paraître incroyablement vieux. Mais selon eux, cela s’explique généralement par une erreur humaine, des bizarreries logicielles ou des enjeux de confidentialité des électeurs.

«Une plainte similaire a été portée devant un tribunal de la Pennsylvanie — et a été fermement rejetée», a indiqué le bureau du procureur général de la Pennsylvanie dans un communiqué. «Le tribunal n’a trouvé aucune lacune dans la façon dont la Pennsylvanie tient ses listes électorales, et il n’y a actuellement aucune preuve qu’une personne décédée ait voté aux élections de 2020.»

Tracy Wimmer, porte-parole du bureau du secrétaire d’État du Michigan, a expliqué à l’AP qu’en de rares occasions, un bulletin de vote reçu d’un électeur pouvait être enregistré comme si cette personne était trop âgée pour être en vie. Cela peut se produire lorsqu’une année de naissance incorrecte est inscrite sur les listes électorales.

Certaines des allégations au sujet des électeurs décédés semblent provenir d’un procès fédéral qui allègue que la Pennsylvanie n’a pas réussi à «maintenir des listes électorales exactes et à jour» qui comprennent 21 000 inscrits apparemment décédés. Mais ce n’est pas la même chose que les votes de personnes décédées étant exprimés et comptés.

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LES OBSERVATEURS ÉLECTORAUX

M. TRUMP: «En Pennsylvanie, de grandes quantités de bulletins de vote par correspondance et par procuration ont été traitées illégalement et en secret dans les comtés de Philadelphie et d’Allegheny sans la présence de nos observateurs. Ils n’étaient pas autorisés à être présents. (…) Ils ont été chassés hors du bâtiment.»

LES FAITS: Il a tort.

Donald Trump déforme totalement un dossier judiciaire de l’État et ce qui s’est passé dans les bureaux de vote. Personne n’a essayé d’interdire l’accès aux observateurs représentant chaque parti. Les démocrates n’ont pas essayé d’empêcher les représentants républicains de pouvoir observer le processus.

Le principal problème dans cette affaire était de savoir dans quelle mesure les observateurs représentant les partis pouvaient se rapprocher des travailleurs électoraux qui traitaient les bulletins de vote par correspondance à Philadelphie. Les représentants de M. Trump ont intenté une action en justice pour permettre aux observateurs de se rapprocher des travailleurs. Un tribunal s’est prononcé en faveur de cette demande.

Le décompte à Philadelphie était retransmis en direct et les avocats du président Trump ont admis devant le tribunal que leur campagne avait des observateurs dans la salle — un nombre «non nul», comme ils l’ont dit. Les observateurs électoraux n’ont aucun rôle dans le décompte des votes.

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