Croisières thématiques, politiques ou vaguement uniques

Pour compléter ma nouvelle chronique estivale du vendredi, à C’est bien meilleur le matin, voici quelques informations supplémentaires sur le sujet du jour: les croisières.

Sur la mer Baltique, à bord du Boréal - Gary Lawrence

De par le monde, plus de 16 millions de personnes ont pris part à une croisière, l’an dernier, selon la Cruise Lines International Association (qui regroupe 26 compagnies englobant la majorité de l’offre mondiale). Et chaque année, les croisières gagnent en popularité.

Pourquoi un tel engouement? Notamment parce qu’en utilisant ce mode de voyage, notre hôtel nous suit au quotidien et qu’on n’a pas à refaire et à défaire sa valise tous les jours, mais aussi parce qu’on peut effectuer un tour d’horizon de plusieurs destinations, ou encore gagner des lieux autrement difficiles ou impossibles d’accès, comme l’Antarctique ou les Maldives.

Pour continuer à susciter l’intérêt des croisiéristes – mais aussi pour remplir les 17 000 lits des 14 nouveaux paquebots qui prendront la mer cette année -, on cherche sans cesse de nouvelles façons d’attirer les vacanciers.

Parmi celles-ci, les croisières thématiques gagnent encore et toujours en popularité. On s’y retrouve avec des gens qui partagent les mêmes intérêts: le golf, la polka, la musique country ou classique, le baseball, la photo, les arts, la famille, la littérature, la gastronomie, la remise en forme ou le bridge.

Au programme: plusieurs activités liées à la thématique choisie, mais aussi des itinéraires qui en tiennent compte (qu’on pense aux croisières oenologiques sur le Rhin, le Rhône ou la Moselle).

En général, on propose également des conférences et des séminaires donnés par des personnalités du milieu. On peut donc non seulement écouter ceux-ci nous parler d’un sujet d’intérêt, mais encore les côtoyer lors d’un cocktail et s’adonner à des activités ou prendre part à des excursions en leur compagnie.

Quelques exemples
-Croisière nature avec Jean-Michel Cousteau: à bord du Paul Gauguin, un petit bateau de luxe très renommé, le fils du célèbre océanographe donne des conférences, présente ses documentaires et emmène les passagers en plongée avec lui dans les îles de la Société (Polynésie française), entre autres endroits.

-Croisière sur les traces des explorateurs du Saint-Laurent: sur le CTMA Vacancier, des historiens et des experts dissertent sur le sujet, notamment Jacques Lacoursière, aux côtés de comédiens costumés. Au surplus, cette croisière fait découvrir le fleuve comme on le voit rarement, de Montréal aux Îles de la Madeleine.

-Croisières MacMania: on y propose 16 séminaires consacrés à l’utilisation d’un ordinateur Mac, que ce soit pour apprendre à créer des podcasts, faire du montage vidéo, augmenter la performance de son outil de travail ou parer aux éventuels virus.

-Croisière « Fin du monde »: on part sur les traces des Mayas dans la zone caraïbe, au profit du Wounded Warrior Project, l’équivalent de nos amputés de guerre. Le départ est prévu pour le 16 décembre, ce qui signifie que les passagers compteront peut-être parmi les survivants, le 21…

-Croisières paranormales: on visite notamment les lieux prétendument hantés de San Diego et de la côte californienne, et on écoute les boniments de chasseurs de fantômes qui organisent des séminaires sur les sites hantés de la planète…

-Croisières à thématique religieuse: on suit les traces de l’héritage juif d’un pays; on écoute pasteurs et preachers encenser la divine beauté du monde ou répandre la parole de Dieu; on marche dans les pas de saint Paul en Grèce et en Turquie; ou encore on s’embarque sur le Freewinds, un paquebot qui appartient à l’église de Scientologie…

-Il existe aussi des croisières pour gais ou lesbiennes, pour nudistes, pour célibataires, pour couguars (qu’on peut poliment décrire comme des femmes célibataires d’âge mûr à la recherche d’une jeune âme soeur) ou pour échangistes (comme feu le Montréal Sexy Boat, sur le Saint-Laurent, entre autres).

-Dans un registre plus classique, le magazine Forbes organise des croisières sur la finance et les investissements, histoire de savoir comment placer son pécule ou maîtriser l’art de remettre ses finances à flots.

-Enfin, à l’approche des élections de novembre aux États-Unis, plusieurs croisières politiques sont proposées. À cette occasion, on invite des commentateurs ou des chroniqueurs (comme Robert F. Kennedy Jr.), des professeurs d’université ou d’autres spécialistes à venir parler politique tandis que les croisiéristes naviguent sur les flots.

À noter que ces croisières s’adressent soit à des « conservatives« , soit à des « liberals« , mais pas aux deux la fois. Fort souvent, celles-ci servent d’ailleurs de source de financement aux candidats ou aux partis…

Mais quand on change d’escale ou de pays à chaque jour, et qu’on peine déjà à lire et à absorber tout ce qui entoure les sites visités, a-t-on vraiment envie d’entendre parler de sujets qui n’ont rien à voir avec le périple en cours?

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Le Boréal, amarré à l'un des quais de Saint-Pétersbourg - Gary Lawrence

Personnellement, j’aime beaucoup les croisières. Pas n’importe lesquelles, pas celles des giga tout-inclus flottants ni des mastodontes de 5000 passagers, mais celles des navires de petite ou de moyenne taille, plus intimes, comme celles du Boréal de la Compagnie du Ponant, à bord duquel j’ai récemment fait le tour de la mer Baltique.

Parmi les périples qui m’ont le plus marqué, plusieurs sont d’ailleurs rattachés aux croisières: l’Antarctique à bord du Fram, pour l’impression de bout du monde, les décors extraordinaires et le contact unique avec la faune; le fleuve Sénégal sur le Bou el Modgad, un ancien navire de frêt de 50 passagers qui file lentement entre la Mauritanie et le Sénégal; ou encore la côte norvégienne avec l’Express côtier, pour les paysages exceptionnels et les plus impressionnants fjords du monde.

Mais si je n’avais à recommander qu’une seule croisière parmi celles que j’ai effectuées, ce serait celle de l’Aranui 3, un paquebot-cargo qui ravitaille les îles Marquises, au départ de Tahiti, en Polynésie française. La moitié avant du navire tient lieu de cargo, la moitié arrière sert à accueillir les passagers, dans un confort modeste mais très correct.

En deux semaines, on effectue 17 escales dans six îles de cet archipel qui est l’un des plus isolés du globe, et à chaque fois, c’est tout le village qui vient à notre rencontre, autant pour récupérer les denrées de base et tout ce dont a besoin l’île – ça va du tracteur jusqu’aux caisses de nourriture et de bière – que pour charger le navire pour d’autres îles.

Plusieurs de ces îles sont absolument fantasmagoriques: la plupart sont rudes et flanquées de falaises immenses dardant la mer; d’autres brillent par l’étendue de leur couvert végétal; d’autres encore sont piquées de colonnes de basalte pareilles à des cathédrales minérales. Et grâce à leur isolement, toutes ont conservé l’essentiel de leur culture intacte: ici, pas d’aéroports d’envergure, pas de resorts, pas de tourisme de masse.

Pas pour rien que c’est sur l’une de ces îles, Hiva Oa, que Jacques Brel et Paul Gauguin ont terminé leur jour, et qu’ils (s’)y reposent toujours…

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