Cartes postales de Mauritanie

Après 10 ans à figurer sur la liste noire des pays infréquentables, la Mauritanie suscite de nouveau l’intérêt et la curiosité des voyageurs, en particulier dans la région saharienne de l’Adrar. Tour d’horizon en photos.

Photos : Gary Lawrence

Située directement sous le Sahara occidental (un territoire revendiqué et contrôlé à 80 % par le Maroc), la Mauritanie est aussi bordée par l’Algérie, le Mali et le Sénégal. Pays saharien, elle forme une zone de transition entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

 

Anciennement partie intégrante de l’empire du Ghana, puis conquise et islamisée par les Almoravides, la Mauritanie forma aussi un protectorat et une colonie française, de 1904 à 1960, année où elle a acquis son indépendance de l’Hexagone. Mais certaines traditions perdurent, comme ici à Atar, chef-lieu de l’Adrar.

 

En raison d’attentats perpétrés en 2007 contre des Français et des Espagnols, la Mauritanie est demeurée sur la liste des pays à ne pas fréquenter pendant 10 ans. Mais l’accroissement des mesures de sécurité et l’accalmie qui perdure depuis ont permis d’abaisser le niveau de vigilance (du moins en France, pas au Canada) et de relancer le tourisme, en novembre 2017. Désormais, un vol hebdomadaire rempli essentiellement de randonneurs relie Paris à l’Adrar, de l’automne au printemps.

 

Dans ce pays couvert de zones désertiques et de dunes spectaculaires, ce sont surtout les treks et randonnées dans la région de l’Adrar qui attirent les touristes — principalement des Français. Les périples proposés s’étirent de une à deux semaines et s’effectuent souvent en autonomie, une caravane de dromadaires se chargeant de tout transporter (vivres, bagages, tentes, etc.) d’un bivouac à l’autre.

 

Région mythique allègrement investie par l’explorateur scientifique Théodore Monod, qui en avait fait son champ d’études préféré, la région de l’Adrar est considérée comme le « Quart vide » saharien, en référence à l’Empty quarter d’Arabie saoudite (le Rub al-Khali), le plus grand désert de dunes au monde.

 

Chaque année, le Sahara prend de l’expansion et il ensable davantage hameaux, villages et routes, sous l’influence persistante des grands vents du nord-est. Cette portion de la route nationale, qui relie la capitale, Nouakchott, à Atar, était encore dégagée une semaine avant la prise de cette photo…

 

Déjà fort aride et desséchée du fait de ses immenses étendues désertiques, la République islamique de Mauritanie est un véritable pays de la soif : la vente et la consommation d’alcool y sont strictement interdites. Heureusement, le thé y est excellent…

 

En dépit de son appellation officielle, la Mauritanie évolue sous l’égide d’un islam modéré (sunnite), et la population, si réservée soit-elle, n’en demeure pas moins accueillante et curieuse d’aller vers l’étranger, en ce pays où le tourisme émerge à peine.

 

Pays traditionnellement empreint de nomadisme, la Mauritanie ne compterait plus que 3 % de véritables nomades, en raison de la désertification et des sécheresses qui rendent ce mode de vie de plus en plus pénible et qui poussent les populations à la sédentarisation.

 

Selon l’Unicef, le taux total d’alphabétisation des Mauritaniens adultes est de 58,6 % (2008-2012), alors que le taux net de scolarisation à l’école primaire est de 75,3 % (2008-2011).

 

En 1990, on comptait 118 décès pour 1 000 naissances chez les enfants mauritaniens de moins de 5 ans ; en 2017, ce taux est passé à 79 décès. Si les conditions s’améliorent — notamment en raison de l’exode vers les villes —, elles demeurent encore loin des standards des pays développés : au Canada, ce même taux est de 5,1 décès pour 1 000 naissances.

 

Officiellement, en Mauritanie, tout le monde dit que l’esclavage (aboli en 1981) n’existe plus. Officieusement, et malgré sa criminalisation, en 2007, cette pratique y aurait toujours cours, selon Amnistie internationale et The Global Slavery Index, lequel assure qu’au moins 1 % de la population de plus de 4 millions d’âmes est toujours asservie. L’État mauritanien lutte cependant ardemment pour éradiquer ce fléau, dont l’origine remonte à l’Antiquité.

 

Chaque année, dans la touffeur de juin à août, les oasis de l’Adrar voient leur population augmenter sensiblement, lors de la récolte des dattes. À cette occasion, des milliers de Mauritaniens migrent sous les palmiers-dattiers, comme ici, à Mahreït.

 

Même si la Mauritanie dispose d’une longue façade maritime (près de 800 km sur l’Atlantique), la consommation de poisson y a traditionnellement été limitée aux régions côtières. Plus maintenant. Désormais, des camions réfrigérés livrent du poisson congelé jusque dans l’Adrar, changeant du coup les habitudes alimentaires du centre du pays.

 

« Je m’excuse à l’avance pour tous les détritus et bouteilles de plastique que vous verrez à Chinguetti : les Mauritaniens sont de tradition nomade et ils ne savent que faire de leurs déchets », déplore Zouber Mohamed, guide originaire de cette ville. Pour éviter d’en rajouter, des voyagistes comme Terres d’Aventure s’approvisionnent en eau dans les puits qu’ils rencontrent, lors de leurs randonnées chamelières, avant de la traiter pour la rendre potable.

 

Septième ville sainte de l’islam sunnite, la bourgade poussiéreuse et ensablée de Chinguetti figure aussi sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco, au même titre que trois autres anciennes villes caravanières. Mais Chinguetti se distingue par la présence d’une douzaine de bibliothèques anciennes — comme celle d’Al Ahmed Mahmoud, fondée en 1699 —, toujours gérées par des familles. Hélas, le manque d’humidité, les termites et les ressources financières limitées mettent en péril des trésors de manuscrits et d’ouvrages anciens, dans cette ville fondée en 1264. L’émergence du tourisme apportera-t-elle son lot de devises pour les maintenir à flot ?

 

À savoir

Mauritania Airlines relie Paris à Atar une fois par semaine, de novembre à mai. Pour gagner Paris à petit prix depuis Montréal, le transporteur islandais WOW Air offre plusieurs vols hebdomadaires avec escale à Reykjavík, à partir de 400 dollars aller-retour (périodes et sièges limités). Air France relie aussi Montréal à Nouakchott via Paris, toute l’année, à raison de plusieurs vols par semaine.

Spécialiste français et acteur important sur la scène mondiale du voyage à pied depuis 40 ans, Terres d’Aventure a ouvert deux antennes québécoises (Montréal et Québec) en 2012. Il propose 6 circuits accompagnés en français en Mauritanie, dont des randonnées chamelières de 8 et 15 jours et un périple en train, du désert à la mer. L’organisation est impeccable et les décors naturels, spectaculaires.

Aucun guide de voyage à jour n’est présentement offert sur la Mauritanie, mais Le Petit Futé prépare une réédition de son guide pour février 2019. À éviter : le Lonely Planet West Africa, qui ne comprend qu’un chapitre minimaliste sur la Mauritanie.

L’auteur était l’invité de Terres d’Aventure.

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