Violence armée: les oppositions s’en prennent à François Legault

MONTRÉAL — Les partis d’opposition s’en prennent durement au premier ministre François Legault pour ce qu’ils estiment être un désengagement de sa part face à l’intensification de la violence armée à Montréal.

Les deux assassinats liés au crime organisé en plein jour dans des lieux publics, plus tôt cette semaine, «sont la goutte qui fait déborder le vase», s’insurge le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, dans un communiqué publié jeudi. «Où était la CAQ de François Legault pendant tout son mandat à l’Assemblée nationale? Montréal n’est pas, et n’a jamais été une priorité pour François Legault», déplore-t-il.

Rejoint par La Presse Canadienne, le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve et porte-parole de la formation en matière de sécurité publique, Alexandre Leduc, n’a pas caché un certain désarroi. «Que le crime organisé se sente capable de faire ces coups-là en plein jour, n’importe où, n’importe comment, on est dans une situation qui est intolérable, a-t-il dit. Elle était déjà intolérable.»

Des travailleurs sociaux au SPVM

Il demande d’abord au gouvernement caquiste d’augmenter la pression sur le gouvernement fédéral «pour accélérer la procédure qui vise à interdire les armes de poing».

Mais aussi et surtout, le député réclame du financement additionnel pour le corps de police montréalais non pas pour embaucher davantage de policiers, mais bien des travailleurs sociaux afin de faire des patrouilles mixtes pour faire de l’intervention psychosociale. «Ça viendrait dégager des ressources de policiers et policières formés à prévenir le crime, à attraper des criminels, à faire ce travail, ce qu’ils ne font pas tous en ce moment parce qu’ils sont pris par la crise de santé mentale qui a lieu à Montréal et partout au Québec.»

Cependant, il reconnaît que les deux meurtres commis cette semaine sont liés au crime organisé et ne sont pas de même nature que les nombreux autres meurtres et incidents impliquant des armes à feu survenus depuis le début de l’année par des membres de gangs. «Ce qui s’installe de manière plus sournoise, c’est une culture de l’arme à feu auprès de certains jeunes. C’est ça qu’il faut casser, c’est cette culture-là. Cette idée qu’on peut régler nos comptes, régler nos différends avec une arme à feu.»

Pour cette violence d’une tout autre nature, il est urgent selon lui d’initier «un sérieux dialogue social sur le refinancement du milieu communautaire et du milieu des loisirs», qui représentent les meilleurs outils de prévention de la criminalité armée auprès des jeunes. En contrepartie, il rejette l’idée avancée dans certains milieux de revenir aux interpellations aléatoires, y voyant un plus grand risque de recul en matière de profilage racial que d’avancée en matière de prévention de la criminalité armée.

Gestion par zooms et par tweets dénoncée

Chez les libéraux, la cheffe Dominique Anglade a fait une sortie remarquée jeudi pour dénoncer la manière dont le premier ministre Legault a réagi face aux événements de cette semaine.

«Je n’accepte pas de voir qu’on gère ce qui se passe présentement à coups de tweets et de zooms. Ce n’est pas comme ça qu’on va régler la situation. On va la régler en étant sur le terrain, en amenant des solutions concrètes à de vrais enjeux qu’on a aujourd’hui.

«Ça arrive maintenant n’importe où et tout le monde peut être touché par ça et l’inaction fait en sorte que ça se détériore», a-t-elle dénoncé, qualifiant les récents événements de «pointe de l’iceberg».

Selon elle, il est nécessaire de «faire plus de prévention, donner les moyens aux villes d’embaucher plus de policiers et d’offrir plus de financement aux municipalités pour mieux soutenir les corps policiers».

Outre la répression, Mme Anglade promet un investissement de 90 millions $ dans les organismes communautaires qui oeuvrent en prévention afin d’aider à garder les jeunes à distance de l’emprise des groupes criminels.

Duhaime: 400 policiers pour Montréal

En fin de journée, le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime, se trouvait à Montréal-Nord où ses premiers propos étaient presque un copier-coller de sa vis-à-vis libérale. «C’est peut-être la première chose qu’on peut reprocher présentement au premier ministre actuel. C’est bien beau de faire des tweets par ses attachés politiques, ou de faire des déclarations sur internet, mais je pense que la première chose à faire, c’est de venir avec la population, de sentir les gens, de parler aux gens, de rencontrer les intervenants locaux. J’espère que le premier ministre du Québec va le faire.»

M. Duhaime a aussitôt promis de verser 62 millions $ à la Ville de Montréal pour l’embauche de 400 policiers, un objectif qu’il estime réalisable en un ou deux ans. Il n’a pas semblé se soucier du fait que cette décision revient plutôt à l’administration municipale, laissant présager que ses relations avec la métropole pourraient être tendues. «Il va falloir que l’administration municipale bouge et il va falloir que la pression vienne du gouvernement du Québec.»

Bien qu’opposé à l’intervention de l’État par principe, le chef conservateur trace la ligne lorsqu’il est question de loi et d’ordre: «Le gouvernement aujourd’hui se mêle de tout, mais il ne se mêle pas de ce qui est essentiel et fondamental.»

C’est donc sans surprise qu’il appelle le gouvernement Trudeau à imposer des peines plus sévères en matière d’armes à feu.

«On a besoin de décourager ces gens-là. Quand quelqu’un se fait prendre avec 200, 250 carcasses de révolver et qu’il se ramasse avec moins qu’un an de prison, le signal qui est envoyé, c’est le mauvais», a-t-il déclaré, une référence au passeur de 25 ans William Rainville, récemment libéré en maison de transition après avoir purgé une des cinq années de pénitencier auxquelles il avait été condamné pour avoir franchi la frontière avec près de 250 carcasses de pistolet.

Éric Duhaime a cependant dit croire qu’il fallait arrêter de chercher à imposer des contrôles aux armes à feu, affirmant que, dans les crimes récents «toutes les armes utilisées sont déjà illégales».

«C’est facile de s’attaquer aux chasseurs et de s’attaquer aux agriculteurs honnêtes, mais c’est beaucoup moins facile peut-être de s’attaquer aux sources du problème, à l’entrée de ces armes. Que ce soit par la frontière ou par certaines réserves, il va falloir prendre le taureau par les cornes», a-t-il clamé.

Invité à préciser sa pensée quant à des interventions sur des réserves autochtones, notamment celle d’Akwesasne, qui chevauche la frontière canado-américaine, il a toutefois adouci le ton. «C’est toujours très délicat d’entrer sur les réserves. Il y a toujours une grande prudence des forces policières par rapport à ça pour toutes les raisons qu’on connaît. Il faut y aller de façon très, très délicate et souvent l’intervention doit se faire à l’extérieur des réserves.»

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