Coups de cœur gourmands 2014

À quelques heures des derniers plaisirs gourmands de l’année, Yanick Villedieu partage ici quelques-uns des bons ou excellents moments de table qu’il a eu la chance de vivre en 2014.

À quelques heures des derniers plaisirs gourmands de l’année, ceux du passage à l’an nouveau, voici, en toute subjectivité, quelques-uns de mes bons ou excellents moments de table en 2014.
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Un mémorable Festin de Babette

Je ne sais plus quel chapeau je portais ce soir-là — celui du journaliste scientifique ou celui du journaliste gastronomique —, mais je sais que je n’oublierai pas ce souper-là : le souper-bénéfice au profit de la recherche de la Dre Andréa LeBlanc sur la maladie d’Alzheimer.

La science, d’abord. Andréa LeBlanc et son équipe, à l’Hôpital général juif de Montréal, cherchent la cause de la cause de l’alzheimer. Il y a une quinzaine d’années, elles ont trouvé une enzyme, savamment nommée caspase-6, qui joue un rôle important dans le tout début de la dégénérescence des neurones. Elles cherchent maintenant une ou des molécules qui pourraient déjouer la caspase-6 et devenir des candidates médicaments contre la maladie de l’oubli. «On avance bien», m’a rassuré Andréa Leblanc.

La gastronomie, maintenant. Le Festin de Babette, c’est d’abord un livre et un film inoubliables, qui racontent l’histoire d’un dîner somptueux servi dans un village danois au XIXe siècle. Au menu, et avec les grands vins de rigueur : une soupe de tortue géante, des blinis Demidoff au caviar et à la crème, des cailles en sarcophage au foie gras et champignons sauvages, des poires rôties au caramel de truffe, et j’en passe. C’est ce menu qui était reconstitué point par point et revisité par des chefs montréalais (Leméac, Ferreira Cafe, Maison Boulud et Maison Christian Faure) à l’occasion du souper-bénéfice du 20 novembre dernier.

Mise à part la soupe à la tortue (remplacée, espèce menacée oblige, par une «fausse soupe à la tortue»), tout y était. Et tout était exquis. La soirée, conçue et organisée par Johanne Demers, a rapporté 310 000 dollars au laboratoire de recherche d’Andréa LeBlanc.

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Le restaurant Bouillon Bilk, à Montréal. – Photo : Bouillon Bilk

Deux restos (plus quelques autres) à ne pas oublier

Parmi tous les restaurants que j’ai appréciés cette année, j’en retiens deux. Pour la qualité de ce qu’ils servent, bien sûr, c’est à la fois classique et inventif. Mais aussi pour la façon, à la fois sérieuse et décontractée, dont ils le font. À Montréal, cette bonne adresse, c’est celle du Bouillon Bilk, qui s’est agrandi et qui est presque déjà devenu, après deux ans d’existence, un incontournable du Quartier des spectacles. À Gatineau, c’est celle du bar à vin Soif, dont la carte des vins est bien sûr excellente — la propriétaire n’est nulle autre que Véronique Rivest, deuxième meilleure sommelière au monde — et qui sert des plats simples, savoureux, bien faits.

J’ai aussi aimé, à Gatineau, le microresto Edgar dont la chef propriétaire, Marysol Foucault, a été cette année chef de Noël de L’actualité. À Montréal, le tout nouveau Manitoba et le chouette bistro Accords, le petit frère de celui du Vieux-Montréal. Et à Québec, un autre petit frère, Chez l’autre, voisin et protégé du bien connu Ristorante Il Teatro, le restaurant du théâtre Capitole.

Un somptueux 60e anniversaire…

… celui de la chaîne internationale Relais & Châteaux (R&C). Née en France en 1954, avec huit hôtels-restaurants jalonnant la légendaire Nationale 7 (entre Paris et la Côte d’Azur), elle regroupe aujourd’hui 520 établissements de prestige dans une soixantaine de pays.

Pour faire les choses comme il sied, la chaîne a notamment organisé, dans ses restaurants affiliés du Québec, de remarquables repas mettant en valeur des chefs venus de restaurants R&C européens. J’ai eu le bonheur de participer à deux de ces soirées. D’abord au restaurant Europea, où Jérôme Ferrer recevait le chef Guy Ravet, de L’Ermitage, à Vufflens le Château, en Suisse. Et quelques jours plus tard, au restaurant Toqué !, où Normand Laprise recevait le chef Mauro Colagreco, du Mirazur, prestigieux restaurant (2 étoiles au Michelin) situé à Menton, en France.

Comment décrire ces deux moments exceptionnels ? Comment choisir entre la fraîcheur du homard canadien avec artichaut et caviar de Rivet, et le flétan et textures de topinambour de Colagreco ? Ou entre les bolets, aubergines et rigatoni à saveur de basilic du premier, et le pétoncle avec argousier et purée de potiron du second ? Dans les deux cas, il y avait cette grâce et ce raffinement qui mettent ces grands chefs dans une classe à part, celle des grands artistes et des grands créateurs. Celle du grand luxe, aussi, qu’on s’offrira peut-être dans de grandes occasions.

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Photo : Charles Briand

En rappel…

2014 aura aussi été, pour moi, l’année de la sortie de la première variété de pommes inventée au Québec, la rosinette. Du très beau repas de cuisine patrimoniale, dite aussi cuisine oubliée, organisé en septembre au restaurant Les 400 coups. Et d’un grand plaisir d’été (puisque l’hiver finira bien un jour en 2015…), celui des glaces artisanales, que ce soit celles des Givrés à Montréal, de Jean-Pierre Martel à Hudson, et de plusieurs autres endroits ailleurs au Québec.

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À propos de Yanick Villedieu

Yanick Villedieu a effectué sa première incursion dans le monde du journalisme gastronomique en publiant, en 1999, un reportage sur les fromages du Québec dans le magazine L’actualité. Il anime le magazine scientifique radio Les Années lumière sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première et publie régulièrement des articles sur la médecine et la science dans L’actualité, en plus d’y signer la chronique «Plaisirs gourmands». On peut le suivre sur Twitter : @yanickvilledieu.