Violence conjugale: les mots de François Legault ne valent rien, accuse Labrie

QUÉBEC — Contrairement à ce qu’elle prétend, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault ne traite pas les dossiers qui concernent la Condition féminine en priorité.

C’est ce qu’a déclaré en entrevue jeudi la députée Christine Labrie, de Québec solidaire (QS), qui a identifié trois événements récents pour étayer son propos.

Le Québec rapporte sept féminicides survenus au cours des sept dernières semaines. Dans le passé, on en comptait en moyenne une douzaine par année.

À l’Assemblée nationale, le gouvernement «fait semblant que ça le préoccupe», mais «il ne passe pas à l’action», a-t-elle accusé.

Il a bloqué deux motions cette semaine, la première, celle de la députée indépendante Catherine Fournier, qui visait à hausser le financement des ressources pour les hommes violents qui ont besoin d’aide.

La deuxième motion, présentée par QS, demandait à Québec de mettre en oeuvre deux recommandations du rapport sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale.

Plus spécifiquement, cette motion réclamait la création d’un secrétariat voué exclusivement à coordonner toute l’action gouvernementale en matière de lutte aux violences sexuelles et conjugales.

Le gouvernement a refusé d’en débattre, alors que la veille, le premier ministre s’était pourtant engagé à «appliquer les 190 recommandations» du rapport.

«Le premier ministre a trahi sa parole, lance Mme Labrie. Ce que ça nous dit, c’est que ses mots ne valent rien, ses mots ne changent rien.»

«Je ne lui fais plus confiance du tout et je lui demande de revenir sur les erreurs qu’il a commises dans les derniers jours en refusant de s’engager à passer à l’action.»

Des ministres se font rassurantes

Mercredi, deux ministres, Geneviève Guilbault (Sécurité publique) et Isabelle Charest (Condition féminine) ont invité les femmes victimes de violence à ne pas hésiter à demander de l’aide.

Elles ont dit que si plus de moyens financiers étaient nécessaires «on va mettre plus de moyens».

Mais leur message survient au moment même où le réseau des maisons d’hébergement des femmes victimes de violence conjugale se plaint d’un sous-financement chronique.

Des 24 millions $ promis par Québec au réseau en mars 2020, la grande majorité des régions (15 sur 17) attendent encore le chèque un an plus tard.

Mme Charest a déclaré mercredi que seulement deux régions n’avaient pas encore reçu le financement attendu, une affirmation qui a été plus tard démentie par la Fédération des maisons d’hébergement.

La ministre Charest démontre là sa «méconnaissance» du dossier, affirme Christine Labrie. «La ministre de la Condition féminine ne sait même pas que l’argent n’est pas rendu!

«Ça montre à quel point le suivi est déficient sur ce dossier-là, a-t-elle ajouté. À un moment donné, ça va faire de parler puis de ne rien faire. Ça va faire de parler puis de dire le contraire le lendemain.»

Violences sexuelles et décrochage

Troisième événement: le ministre de l’Éducation a admis mardi, en étude des crédits, qu’il n’avait pas encore mesuré l’impact des violences sexuelles sur le décrochage scolaire, tel que promis en août.

Le 18 août, Jean-François Roberge s’était formellement engagé à commander une étude sur le sujet, après que QS lui eut soumis que la majorité des agressions sexuelles survenaient chez les mineurs.

Selon Mme Labrie, l’école doit jouer un rôle plus important en matière de prévention et d’intervention en matière de violences sexuelles. «De nombreuses victimes ont quitté l’école», souligne-t-elle.

Mardi, le ministre a réitéré son engagement, avec un bémol. 

«Beaucoup de ressources qui normalement sont affectées à des demandes et à des études ont été vraiment mobilisées pour faire face à l’urgence sanitaire», a-t-il plaidé.

Mme Labrie rétorque que l’engagement a été pris en toute connaissance de cause, en pleine pandémie.

«Ça ne semblait pas le déranger à ce moment-là. De toute façon (…), le mandat peut tout à fait être confié à des chercheurs à l’externe. Donc, pour moi, ce n’est pas une raison de ne pas avoir procédé.» 

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