Vie privée: le commissaire réitère son appui à Alerte COVID sur une base volontaire

OTTAWA — Le commissaire à la vie privée du Canada encourage les Canadiens à télécharger l’application Alerte COVID — sur une base volontaire seulement.

«Moi, je l’ai fait, j’encourage les Canadiens à le faire», a déclaré Daniel Therrien, lors d’une conférence de presse téléphonique, jeudi, en marge du dépôt de son rapport annuel.

Jusqu’à maintenant, Alerte COVID a été téléchargée plus de quatre millions de fois au pays et plus de 1000 clés à usage unique ont servi à avertir d’autres utilisateurs qu’ils pourraient s’être trouvés à proximité d’une personne ayant reçu un test positif de coronavirus.

Sept provinces y adhèrent, dont le Québec qui avait pourtant boudé l’application pendant des semaines. Tous les partis à l’Assemblée nationale avaient invoqué des craintes concernant la protection de la vie privée. Le gouvernement Legault s’est depuis ravisé.

«Au niveau des protections de la vie privée de cette application-là à l’heure actuelle, elles sont très bonnes. (…) Le consentement est obtenu sur une base éclairée, selon nous, ce qui est mieux que beaucoup de sites internet», a soutenu M. Therrien.

Le commissaire note cependant dans son rapport qu’il a donné son feu vert à l’application à condition qu’elle soit téléchargée sur une base volontaire.

Il s’inquiète de voir que le Canada n’a pas de mesures pour s’assurer que de tierces parties, comme des employeurs, exigent le téléchargement d’Alerte COVID avant de rentrer au travail ou que des commerçants l’exigent avant de laisser entrer des clients dans leur commerce, par exemple.

Mais cela n’empêche pas les provinces d’agir. Le gouvernement du Québec a déjà décrété un arrêté ministériel pour empêcher un tel scénario.

«Cet arrêté ministériel vise à interdire à quiconque d’exiger d’une autre personne le téléchargement ou l’utilisation de l’application. Également, il est interdit de favoriser ou de défavoriser une personne qui n’a pas installé cette application», a expliqué Nathalie St-Pierre, porte-parole du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire.

Vie privée et pandémie

Le commissaire Therrien souligne également dans son rapport que l’accélération du virage numérique pendant la pandémie — avec la télémédecine et l’école en ligne, entre autres — fait ressortir l’urgence d’une réforme législative pour une meilleure protection des renseignements personnels.

«Les technologies ont été très utiles afin de freiner la propagation de la COVID-19, en nous permettant de poursuivre en toute sécurité des activités essentielles. Elles peuvent servir l’intérêt public. Toutefois, elles présentent aussi de nouveaux risques d’atteinte à la vie privée», peut-on lire.

«Par exemple, si la plateforme virtuelle utilisée en télémédecine fait intervenir une entreprise commerciale, il y a un risque de violation du secret professionnel entre le médecin et le patient. De même, des plateformes d’apprentissage en ligne peuvent recueillir des renseignements sensibles sur les difficultés d’apprentissage des élèves ou leur comportement», ajoute-t-on.

En conférence de presse, M. Therrien s’est dit «frustré» pour les Canadiens d’avoir les mains liées avec des lois désuètes qui ne protègent pas leur vie privée. 

Rachel Rappaport, porte-parole du ministre fédéral de la Justice David Lametti, a déclaré à La Presse Canadienne que le gouvernement s’engage à revoir la Loi sur la protection des renseignements personnels qui s’applique aux agences gouvernementales.

Le gouvernement a déjà sollicité les avis des experts et des parties intéressées et prévoit consulter un public plus large bientôt, a-t-elle dit.

John Power, porte-parole du ministre fédéral de l’Innovation Navdeep Bains, a dit pour sa part que le gouvernement fédéral agira pour renforcer la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, qui couvre le secteur privé.

M. Power prévoit que le gouvernement en aura plus à dire à ce sujet bientôt.

Le temps presse, selon le commissaire à la vie privée. «Comme la pandémie a accéléré la révolution technologique, il est plus urgent que jamais de moderniser nos lois sur la vie privée», a martelé M. Therrien.

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