Violence conjugale: Québec réserve 92 millions $ en 5 ans aux maisons d’hébergement

QUÉBEC — La vague récente de féminicides a créé une véritable onde de choc au Québec et provoqué une prise de conscience au gouvernement, qui a rendu public vendredi un aperçu des actions qu’il entend prendre pour mieux s’attaquer au fléau de la violence conjugale.

La centaine de maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence pourra donc se partager 92 millions $ sur cinq ans, soit 18,4 millions $ par année. Cela devrait permettre de créer 163 places additionnelles cette année dans ce réseau qui en compte 1386, de dispenser davantage de services et d’embaucher 313 intervenantes supplémentaires à temps complet. Éventuellement, l’argent pourrait aussi servir à ouvrir d’autres maisons.

Au total, d’ici cinq ans, Québec dit vouloir injecter 222,9 millions $ dans la lutte à la violence faite aux femmes. Mais il faudra se montrer patient pour savoir comment seront réparties la majeure partie de ces sommes (131 millions $) et à quoi elles serviront exactement, car seul le budget supplémentaire accordé aux maisons d’hébergement a été rendu public vendredi.

L’annonce a été faite par la vice-première ministre Geneviève Guilbault et la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, à l’occasion d’une conférence de presse virtuelle.

En principe, les sommes à venir, qui feront l’objet d’une série «d’annonces ultérieures», devraient servir notamment à faciliter la sortie urgente d’un milieu dangereux, augmenter le financement des organismes d’aide aux hommes violents, créer des unités d’hébergement de deuxième étape (pour de plus longs séjours), ajouter des effectifs en violence conjugale au sein des corps de police, des services correctionnels et du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), de même que consolider l’intervention de l’organisme SOS violence conjugale. Des sommes seront par ailleurs réservées pour des services «culturellement adaptés» aux Premières Nations et aux Inuits.

La demande de services pour les victimes de violence conjugale ne cesse d’augmenter, alors que le soutien gouvernemental se fait attendre, depuis des années. Chaque année, les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence doivent refuser entre 10 000 et 15 000 demandes d’hébergement, faute de places disponibles. Le taux d’occupation de ces maisons frôle les 100 % à longueur d’année.

Depuis le début de l’année, le Québec a rapporté 10 féminicides. Dans le passé, la moyenne était de 12 par année.

En parallèle, le gouvernement Legault a subi les critiques nourries de l’opposition et du réseau des maisons d’hébergement, pour son manque de volonté politique à s’attaquer à ce problème. En mars 2020, il s’était engagé à verser 24 millions $ aux maisons, de toute «urgence». Il aura mis plus d’un an à respecter l’engagement. En mars 2021, le ministre des Finances annonçait 4,5 millions $ supplémentaires, une «insulte», selon le réseau, vu l’accroissement de la demande.

Devant le tollé, le premier ministre François Legault s’était engagé à s’occuper du dossier personnellement et à faire en sorte que chaque femme confrontée à une situation de violence puisse avoir accès à un refuge. Fin mars, il confiait à la ministre Geneviève Guilbault le mandat de présenter rapidement un plan d’action. La semaine dernière, il s’engageait en Chambre à répondre à «tous les besoins» d’hébergement des femmes violentées.

En conférence de presse vendredi, la ministre Guilbault a dit que le gouvernement avait pris conscience de l’urgence et de la gravité de la situation et qu’il était désormais déterminé «à agir sur tous les fronts» et «à très court terme» pour créer un climat plus sécuritaire pour les femmes.

Selon elle, à terme, une fois le plan d’action déployé, le Québec devrait être en mesure «de répondre aux besoins de toutes les femmes» violentées qui demandent de l’aide et qui cherchent un refuge temporaire.

Elle s’est aussi engagée à ne pas répéter le cafouillage de l’an dernier et à verser les sommes promises «rapidement» aux maisons d’hébergement, soit «d’ici un mois», tout au plus.

La députée Isabelle Lecours a été promue récemment adjointe parlementaire de la ministre Guilbault et aura le mandat spécifique de tracer un portrait des besoins de services en régions pour les femmes violentées et de conseiller le gouvernement sur les actions à entreprendre. Elle parlera en toute connaissance de cause, ayant elle-même été victime de violence conjugale.

Cette nomination est un élément majeur et «historique» dans les relations entre le gouvernement et le réseau, selon la directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse, qui a bien accueilli l’annonce faite par le gouvernement, qualifiée de «grand pas dans la bonne direction».

La présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, Chantal Arsenault, a salué l’annonce gouvernementale elle aussi. Elle a fait valoir que la pandémie avait certainement exacerbé les tensions dans certains couples, et aggravé des conflits. Le confinement et le télétravail ont pu servir à certains hommes violents de prétexte pour «exercer un contrôle quasi absolu» sur leur conjointe, selon elle. 

Québec verse au réseau des maisons d’hébergement quelque 77 millions $ cette année, une somme qui devrait être bonifiée à 127 millions $, en 2025-2026.

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