Washington exhorte à cesser de faire de l’aide aux Syriens un enjeu politique

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a exhorté lundi un Conseil de sécurité des Nations unies divisé à cesser de faire de l’aide humanitaire à la Syrie déchirée par la guerre un problème politique et à ouvrir davantage de passages frontaliers pour acheminer de la nourriture et d’autres aides à 13,4 millions de personnes dans le besoin.

Mais la Russie a rapidement réitéré son opposition aux passages vers les zones rebelles et d’opposition.

Faisant référence en particulier à la Russie et à son proche allié le président syrien Bachar al-Assad, M. Blinken a déclaré que le conseil devrait également «cesser de participer ou de trouver des excuses pour les attaques» contre des hôpitaux et à proximité du seul point de passage autorisé.

En janvier 2020, sur l’insistance de la Russie, qui dispose d’un droit de veto au Conseil de sécurité, les membres ont voté pour le maintien de seulement deux des quatre points de passage pour l’aide humanitaire à la Syrie, soit ceux entre la Turquie et le nord-ouest contrôlé par les rebelles. Et en juillet, à nouveau sous la menace d’un veto russe, le conseil a réduit la circulation à un seul passage frontalier avec la Turquie. 

M. Blinken a exhorté à la réouverture du deuxième passage frontalier de la Turquie, qui fournissait de l’aide à environ quatre millions de Syriens, et du passage d’Irak qui a apporté de l’aide à 1,3 million dans le nord-est, qui est contrôlé par les forces kurdes alliées aux États-Unis et plusieurs centaines de soldats américains. 

«En leur absence, la fourniture de l’aide est plus coûteuse, plus périlleuse, moins efficace», a déclaré M. Blinken. 

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Vershinin, a vivement critiqué les livraisons d’aide transfrontalières. Il a accusé les groupes d’aide d’exercer une discrimination à l’encontre des régions contrôlées par Damas et de refuser de financer le relèvement de la Syrie et le retour des réfugiés afin de préserver les opérations transfrontalières qui, selon lui, «violent les normes du droit international humanitaire». 

«Ils font cela avec un seul objectif en tête, saper la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie pour des raisons politiques parce qu’ils n’aiment tout simplement pas le gouvernement du pays», a déclaré M. Vershinin.

Les États-Unis occupent ce mois-ci la présidence tournante du Conseil de sécurité et M. Blinken a présidé la réunion virtuelle. Il a appelé à une solution politique alors que le conflit syrien marque son 10e anniversaire.

Soulignant que tous les membres du conseil ont des enfants ou des petits-enfants, il a demandé comment il était possible de ne pas «trouver dans nos cœurs l’humanité commune pour réellement prendre des mesures significatives».

M. Blinken, qui a de jeunes enfants, a demandé aux membres du conseil de penser à leurs enfants.

«Malgré nos différences, nous devons trouver un moyen de faire quelque chose pour agir pour aider les gens. C’est notre responsabilité, et honte à nous si nous ne la respectons pas», a-t-il déclaré.

«Cessez de faire de l’aide humanitaire, dont dépendent des millions de Syriens, une question politique», a déclaré M. Blinken. «Mettons fin à l’attente, passons à l’action, aidons le peuple syrien.»

La réunion a eu lieu alors que la communauté internationale de l’aide se préparait à des déficits importants lors d’une conférence des donateurs qui débutait lundi à Bruxelles, co-organisée par l’ONU et l’Union européenne.

Le chef humanitaire de l’ONU, Mark Lowcock, a déclaré au conseil que «la profonde dégradation économique d’une décennie de guerre s’est encore accentuée au cours de la dernière année, notamment en raison de la pandémie».

Il a déclaré que le besoin d’aide avait bondi de 20% par rapport à l’année dernière et que les organisations humanitaires coordonnées par l’ONU recherchent environ 4,2 milliards $ pour porter secours aux Syriens à l’intérieur du pays. Il a déclaré que 5,8 milliards $ supplémentaires étaient nécessaires pour soutenir les pays accueillant des réfugiés syriens dans la région.

«Nous avons besoin de plus d’argent, pas moins, si nous voulons éviter une nouvelle détérioration — dont les conséquences pourraient être dramatiques et généralisées», a déclaré M. Lowcock.

Henrietta Fore, directrice de l’agence des Nations unies pour l’enfance, l’UNICEF, a déclaré que la pire crise économique en Syrie «plonge 90% de la population dans la pauvreté et que dans tout le pays, près de 90% des enfants ont désormais besoin d’une aide humanitaire».

Par Edith M. Lederer – The Associated Press

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