Violence conjugale; Québec songe à implanter le bracelet électronique

QUÉBEC — Le plan d’action de lutte à la violence conjugale présenté jeudi par le gouvernement Legault ne comporte aucune nouvelle somme d’argent destinée à développer le réseau des maisons d’hébergement qui accueillent les femmes cherchant à éviter les coups portés par leur conjoint.

Il s’affaire plutôt à consolider le réseau existant, qui fonctionne à pleine capacité.

Pour éviter les homicides conjugaux, Québec va par ailleurs se questionner à savoir s’il est souhaitable et réaliste, en tenant compte des chartes des droits, d’implanter le bracelet électronique anti-rapprochement, déjà imposé aux conjoints violents dans certains pays comme la France et l’Espagne. Le gouvernement espère pouvoir fournir une réponse d’ici un an.

Le bracelet émet un son qui prévient la femme, si son ex-conjoint violent ne respecte pas l’interdiction d’un tribunal de s’approcher d’elle. Elle peut alors appeler la police. 

En conférence de presse, les ministres Isabelle Charest (Condition féminine) et Geneviève Guilbault (Sécurité publique) ont confirmé les sommes déjà annoncées en mars dans le budget déposé par le ministre des Finances, Eric Girard, et destinées aux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale.

D’ici cinq ans, Québec prévoit donc verser 120 millions $ à ce réseau d’une centaine de maisons, dont 24 millions $ dès cette année. Mais pas un sou promis en mars n’a été versé à ce jour.  La somme de 24 millions $ devra être répartie entre les maisons d’urgence (14 millions $) et les maisons de seconde étape (10 millions $) qui offrent des séjours prolongés aux femmes qui ont besoin de temps pour reconstruire leur vie.

Une somme additionnelle de 60 millions $ sur cinq ans vise des mesures connexes, davantage axées sur la sécurité publique et la prévention, notamment la création de services d’évaluation de conjoints violents en régions.

Selon la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, les montants consentis par Québec ne couvriront que le tiers des besoins réels. «Ce n’est pas ce qu’on a demandé», a déploré la présidente, Manon Monastesse, en entrevue téléphonique. Avec ces sommes, «on ne parle pas de développement, c’est impossible», dit-elle, déçue, mais plutôt de consolidation du réseau.

Cette consolidation servira essentiellement à embaucher des intervenantes, mais ne suffira pas à créer de nouvelles places sur tout le territoire, au moment où la demande est en hausse constante, la centaine de maisons disponibles n’arrivant pas à répondre à la demande. Par milliers, des femmes violentées se font refuser l’accès à un refuge temporaire chaque année, faute de place.  

En conférence de presse, la ministre Charest a soutenu que «c’est la consolidation des services qui était primordiale». 

Il y a environ un an, à la suite d’une série d’homicides conjugaux, le premier ministre François Legault avait demandé à la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, de renforcer le filet de sécurité autour des femmes victimes de violence conjugale.

En sécurité publique, on veut par ailleurs améliorer la formation des policiers, mieux les sensibiliser à la problématique particulière de la violence conjugale. 

On produira également une trousse d’information destinée au personnel des Centres de la petite enfance (CPE), qui sera mieux outillé pour détecter les enfants provenant de foyers violents.

Le ministère de la Justice sera mis à contribution pour créer un service d’urgence appelé à intervenir dans les dossiers de droit de garde d’enfants lorsque la violence fait irruption dans la maison.