Rapport Mueller: Donald Trump anticipait la fin de sa présidence

WASHINGTON — Le rapport du procureur spécial Robert Mueller, finalement rendu public jeudi, révèle que le président Donald Trump a tenté de prendre le contrôle de l’enquête sur une possible ingérence de la Russie et de forcer le renvoi de M. Mueller pour l’empêcher d’enquêter sur une éventuelle entrave à la justice de la part du président.

M. Trump a échoué, selon le rapport, uniquement parce que ses subordonnés ont refusé de lui obéir.

Selon le document, M. Trump a ordonné en juin 2017 à l’avocat de la Maison-Blanche, Don McGahn, d’appeler le procureur général par intérim pour lui dire que M. Mueller devait être évincé pour conflit d’intérêts.

M. McGahn a refusé, décidant qu’il préférait démissionner plutôt que de déclencher un scandale aux proportions similaires à celui du Watergate.

Malgré tout cela, M. Mueller affirme dans son rapport qu’il n’a pas pu déterminer de manière concluante que M. Trump s’est rendu coupable d’entrave criminelle à la justice.

Le département de la Justice a mis en ligne une version expurgée du rapport jeudi matin, 90 minutes après que le procureur général, William Barr, eut présenté sa propre évaluation finale des conclusions.

Le rapport en deux volumes de 448 pages raconte comment M. Trump a cherché à maintes reprises à prendre le contrôle de l’enquête sur une possible ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle de 2016.

M. Mueller a évalué dix épisodes d’obstruction possible à la justice, notamment le limogeage du directeur du FBI, James Comey, par le président Trump, la directive donnée par le président à ses subordonnés pour qu’ils renvoient M. Mueller et ses efforts pour inciter des témoins à ne pas coopérer.

Les avocats du président ont déclaré que la conduite de M. Trump relevait de ses pouvoirs constitutionnels, mais l’équipe de M. Mueller a estimé que ces épisodes méritaient une enquête pour déterminer si des crimes avaient été commis.

Le président inquiet dès le début

M. Mueller rapporte que M. Trump avait été inquiété par l’enquête dès le début, réagissant à la nomination de M. Mueller en affirmant que c’était «la fin de sa présidence».

En ce qui concerne la question de savoir si l’équipe de M. Trump s’est associée à la Russie lors de la campagne présidentielle de 2016, M. Mueller écrit: «Bien que l’enquête ait identifié de nombreux liens entre des individus liés au gouvernement russe et des personnes associées à la campagne Trump, les preuves étaient insuffisantes pour soutenir des accusations criminelles.»

M. Mueller estime également qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour accuser des responsables de la campagne d’avoir travaillé en tant qu’agents étrangers non enregistrés de la Russie.

Le rapport comprend une annexe de 12 pages de réponses écrites de M. Trump au procureur spécial. Elles n’incluaient aucune question sur une éventuelle obstruction à la justice, conformément à un accord conclu avec l’équipe juridique de M. Trump.

Le président a ainsi répondu n’avoir aucun souvenir de plusieurs événements centraux à l’enquête de M. Mueller, notamment une rencontre survenue en 2016 avec une avocate russe qui offrait d’aider sa campagne.

M. Trump a aussi dit ne pas se souvenir d’avoir été informé que le président russe Vladimir Poutine ou un autre leader étranger souhaitait aider sa campagne ou nuire à celle de Hillary Clinton.

M. Trump a déclaré que son commentaire lors d’un rassemblement politique de 2016 demandant aux pirates russes de trouver des courriels effacés du serveur privé de Mme Clinton avait été fait «de façon sarcastique» et qu’il ne se rappelait pas avoir été informé pendant la campagne de tentatives d’infiltration ou de piratage informatique par la Russie.

L’équipe juridique de M. Trump a qualifié les résultats de l’enquête de «victoire totale pour le président».