Costa Rica : le cirque touristique du parc national Manuel Antonio

Il faut saluer les efforts du Costa Rica, qui protège son verdoyant territoire depuis 1955. L’ennui, c’est que certains de ses espaces verts — dont le magnifique parc national Manuel Antonio — sont victimes de leur succès, a constaté Gary Lawrence…

Art_de_vivreD’abord, il faut se taper les rabatteurs qui vous interceptent pour vous inviter à garer votre véhicule dans leur stationnement, en vous disant que c’est le seul endroit où il est possible de le faire. «Non merci, je vais aller jeter un coup d’œil par là-bas, près de l’entrée du parc.»

Ensuite, on doit encore se farcir des guides, badge officiel au cou, qui veulent vous offrir leurs services avec l’insistance des vendeurs de tapis de Marrakech, pour 20 dollars américains par tête de pipe. «Non merci, il paraît que c’est assez bien balisé, ce parc.»

Crédit: ©Gary Lawrence
Crédit: ©Gary Lawrence

Puis, après avoir longé une succession de boutiques de trucmuches à touristes et de marchands du Temple — et une fois son billet d’entrée en main (16 dollars américains pour les estranjeros, gratuit pour les enfants) —, il faut s’astreindre à 30 minutes d’attente devant une grille fermée, comme on le ferait devant un bar branché qui veut créer l’événement, mais sous un soleil de plomb. «Dites, vous êtes sûr que c’est bien l’entrée du parc national Manuel Antonio, ici ?»

Quand le petit fonctionnaire jouissant de chaque instant du petit pouvoir qu’il détient finit par ouvrir la grande grille, un autre vient fouiller votre sac à dos jusque dans ses derniers recoins, confisquant les sacs de chips — comme si on n’était pas assez grand et responsable pour jeter l’emballage dans une poubelle, après usage. «Euh, c’est parce qu’il paraît qu’il n’y a rien à manger, dans ce parc…»

Heureusement que ce dernier a la réputation d’être l’un des plus ravissants du pays, parce que tout ce qui précède son entrée donne envie de le fuir à toute vitesse pour aller faire du magasinage dans un centre d’achats climatisé.

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Crédit: ©Gary Lawrence

Heureusement, aussi, qu’à l’intérieur de l’enceinte de 20 km2, on respire enfin : 800 personnes, et pas une de plus, peuvent y être admises chaque jour. Et puisque la majorité de ces visiteurs vont s’affaler sur deux des trois (et splendides) plages, les sentiers sont plus ou moins exempts de randonneurs.

Il faut saluer les efforts de longue date du Costa Rica, qui, depuis 1955, a protégé autant d’hectares de son ravissant et verdoyant territoire : en tout et pour tout, ce pays encastré entre le Nicaragua et le Panama compte pas moins de 32 parcs nationaux, 8 réserves biologiques, 13 réserves forestières et 51 réserves animalières, qui couvrent techniquement 27 % du pays.

L’ennui, c’est que certains de ces parcs sont quelque peu victimes de leur succès, dans ce pays où le tourisme forme l’une des premières industries. Ainsi en va-t-il de Manuel Antonio, qui s’est vu classer parmi les plus beaux parcs nationaux du monde par Forbes, en 2011 (question inutile à poser : que diable vient faire ce magazine dans un tel classement ?).

Jalonné de promontoires avec vues imprenables sur la mer, mais aussi sillonné de sentiers accessibles menant à des chutes, des ponts suspendus et de foisonnantes portions de forêt tropicale, le parc est également fort réputé pour son abondante faune (y compris aviaire).

Mais le plus ironique, c’est que j’ai aperçu plus de sapajous, de singes hurleurs et surtout de paresseux dans la réserve privée attenante à mon hôtel (l’Arenas del Mar, pour ne pas le nommer) qu’au parc Manuel Antonio.

Bien sûr, je n’ai pas parcouru la totalité de ses huit heures de sentiers, et je n’ai pas retenu les services d’un guide.

Mais si j’avais senti chez l’un d’eux plus d’intérêt pour la nature que pour mon portefeuille, peut-être aurais-je agi autrement.

* * *

Le blogueur Gary Lawrence parcourt présentement le Costa Rica en famille. Il relatera plusieurs de ses expériences ici, au cours des prochaines semaines.

 

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J’ai visité ce fameux parc situé sur la côte du Pacifique, il y a une vingtaine d’années. C’est vrai que c’est magnifique, avec les sentiers pédestres, les petits singes à face blanche que l’on croise, les oiseaux rares, et de belles petites baies accueillantes. En plus, il n’y avait pas encore à cette époque toute cette pression commerciale que vous évoquez.

Effectivement, le pays est un peu victime de son succès pour ses aires protégées et a bien changé dans les 25 dernières années, pas nécessairement pour le mieux si on cherche la nature et pas le confort 5 étoiles. J’imagine que si vous avez attendu à l’entrée c’est peut-être que, comme vous l’écrivez, ils ont un plafond de 800 visiteurs à la fois et attendent que certains sortent pour laisser entrer les autres… Au début quand nous y allions il fallait faire attention à son lunch et à ses gadgets comme appareils photo et jumelles… les singes venaient très près des gens et « volaient » la nourriture et quelques fois partaient avec la caméra… J’imagine qu’il y a encore des coins du pays qui sont encore moins touchés par le tourisme comme la péninsule Osa où il y a un grand parc national ou encore dans le nord du pays, dans les montagnes, le parc national Rincón de la Vieja qui comprend le volcan de ce nom. Ici au Canada on préfère détruire nos forêts pour des gains rapides et nous avons proportionnellement beaucoup moins de parcs (provinciaux et nationaux) qu’au Costa Rica et on sacrifie une manne touristique à long terme pour des bénéfices immédiats et nos descendants vont payer le prix de notre égoïsme et négligence.

Couper une forêt au Canada n’a pas les mêmes implications qu’en pays tropical où les pluies diluviennes viennent laver la terre arable pour ne laisser que de la terre ou de la roche et où la saison sèche le soleil brûle ce qui reste. Je suis allé plusieurs fois au Costa Rica principalement pour faire du kayak dans les magnifiques rapides et lorsqu’il y a des pluies intenses l’eau devient brune parce qu’elle transporte beaucoup plus de sédiments que ce qui se passe au Canada. Au Québec nous avons d’immenses forêts et elles ne se transforment pas en désert mais ça repousse à toute vitesse même les chemins forestiers inutilisés disparaissent rapidement .
Tous les parties de voyages que j’ai fait en suivant la « TRAIL » des touristes ont été décevants. Je suis allé au parc manuel antonio il y a une dizaine d’années et ça ne m’avait pas impressionné non plus alors que toutes les parties du Costa Rica que j’ai découvertes par les rivières et en me déplaçant et en vivant dans les petits villages m’ont permis d’apprécier ce pays. Un conseil que je donne à tous les voyages c’est de fuir les attractions touristiques et les choses à voir absolument.