Attentats de Paris: quels effets sur le tourisme en France?

Alors que la triste poussière du 13 novembre retombe petit à petit, on commence à évaluer les répercussions possibles, à moyen et à long terme, sur le tourisme à Paris et en France.

Photo: Yann Caradec
Photo: Yann Caradec

Art_de_vivreDéjà, la fin de semaine dernière, quantité de touristes séjournant à Paris ont devancé leur retour, en raison des fermetures de sites emblématiques ou fortement fréquentés, comme le Louvre ou Disneyland; des voyagistes étrangers ont annulé leurs départs; d’autres ont reporté aux calendes grecques l’arrivée prochaine de leurs clients; et de nombreux hôtels rapportent des annulations. Tout cela fait craindre à bien des commerçants et prestataires touristiques d’autres annulations, à l’approche de la prolifique saison des Fêtes.

Bien qu’aucun site touristique n’ait été directement visé par les terroristes, rappelons que les cibles étaient toutes rattachées au loisir et à l’art de vivre, proches parents du tourisme, et qu’il s’agissait donc de lieux susceptibles d’être fréquentés par des visiteurs de passage: rien pour réchauffer l’envie, chez le voyageur, d’aller à Paris.

Ensuite, tant les éventuelles répliques appréhendées par le ministre de l’Intérieur que la demande du président Hollande de prolonger jusqu’à trois mois l’état d’urgence ne sont de nature à rassurer quiconque planifie un voyage dans la Ville lumière — quoique dans ce dernier cas, on se sentirait davantage en sécurité, à tout le moins.

Les conséquences ne se limitent pas à Paris: à Lyon, on pourrait annuler la Fête des Lumières, événement phare de la ville durant le mois de décembre, alors que le maire de Strasbourg se demande s’il tiendra cette année son marché de Noël, fréquenté par deux millions de personnes.

En outre, d’après un sondage mené aux États-Unis par la Business Travel Coalition, 20 % des répondants songent à reporter leur séjour en France pour un temps; 20 % d’entre eux hésitent même à se rendre en Europe pour l’instant; et 70 % des personnes interrogées — des cadres de sociétés, d’universités ou d’institutions gouvernementales — préfèrent laisser leurs subalternes décider s’ils jugent approprié de voyager en France pour des raisons professionnelles.

Cela dit, si la Belgique et la Corée du Sud déconseillent à leurs ressortissants d’aller à Paris — sauf nécessité —, bien des pays recommandent uniquement de faire preuve de plus de prudence, en France en général et à Paris en particulier.

Au Québec, Air France permet à ses passagers de reporter — sans frais, dans certains cas — leurs déplacements, suivant divers scénarios; de son côté, Air Canada a annulé les frais de modification pour ceux qui souhaitent reporter leur vol, en les invitant à contacter le centre d’appels.

À Montréal, Armelle Tardy-Joubert, directrice au Canada d’Atout France — l’agence française de développement touristique —, se fait rassurante. «Aujourd’hui, tout est fait pour assurer la sécurité des Français et des visiteurs, plus de 1 000 militaires ont été déployés sur les sites touristiques, et on a instauré plusieurs nouveaux contrôles aux frontières», dit-elle en rappelant qu’il faudra faire preuve d’un peu plus de patience dans les aéroports.

Évidemment, les responsables de la promotion touristique parisienne ne demeureront pas les bras croisés: dès mercredi, ses acteurs clés se réuniront pour étudier les différents scénarios à envisager, dans les circonstances.

Et si certains congrès, réunions et autres rencontres et ont été annulés ou reportés, la décision de maintenir la tenue de la COP21 envoie un message fort: ni Paris ni la France n’entendent baisser les bras et céder à la peur et à la panique.

La tour Eiffel vient d’ailleurs de rouvrir en grande pompe dans un nouvel habillage bleu-blanc-rouge. Et surtout, la vie reprend lentement son cours, avec quelques initiatives pour le moins créatives, comme l’opération Tous au bistrot! ou l’ouverture d’une page Facebook prônant «la fête comme mode de résistance et de revendication»: pour ses instigateurs, Paris est une fête, et elle doit le demeurer.