Vol 752: l’Ukraine attend toujours les boîtes noires promises par l’Iran

OTTAWA — L’Iran doit respecter son engagement de coopérer à l’enquête sur l’écrasement d’un avion de ligne commercial, abattu en janvier par son armée, malgré les obstacles posés par la pandémie de COVID-19, a déclaré jeudi le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.

Le gouvernement iranien n’a toujours pas tenu sa promesse formulée il y a deux semaines de remettre les enregistreurs de bord du vol 752 d’Ukraine International Airlines. Les 176 occupants de l’appareil, dont 55 citoyens et 30 autres résidents permanents canadiens, ont tous été tués.

Dans des entrevues séparées accordées à La Presse canadienne, M. Champagne et Andreï Shevchenko, l’ambassadeur d’Ukraine au Canada, ont tous deux indiqué que les boîtes noires n’ont pas été envoyées à Kiev comme l’Iran l’avait promis.

Le représentant de l’Iran auprès de l’Organisation de l’aviation civile internationale a promis le 11 mars de les transférer dans un délai de deux semaines pour aider l’Ukraine à enquêter sur l’accident.

L’Iran est l’un des pays les plus durement touchés par la pandémie avec plus de 27 000 cas et plus de 2200 décès.

«D’une part, c’est une crise, une crise sanitaire d’une proportion sans précédent que nous vivons, a reconnu M. Champagne. Mais d’un autre côté, nous devons nous assurer que nous obtenons des réponses. La tragédie [aérienne] touche toujours les familles. Nous devons insister pour obtenir ces réponses du régime iranien.»

Des défis

L’actuelle pandémie présente de nouveaux défis pour les familles déjà éprouvées des 55 Canadiens morts dans la tragédie.

Hamed Esmaeilion, un dentiste de la région de Toronto, a perdu son épouse Parisa et leur fille de neuf ans dans l’écrasement du vol 752 de la compagnie Ukraine International, abattu par l’armée iranienne le 8 janvier dernier près de Téhéran.

Dans une entrevue à La Presse canadienne jeudi, M. Esmaeilion rappelle que la pandémie de la COVID-19 a forcé l’annulation de plusieurs rencontres entre les familles et des responsables canadiens. Les familles espéraient obtenir des mises à jour concernant l’enquête sur l’écrasement et les efforts d’Ottawa pour obtenir des indemnités de Téhéran et de la compagnie aérienne.

M. Esmaeilion admet aussi que le confinement sanitaire est particulièrement difficile à vivre, alors qu’il est toujours en deuil de sa femme et de sa fille. Il éprouve par ailleurs de la frustration face au refus persistant de l’Iran de rendre disponibles les enregistreurs de vol de l’avion de ligne.

M. Esmaeilion exhorte le gouvernement canadien à ne pas laisser la pandémie le distraire des efforts pour obliger l’Iran à prendre ses responsabilités.

M. Champagne a dit s’être entretenu cette semaine avec son homologue ukrainien pour savoir si l’Iran avait respecté son engagement. On lui a dit que Kiev et Téhéran travaillaient toujours sur le «cadre de référence» du transfert.

«Les deux parties négocient ce cadre de référence», a expliqué M. Champagne.

De son côté, M. Shevchenko a indiqué que son pays attend de l’Iran qu’il tienne sa promesse de remettre les enregistreurs de vol. Selon lui, la communauté internationale doit travailler de concert pour s’en assurer.

«[La COVID-19] rend notre travail avec l’Iran beaucoup plus compliqué. L’Iran nous dit qu’il ne peut pas faire ceci ou cela à cause de la situation sanitaire, a-t-il souligné. Assurément, cela ralentit les choses, mais nous ne voyons aucune raison pour laquelle nous ne pouvons pas avancer.»