Visite du pape: des milliers d’Autochtones font un long voyage pour y assister

WINNIPEG — Des milliers de personnes feront le voyage en autobus, en avion et même en bateau dans les prochains jours pour assister aux événements pendant la visite pontificale historique.

Le pape François devrait atterrir à Edmonton dimanche avant de se rendre à Québec mercredi et à Iqaluit vendredi.

La visite comprendra des événements publics et privés mettant l’accent sur la participation des Autochtones.

On s’attend à ce que le pape François présente des excuses pour le rôle de l’Église catholique romaine dans les pensionnats pour enfants autochtones sur le site de l’ancien pensionnat Ermineskin dans la communauté de Maskwacis, en Alberta.

On estime que 150 000 enfants autochtones ont été forcés de fréquenter les pensionnats pendant plus d’un siècle, et l’Église catholique gérait environ 60 % de ces établissements.

Susan Enge aura une pensée spéciale pour sa mère, qui s’est retrouvée dans un de ces pensionnats, pendant le long voyage vers le sud qu’elle fera depuis les Territoires du Nord-Ouest afin de voir le pape François en Alberta.

Ses pensées s’attarderont sur cet héritage et sur la complexité d’être autochtone et catholique pendant les huit heures de route entre sa maison de Fort Smith et Yellowknife, où elle prendra l’avion pour Edmonton dimanche.

«En tant que fervente catholique, je pense qu’il est important de pardonner aux gens leurs fautes », a-t-elle affirmé en entrevue.

«C’est un choix personnel et un voyage personnel pour tous ceux qui cherchent la guérison à partir du message du pape», selon Mme Enge qui fera le voyage avec sa fille de 24 ans. Elles font partie d’un groupe d’environ 40 personnes organisé par le diocèse de Mackenzie-Fort Smith.

Le survivant Fern Hendersen raconte qu’il ne savait pas qui il était après avoir subi des sévices émotifs, spirituels et physiques dans un pensionnat du Manitoba lorsqu’il était enfant. Pendant une grande partie de sa vie, il a cru que c’était de sa faute et il n’a jamais vécu de sentiment d’appartenance où que ce soit.

Il croit qu’entendre le pape François sera une reconnaissance de cette vérité et de cette douleur.

«Je vais enfin entendre les mots: »Je suis désolé » … désolé d’être privé de mon identité, de ma langue, de ma culture et de ma famille qui a été éloignée de moi», a affirmé M. Hendersen avant de fondre en larmes.

Il assistera aux événements en compagnie de sa sœur et d’un groupe de la Première Nation Sagkeeng.

M. Hendersen s’attend à ce que beaucoup de souvenirs douloureux remontent à la surface au cours de la longue route. Il tient tout de même à assister aux évènements liés à la visite du pape François, notamment pour les défunts de sa famille qui n’auront pas l’occasion d’entendre le chef de l’Église catholique reconnaître le mal qui a été fait.

Il y assistera aussi pour ses enfants et ses petits-enfants «afin qu’ils puissent aller de l’avant d’une manière positive».

Organiser le voyage n’a pas été facile, car les plans et le financement n’ont que tout récemment commencé à se concrétiser au sein des communautés autochtones. De nombreux Autochtones, y compris Fern Hendersen, n’ont appris que cette semaine s’ils pouvaient participer aux événements.

Le chef Bobby Cameron de la Fédération des nations autochtones souveraines s’est dit profondément préoccupé par le manque de coordination de la visite. Beaucoup de survivants n’ont pas l’argent ou la technologie pour assister à la visite du pape, a-t-il souligné.

«Les survivants n’avaient aucun choix en tant qu’enfants, et maintenant certains attendent l’approbation des mêmes entités qui les ont arrachés à leur famille, à leur maison, leur culture et leur identité d’enfants. C’est absolument ridicule», s’est-il insurgé par voie de communiqué.

Le gouvernement fédéral octroie 30,5 millions de dollars pour les activités communautaires, les cérémonies et les déplacements de survivants pendant la visite papale.

Malgré les défis logistiques, l’importance du voyage a poussé beaucoup de gens à aller de l’avant.

Un grand groupe organisé par la Fédération métisse du Manitoba a loué des autobus et prévoit conduire pendant deux jours pour se rendre aux événements en Alberta.

André Carrier, qui a été un élève externe dans une école catholique du Manitoba, dit qu’il s’est senti réduit au silence pendant des années après avoir été agressé sexuellement par un prêtre lorsqu’il était enfant. Son père a aussi été maltraité, dit M. Carrier. C’est un héritage qui pèsera lourd sur son cœur lorsqu’il empruntera les autoroutes à travers les vastes Prairies.

«C’est vraiment important, dans le cadre du voyage de guérison, d’être entendu et d’être reconnu par le pape», a déclaré M. Carrier.

Comme de nombreux Métis du Manitoba, il est catholique. Selon M. Carrier, la visite du souverain pontife sera cruciale pour leur guérison et pour forger des chemins avec l’Église.

«C’est une occasion de tourner la page», a-t-il souligné.

Pour le grand chef du regroupement Manitoba Keewatinowi Okimakanak, Garrison Settee, qui représente les Premières Nations du nord du Manitoba, même s’il espère entendre des excuses sincères du pape François en Alberta, cette reconnaissance ne sera pas suffisante pour tout le monde.

«La guérison se produit différemment pour nous tous», a déclaré M. Settee dans un communiqué de presse.

«Il n’y a pas de bonne façon de guérir du traumatisme générationnel qui a été infligé à notre peuple en raison du système des pensionnats indiens», a -t-il résumé.

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