Comment décliner des invitations avec élégance ?

Je m’appelle Mathieu Charlebois et chaque mois, je réponds à vos grands questionnements existentiels.

Illustration : Stéphanie Aubin

Le mode de vie pandémique était bien ajusté à mon rythme naturel de reclus. Voyant la fin arriver, je pense aux invitations que je vais devoir décliner et ça m’angoisse. Que faire ?

Quand la pandémie me rend nostalgique, je me remémore quelques conversations vides de 5 à 7 et certaines fêtes de famille où j’en ai trop appris sur les opinions politiques de mes proches. Je me dis alors : le vaccin, qu’ossa donne ? (Parlant de ça, on est certains qu’Yvon Deschamps a bel et bien été vacciné ? On peut revérifier ?)

Vous m’auriez questionné en 2018 sur les événements mondains où on se sent obligé d’aller, et je vous aurais répondu qu’il faut savoir dire non. Réponse plate, mais que voulez-vous ? On ne peut pas réécrire les codes sociaux du jour au lendemain. Or, nous ne sommes pas en 2018.

On nous l’a répété souvent : au sortir de la pandémie, rien ne sera plus comme avant. (Rien ? C’est bien mal connaître l’humain et sa capacité à ne pas évoluer. Googlez « changements climatiques », par exemple.) De nombreuses mutations se feront sans qu’on nous consulte, mais certains bouts du renouveau nous appartiennent individuellement. On peut décider ce que l’on veut traîner de « l’ancien temps » dans la nouvelle ère.

Dans La stratégie du choc, Naomi Klein explique comment les catastrophes et les périodes économiques difficiles sont utilisées pour instaurer de grandes réformes sociales. Bien que vous ne soyez pas un dictateur sud-américain, le principe demeure. Pour la première et peut-être la dernière fois, vous avez l’occasion de réinventer des conventions tenues pour acquises.

Êtes-vous vraiment obligé d’accepter toutes les invitations ? Est-ce qu’un coucou par Zoom pourrait parfois faire l’affaire ? Garderez-vous vos amis si vous ne les voyez pas tous les trois jours ? Des réponses honnêtes à ces questions seront vos meilleurs atouts.

Les autres devront se faire à vos nouvelles habitudes, mais vous aussi. Il y aura des réflexes à perdre, d’autres à acquérir. Certains standards pourront être redéfinis subrepticement, sans que vous ayez à en parler. D’autres vont demander un peu de négociation, mais si ce n’est pas maintenant, quand aurez-vous une plus belle occasion ? Après la COVID-22 ? Ne nous souhaitez pas de malheur !

Est-ce que ça se fait d’exiger de sa douce moitié de ne pas avoir de flatulences devant soi ?

Les frontières personnelles, et le respect de ces frontières, c’est important. Personne n’aime se sentir comme la Pologne en 1939 dans son propre couple. Surtout pour ce que devient le conjoint dans cette analogie. On peut donc éviter certains gestes, sons et odeurs, histoire d’entretenir le fameux « mystère » qui garde les relations excitantes.

Mais si la réticence vient d’un malaise par rapport aux « fonctions corporelles » et d’une gêne de voir l’autre se montrer humain devant vous, par contre, vous faites une grave erreur. S’il y a bien un avantage à partager notre vie quotidienne et intime avec quelqu’un, c’est que cette personne soit capable de remarquer nos changements et nos petits bobos inquiétants. Et ça inclut les odeurs hors de l’ordinaire.

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