Voyages: Ottawa annoncera des mesures additionnelles dans les prochains jours

OTTAWA — Le gouvernement fédéral compte présenter des mesures additionnelles pour dissuader les Canadiens de voyager dans les prochains jours. En attendant, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, croit que si les policiers québécois surveillaient mieux la quarantaine déjà en place, ce serait déjà ça de pris.

«Nous sommes très ouverts à ajouter des couches de protection supplémentaires et à imposer des mesures additionnelles. Rien n’est exclu. (…) Mais je crois qu’il est tout aussi important que nous utilisions toute l’étendue des mesures les plus importantes déjà mises en place (…): l’ordre de quarantaine», a déclaré M. Blair, lors d’une conférence de presse virtuelle, vendredi. 

Le ministre dit avoir écouté avec attention la conférence de presse du premier ministre québécois François Legault qui, la veille, félicitait ses policiers pour la surveillance du couvre-feu au Québec. Ces policiers doivent aussi s’assurer du respect des ordres de quarantaine pour les voyageurs. 

«J’aimerais souligner que nous avons besoin de faire appliquer (ces mesures) par les services de police qui ont la compétence. (…) Dans la vaste majorité des endroits, certainement en Ontario et au Québec, ce sont les services municipaux ou provinciaux. (…) Et je sais que la police a été quelque peu réticente à utiliser les outils de réglementation en place, mais c’est nécessaire», a-t-il dit. 

M. Legault avait déjà exhorté Justin Trudeau à interdire tous les voyages non essentiels, mais a semblé essuyer un refus. Jeudi, lors de l’appel hebdomadaire fédéral-provincial, M. Legault a demandé à M. Trudeau d’imposer une quarantaine obligatoire supervisée à l’hôtel aux frais des voyageurs qui arrivent de l’étranger, une mesure qui est déjà en vigueur en Nouvelle-Zélande. 

Le principal intéressé n’a pas fermé la porte. «C’est une possibilité qu’on est en train de regarder», a répondu M. Trudeau lorsque la question lui a été posée par un journaliste, vendredi.

«Comme j’ai dit aux premiers ministres (jeudi soir), on est en train de regarder toutes sortes de nouvelles mesures qu’on pourrait amener pour assurer qu’on est en train de protéger les Canadiens et décourager les voyages non essentiels», a-t-il ajouté. 

Son ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc – qui n’a pas pris part à l’appel de jeudi avec les premiers ministres provinciaux, trop occupé à réagir à la démission de la gouverneure générale Julie Payette – a soutenu que le gouvernement fédéral aurait «probablement des précisions à donner dans les prochains jours». Il a dit que le conseil des ministres discute «activement» de quelques options. 

L’une de ces options serait de coordonner les restrictions de voyages avec la nouvelle administration de Joe Biden. Le ministre Blair a révélé que des discussions étaient en cours à ce sujet. 

Il a souligné qu’il y a des «lacunes» qui existent parce que les États-Unis n’ont pas imposé des restrictions sur les vols internationaux entrant aux États-Unis. Un Canadien peut donc voyager au sud de la frontière sans se mettre en quarantaine, par exemple. 

M. Trudeau, comme il l’avait fait plus tôt cette semaine, a averti que ces nouvelles mesures pourraient être annoncées sans préavis et «rendre beaucoup plus difficile le retour vers le Canada». 

L’industrie aérienne n’a pas tardé à réagir à la menace de nouvelles mesures. Elle a fait parvenir une lettre vendredi à cinq ministres fédéraux, les appelant à la collaboration. 

«Les compagnies aériennes et leurs employés sont les premiers à mettre en œuvre ces changements de politique en cours. Toutes les mesures doivent être prises pour garantir que toutes les mesures liées à la pandémie sont mises en œuvre de manière collaborative», ont réclamé le Conseil national des lignes aériennes du Canada (CNLA) et les syndicats représentant les travailleurs de l’aviation. 

La quarantaine obligatoire de deux semaines à l’arrivée au Canada, pandémie oblige, avait déjà fait mal à l’industrie aérienne, qui a vu les arrivées internationales au pays réduites de 90 %. La situation s’est empirée quand le gouvernement fédéral a exigé que tous les passagers revenant au Canada présentent  un test de dépistage de COVID-19 négatif moins de 72 heures avant leur départ.

Les principales compagnies aériennes ont dit avoir constaté des annulations sans précédent depuis le 7 janvier, date d’entrée en vigueur de cette nouvelle exigence.

Dans les derniers jours, deux ministres fédéraux – Jean-Yves Duclos et Patty Hajdu – se sont réjouis publiquement du fait que pas moins de 50 000 Canadiens avaient annulé leur réservation, une preuve, selon eux, que les mesures mises en place sont efficaces pour décourager les voyages non essentiels. 

Transports Canada n’a pas voulu confirmer ce chiffre; une porte-parole a indiqué à La Presse Canadienne que cette information, pourtant véhiculée par deux ministres, est «commercialement sensible».

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