Bourgogne : une «poésie cartographiée»

En janvier dernier, le gouvernement français a confirmé qu’il soumettrait la candidature des climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l’Unesco. Le projet, né en 2006, ne sera présenté qu’en juillet 2013, mais cette reconnaissance par l’Élysée suscite déjà l’enthousiasme, puisqu’elle constitue l’avant-dernière étape d’un programme audacieux qui permettrait de valoriser, de protéger et de pérenniser un héritage séculaire de la viticulture européenne.

Photo : Massimo Borchi

« En Bourgogne, quand on parle d’un climat, on ne lève pas les yeux au ciel, on les baisse sur la terre », explique Aubert de Villaine, copropriétaire du Domaine de la Romanée-Conti et président de l’association pour l’inscription des climats bourguignons à l’Unesco. Issue du mot grec klima, qui signifie inclinaison, cette dénomination propre à la Bourgogne va bien au-delà des conditions météorologiques. De manière concrète, un climat correspond à un petit lopin de terre délimité au mètre carré près, dont les particularités géologiques et géographiques, l’hydro­logie et l’exposition au soleil et aux vents lui ont valu d’être reconnu et répertorié, parfois depuis l’époque gallo-romaine.

Après la chute de l’Empire romain, les évêques de Bourgogne, vers l’an 550, ont confié aux moines bénédictins le soin de leurs vignobles. Au cours des siècles suivants, les Bénédictins ont classé avec un empirisme avisé et de manière étonnamment précise les diffé­rentes parcelles qui constituent encore aujourd’hui les « climats bourguignons ». Le Clos de Bèze, par exemple, a été défini dès l’an 630, et sa délimitation n’a toujours pas changé d’un mètre carré !

Vu du ciel, depuis Santenay (au sud) jusqu’à Marsannay (au nord), le vignoble de la Côte d’Or ressemble à une vaste courtepointe composée de quelque 1 247 climats, dont les noms singuliers sont inspirés tantôt de la faune (Clos des Mouches, Dent de Chien), tantôt de la botanique (les Gene­vrières, les Vergers, aux Champs des Pruniers), ou encore de la composition des sols (les Argillières, les Gravières). Parfois, ils évoquent le nom d’un ancien propriétaire ou des anecdotes lointaines : les Pertuisots, les Petits Picotins, les Charmes, la Tâche, Maison Brûlée, les Amoureuses, etc. Autant de noms qui racontent le riche passé de la Bourgogne viticole.

Pour Bernard Pivot, natif du sud de la Bourgogne et président du Comité de soutien à la candidature, « c’est de la poésie sur la terre, de la poésie délimitée, cartographiée ». Une poésie qui sera, on le souhaite, bientôt immortalisée.

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Monthélie Premier cru Les Vignes Rondes 2009, de Rémi Jobard (10776726 ; 34,50 $)

Au sud de Beaune, entre Auxey-Duresse, Meursault et Volnay, la commune de Monthélie regroupe 15 climats classés premiers crus, dont Les Vignes Rondes. Rémi Jobard en tire un vin fin et délicat, savoureusement fruité, plein de fraîcheur et relevé de saveurs précises de griotte et d’épices. Un régal !

Marsannay 2009, Au Champ Salomon, de René Bouvier (11039613 ; 35 $)

Élaboré dans un style un peu plus ferme que la moyenne de l’appellation, cet excellent vin provient d’une parcelle située aux limites nord de la commune de Couchey, voisine de Marsannay-
la-Côte. Riche en saveurs de cerise noire, charnu, ample et généreux, mais également soutenu par une saine acidité qui harmonise le tout et laisse en finale une impression fort rassasiante.