Waswanipi réclame la protection de la vallée de la rivière Broadback

QUÉBEC – Une communauté autochtone crie s’oppose à la construction de chemins forestiers qui donneront accès à une forêt jusqu’ici inexploitée par les entreprises forestières.

Accompagné de représentants de groupes écologistes, le chef de la Première Nation de Waswanipi, Marcel Happyjack, a réclamé lundi la protection intégrale de la forêt Broadback.

«Aucun autre projet de développement ne peut être autorisé dans la forêt Broadback pour la province de Québec, la survie des caribous et la protection du mode de vie de la nation crie», a-t-il dit dans une conférence de presse.

M. Happyjack a évoqué l’opposition à l’exploration pétrolière exprimée récemment par le premier ministre Philippe Couillard concernant les hydrocarbures de l’île d’Anticosti.

«Comme l’île d’Anticosti, la forêt Broadback représente un milieu exceptionnel à protéger, a-t-il dit. Le premier ministre Philippe Couillard dit qu’il est un grand défenseur de ces milieux naturels. Je l’invite donc à se joindre à moi pour défendre la forêt Broadback.»

L’impact environnemental du projet est actuellement évalué par le Comité d’examen des répercussions sur l’environnement et le milieu social (COMEX).

Le gouvernement du Québec prendra une décision fin mars après avoir reçu le rapport dans quelques jours, a indiqué M. Happyjack.

Greenpeace considère que la protection intégrale des forêts au sud de la rivière Broadback est prioritaire.

Selon le groupe écologiste, la construction des deux routes de 126 km ouvrirait cette zone à l’exploitation pour cinq entreprises forestières, dont Produits forestiers Résolu.

Un porte-parole de Greenpeace, Nicolas Mainville, a mis en garde les entreprises éventuellement intéressées à cette exploitation.

«Il y a cinq entreprises qui font la proposition de rentrer dans le secteur. Leurs opérations seraient hautement controversées si elles avançaient et commençaient exploiter ce bois-là qui est revendiqué à des fins d’aires protégées», a-t-il dit.

Pierre-Olivier Boudreault, de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), a demandé au gouvernement d’accepter la demande des Cris de Waswanipi d’ici l’été prochain.

«Le gouvernement s’est engagé à compléter le réseau d’aires protégées dans ce secteur-là. Malheureusement les progrès ne sont pas au rendez-vous, a-t-il dit. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui on demande une date limite, qui est juillet 2016.»

Serge Couturier, biologiste qui a étudié le caribou forestier, a déclaré que l’espèce est incapable de survivre quand plus de 35 pour cent de son habitat est dérangé par des activités humaines.

«Le caribou a besoin de beaucoup d’espace, beaucoup plus que les autres cervidés qu’on a au Québec, a-t-il dit. On a des caribous qui ont des domaines vitaux allant jusqu’à 9000 km carrés.»

Le gouvernement a déjà créé une aire protégée au nord de la rivière Broadback, tandis que les projets de routes sont au sud du cours d’eau.