Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois et « étranger » à Ottawa

OTTAWA — « Les tataouinages de parlementaires qui se parlent de parlementaire à parlementaire sur leurs bébelles de parlementaires, je pense que ça n’intéresse pas beaucoup le proverbial vrai monde. »

En cette journée d’avril 2020, Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, en avait contre les jeux politiques entourant les travaux parlementaires. Pandémie oblige, les bloquistes et néo-démocrates s’étaient ralliés à la proposition libérale de ne siéger qu’une fois par semaine.

Mais l’expression utilisée pour décrire la situation avait fait sourire les journalistes anglophones sur place. « Vous avez parlé de « tataouinages »… pouvez-vous nous l’expliquer ? », a demandé Julie Van Dusen, reporter chevronnée de CBC sur la colline d’Ottawa.

« Traduire le mot « tataouinage » pourrait s’avérer être un défi. Disons juste qu’il s’agit de […] jeux politiques. Les jeux partisans sont bien souvent du « tataouinage » », avait offert M. Blanchet, en guise d’explication dans la langue de Shakespeare.

Lors de son premier mandat comme chef du Bloc québécois élu à la Chambre des communes, M. Blanchet a été perçu comme une curiosité aux yeux du reste du Canada. En entrevue à l’été 2021, le principal intéressé admet se sentir comme un étranger dans cet univers qui n’est pas le sien.

« C’est un autre monde », lance-t-il. « À Ottawa, sans exagérer et sans faire de partisannerie, on n’est plus chez nous. C’est un parlement très britannique, très anglais. […] On est dans un parlement étranger », ajoute-t-il, en précisant que le personnel des Communes est très courtois.

Les élus fédéraux, bien plus nombreux qu’à l’Assemblée nationale du Québec, y sont aussi restés des étrangers pour lui, avoue-t-il.

« C’est sûr que la pandémie n’a pas aidé. Mais sincèrement, il y a la moitié des députés du Parlement fédéral, je les croiserais sur la rue et je ne les reconnaîtrais pas. On n’a rien… on a peu de choses… on n’est pas dans le même univers », laisse-t-il tomber.

« On se connaît peu et les tensions entre les formations politiques à Ottawa, c’est très marqué », poursuit-il.

Durant son dernier mandat à Ottawa, M. Blanchet a d’ailleurs connu son lot de tensions avec les autres partis.

L’an dernier, le chef du Bloc a fustigé le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, après que ce dernier eut traité le député bloquiste Alain Therrien de « raciste ». M. Singh a toujours refusé de s’excuser pour ses propos. Les deux partis ne s’adressent plus la parole depuis.

Et puis, M. Blanchet a toujours refusé de s’excuser pour avoir évoqué une « proximité » du ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, avec le mouvement politique islamique. Une déclaration pour laquelle on n’a trouvé aucun fondement.

« On a vu ça de la part du NPD, on a vu ça de la part des libéraux, de transformer n’importe quoi qu’on dise ou qu’on pose comme question en démonstration qu’on était raciste. Je pense qu’ils vont avoir un peu l’intelligence de ne pas recommencer ça », soutient M. Blanchet.

Et il sert un avertissement aux deux partis : « Les Québécois sont écoeurés de se faire traiter de racistes. […] Si les libéraux continuent à jouer à ça, si le NPD continue à jouer à ça, je suis convaincu qu’ils vont en payer le prix », dit-il.

Il a reproché la même chose aux journalistes anglophones qui, en plus de s’enquérir de ses expressions bien québécoises, l’ont poussé à bout sur les questions identitaires.

Pas plus tard qu’en juin dernier, M. Blanchet perdait patience devant ces derniers qui faisaient un lien entre la loi québécoise sur la laïcité et l’attentat qui a tué quatre musulmans à London, en Ontario : « Je vais vous le redire : les Québécois sont écoeurés de se faire traiter de racistes ! », a-t-il tonné.

Le chef du Bloc l’admet: ses paroles dépassent parfois sa pensée et le mettent parfois dans le pétrin, mais il n’a pas l’intention de changer, ni d’adopter la langue de bois.

« C’est bien connu, moi, je ne prépare pas les interventions au sens de les écrire, de les apprendre par cœur. Ma doctrine à moi, c’est : c’est quoi la question ? C’est quoi la vérité ? La vérité va avec la réponse. Ce qui fait que… en débat ou en point de presse, ça sort comme ça vient. Sans autocensure », dit-il.

« Mais je ne me vois pas être autrement que ça. […] J’aime mieux prendre le risque de la spontanéité que de me formater et de ne plus avoir de personnalité politique », ajoute-t-il.

Lors d’un deuxième mandat, va-t-il se tourner la langue sept fois dans la bouche avant de parler ? « Je vais arrêter à trois », sourit-il.

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Les Québécois ne sont, surtout pas, racistes. Nous accueillons avec compassion, empathie et générosité tous les réfugiés et immigrants voulant faire partie de notre société distincte si ils acceptent de respecter la langue française, la laïcité sociétale et les lois qui nous gouvernent. Ils doivent oeuvrer pour s’intégrer afin de contribuer à leur terre d’accueil. Pendant près de 400 ans, la religion a eu beaucoup trop de pouvoir et d’influence abusive sur le Québec. Ce temps là est fini, notre société est laïque !

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