Violence envers les femmes: Québec veut mieux former les policiers autochtones

QUÉBEC — Les corps de police autochtones vont pouvoir compter sur un petit coup de pouce financier du gouvernement, en vue d’améliorer la formation de leurs recrues, notamment pour mieux gérer les situations de violence faite aux femmes.

L’effort financier est tout de même relatif, à hauteur de 18 millions $ sur cinq ans, que devront se diviser 22 communautés autochtones, de 2020-2021 à 2024-2025.

Les sommes serviront à financer un ensemble de mesures destinées à mieux adapter l’intervention policière aux réalités des communautés autochtones, en particulier quand il s’agit des femmes victimes de violence conjugale ou d’agressions sexuelles.

L’annonce a été faite vendredi après-midi, en conférence de presse, par le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, accompagné de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, et de la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest. Était aussi présent le président de l’Association des directeurs de police des Premières Nations et des Inuits du Québec, Shawn Dulude.

On souhaite par exemple financer des projets (1,2 million $) visant à lutter contre l’exploitation sexuelle des filles et des femmes autochtones et à contrer toute forme de violence sexuelle. Quand on parle de pauvreté, de violence et d’exploitation sexuelle, les femmes autochtones sont sur-représentées, a commenté la ministre Charest. 

Dans le même esprit, on consacrera 4 millions $ en vue de mieux outiller les policiers autochtones lorsqu’ils doivent intervenir dans des situations de violence conjugale ou d’agression sexuelle.

Dans ce but, on misera sur la formation et le perfectionnement des policiers autochtones, en leur donnant accès aux services offerts par l’École nationale de police du Québec. L’objectif consiste à former deux cohortes de 12 nouveaux policiers autochtones par année. 

Mais cela risque de ne pas être suffisant car le problème de recrutement et de rétention d’agents de la paix dans ces communautés est un défi perpétuel, a observé M. Dulude. «On est tous en manque» de recrues, a-t-il dit, faisant référence aux 22 communautés différentes réparties sur tout le territoire.

Souvent, dès qu’ils sont formés, les recrues autochtones cherchent à décrocher un poste à la Sûreté du Québec (SQ), où les salaires et les conditions de travail sont plus avantageux. «La rétention est très difficile» dans ce contexte, a-t-il noté, qualifiant le corps policier autochtone de «petit frère» des forces de l’ordre au Québec. 

Les corps de police autochtones n’ont pas les moyens de «compétitionner» avec un joueur majeur comme la SQ, selon M. Dulude, qui promet de revenir à la charge auprès de Québec pour rehausser le financement des services de l’ordre en terrain autochtone.

Pour combler cette lacune, une campagne de communication sera menée par Québec auprès des jeunes autochtones pour les intéresser davantage à la profession d’agent de la paix, a indiqué Mme Guilbault. 

Québec veut aussi fournir aux corps policiers autochtones des agents de liaison chargés de les aider à mieux gérer les cas d’agressions sexuelles et à informer adéquatement les victimes de leurs droits, en cas de recours judiciaires.

Par ailleurs, une formation sur la réalité autochtone sera conçue et offerte aux agents des services correctionnels, afin qu’ils aient une meilleure compréhension des réalités autochtones.

Enfin, le Québec, qui compte 11 nations autochtones différentes, entend dresser un état de situation des besoins et des enjeux propres aux corps policiers évoluant en milieu autochtone. 

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