Cartes postales de Roumanie

Économiquement pauvre mais culturellement riche, la Roumanie mérite de sortir de l’ombre dans laquelle elle est trop souvent plongée. La preuve en vingt photos croquées lors d’un séjour de notre collaborateur.

Photo: Gary Lawrence
Photo : Gary Lawrence

Petit pays d’Europe de l’Est ouvert sur la mer Noire, la Roumanie est entourée par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, l’Ukraine et la Moldavie. Amalgame d’influences occidentales, orientales, slaves et byzantines, elle forme une république laïque où 80 % de la population est de religion orthodoxe.

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Même si le tristement célèbre dictateur Nicolae Ceausescu planifiait de « fermer » de nombreux villages, et que de nos jours, nombre d’entre eux se vident progressivement de leurs âmes, la Roumanie demeure un pays rural à 46 %. Une ruralité qui apparaît souvent d’une autre époque dans le Maramures, région qu’on considère comme la plus traditionnelle et où une forte culture paysanne continue de prévaloir.

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Réputé pour ses portails en bois finement ouvragés, le Maramures l’est également pour ses églises, également en bois, mais dont l’intérieur est orné de peintures murales singulières. Huit d’entre elles sont inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, dont celle de Desesti.

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Toujours dans le Maramures, le cimetière de Sapanta est sans doute le plus original au monde. Depuis 1935, les tombes y sont décorées d’un bas-relief où sont dévoilés certains des aspects de la vie des défunts, que ce soit leur profession (paysan, électricien, institutrice, comptable…) ou leurs mauvaises habitudes (l’ivrogne, l’escroc, le mari volage…). Initiée par Stan Patras, décédé en 1977, cette pratique se perpétue aujourd’hui grâce à son apprenti. À ce jour, ce « cimetière joyeux » compte pas moins de 800 tombes ornées de la sorte.

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Ouverte à la circulation de juin à octobre, la Transfagarasan, plus haute route asphaltée de Roumanie, traverse du nord au sud les monts Fagaras, qui forment une frontière naturelle entre la Valachie et la Transylvanie. Elle s’étire en lacets sur 35 km, traverse un tunnel au sommet et donne droit à des points de vue spectaculaires sur les sommets enneigés des Carpates, qu’on aperçoit ici depuis la ville de Sibiu.

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Avec son nom fièrement inscrit au sommet du mont Tampa, Brasov aurait-elle des prétentions hollywoodiennes ? Sans doute que non, mais le centre historique de cette petite ville de Transylvanie a le potentiel pour servir de lieu de tournage. Peut-être un jour pour un biopic de Bianca Andreescu ? C’est en effet à l’université locale que son père a fait ses études en génie.

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Classée sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, l’église fortifiée du village de Viscri est entourée de bastions et de remparts chaulés. La citadelle qui protège l’église fut érigée dès le XIIIe siècle par les Sicules, un peuple magyar, ancêtre des Hongrois.

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Archétype du village saxon en Transylvanie, Viscri attire de plus en plus d’étrangers venus prendre possession d’une des ravissantes demeures, depuis que le Mihai Eminescu Trust encourage la préservation et la rénovation du patrimoine local. Le plus célèbre occupant du village n’est nul autre que le prince Charles, qui y possède une demeure où il loue des chambres d’hôte — à des prix tout à fait raisonnables — tout comme il le fait à Zalanpatak, dans les Carpates.

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Lieu de naissance de l’écrivain et survivant de la Shoah Elie Wiesel, Sighet abrite le très troublant Mémorial des victimes du communisme et de la résistance, qui loge dans l’ancienne prison de cette ville située tout près de la frontière ukrainienne. Les cellules sont devenues de petites salles d’exposition thématiques où sont décrits les aspects et les travers de l’idéologie prônée par Ceausescu, dans un cadre aussi froid et glauque que ses préceptes. À l’entrée, d’innombrables photos de prisonniers politiques sont exhibées, un juste retour des choses pour ceux de qui l’on voulait effacer le passé et gommer l’existence.

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Non seulement Sibiel forme-t-il un village mignon comme tout, mais encore le petit musée attenant à son église présente-t-il une superbe collection de 600 icônes sur verre. Amalgames entre tradition orientale et technique occidentale, ces icônes se sont multipliées en Transylvanie, dans la première moitié du XVIIIe siècle, après l’annexion de la région par les Habsbourg. Elle fut popularisée par un « miracle » survenu au monastère de Nicula, où des larmes se seraient écoulées du visage de la Vierge, justement sur une icône.

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Admirablement restaurée en 2007 avant d’être reconnue comme l’une des capitales culturelles d’Europe, Sibiu n’a pas d’égale en Roumanie. Érigée par des colons saxons, l’ancienne Hermannstadt servait de carrefour d’échange entre la Valachie et la Moldavie, et son architecture s’inspire librement de celle de Vienne. Elle est flanquée de remparts qui lui servaient à se protéger des Tartares et des Ottomans.

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On ne se lasse pas d’arpenter les innombrables ruelles médiévales de Sighisoara, la plus impressionnante cité féodale de Transylvanie. Classée sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, elle est cerclée de puissants remparts et est constellée de tours, de tourelles, de bastions et de redoutes, et elle compte bon nombre de façades déformées par le temps. C’est dans cette ville qu’est né Vlad Dracul, le père de Vlad Tepes, ce gouverneur de Valachie qui a inspiré à l’écrivain Bram Stoker son sinistre personnage de Dracula.

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Réputé pour ne pas faire dans la dentelle avec ses ennemis — à commencer par les Turcs —, Vlad Tepes a hérité du sombre sobriquet de « Vlad l’Empaleur ». Parce qu’il a vécu (ou été emprisonné, on ne sait plus) au château de Bran, ce dernier est surnommé « château de Dracula » et il est littéralement envahi par les visiteurs. D’innombrables marchands du temple occupent le pourtour du site, où s’entassent de trop nombreux autocars. Le château demeure par ailleurs un ravissant exemple d’architecture médiévale et il présente une intéressante exposition… d’authentiques instruments de torture. Sueurs froides garanties, qu’on croie ou non aux vampires.

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Moins connu que celui de Bran, mais bien plus intéressant d’un point de vue architectural, le château de Peles est le plus fantasmagorique de Roumanie. Achevé en 1914 et commandé par Carol 1er, premier roi du pays, c’est l’équivalent roumain du château de Neuschwanstein (le « château de Walt Disney », en Bavière). Lui-même originaire d’Allemagne, Carol 1er avait retenu à l’époque les meilleurs architectes et artistes d’Europe pour créer un ensemble de pièces où se côtoient de nombreux styles : tudor, rococo, hispano-mauresque, renaissance allemande… Une frise de Gustav Klimt orne même la petite salle de théâtre.

Photo : Gary Lawrence

Après l’ouverture des frontières qui a fait suite à la chute du régime communiste en 1989, et après l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne en 2007, de 3 à 4 millions de Roumains (sur 22 millions d’habitants à l’origine) ont quitté le pays pour travailler ailleurs en Europe. Les principales terres d’accueil de ces migrants sont l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, où ils forment la deuxième communauté étrangère, après les Polonais. Au Canada, on comptait en 2016 plus de 238 000 Roumains ou citoyens d’origine roumaine, dont 53 000 au Québec.

Photo : Gary Lawrence

De tous les pays de l’Union européenne, c’est la Roumanie qui accuse le plus bas seuil de pauvreté : 265 euros par mois en 2018, contre plus de 1300 euros pour la Norvège. En Roumanie, pas moins de 25 % de la population vit sous ce seuil, ce qui en fait l’un des pays les plus pauvres du Vieux Continent.

Photo : Gary Lawrence

À Bucarest et à Cluj-Napoca (sur la photo), la jeunesse formée à l’ère numérique ne manque cependant pas d’opportunités d’emplois. Le secteur des technologies de l’information est en plein essor, et la Roumanie dispose d’une main-d’œuvre jeune, efficace et bon marché qui attire de nombreuses entreprises étrangères.

Photo : Gary Lawrence

Peuplée de 2 millions d’habitants et jadis surnommée « le petit Paris des Balkans », compte tenu de l’architecture de certains de ses quartiers et de la présence de la culture française aux XIXe et XXe siècles, Bucarest forme aujourd’hui une courtepointe plutôt anarchique de cultures et d’influences, le tout ponctué de nombreux immeubles staliniens construits sous Ceausescu.

Photo : Gary Lawrence

Pour ériger son gigantisme palais présidentiel (3000 salles, 330 000 mètres carrés de superficie), le dictateur a fait raser un quartier historique que le séisme de 1977 avait épargné, détruisant notamment 3 monastères, 12 églises et 7000 demeures anciennes. Le 21 décembre 1989, c’est de ce même palais que le « génie des Carpates » s’est enfui en hélicoptère avant d’être bientôt rattrapé, sommairement jugé et… exécuté avec son épouse quatre jours plus tard, à Noël…

Pratico-Pratique

Depuis deux ans, Air Canada Rouge relie Montréal à Bucarest sans escale, deux fois par semaine (trois fois entre juin et octobre). voyagezrouge.com

En Roumanie, on peut se loger pour trois fois rien, sans réservation, sauf en haute saison. Les petites pensions sont particulièrement à considérer, et l’on en trouve à compter de 30 $ par nuit, repas du soir et petit déjeuner compris.

Deux bons guides à emporter avec soi : le Guide du Routard Roumanie et le Lonely Planet Roumanie et Bulgarie, tous deux récents et en français.

L’auteur était l’invité d’Air Canada Rouge.

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