Des bons vins à la douzaine

Le chroniqueur Michel Phaneuf, auteur du Guide du vin, propose sa caisse de bonne bouteilles pour séduire tous les palais à Noël !

Des bons vins à la douzaine
Photo : iStockphoto

À une époque de civilisation où tout se déroule en accéléré, la première édition du Guide du vin – publiée à l’automne 1981 – semble appartenir à la pré­histoire. Songez que ce livre a été créé en même temps que le premier PC d’IBM et deux ans avant l’invention du disque compact !

Le temps d’une génération, et à une vitesse folle, des bouleversements dans tous les domaines de l’activité humaine ont métamorphosé nos modes de vie. À lui seul, le monde du vin a vécu en trois décennies plus de transformations et d’avancements qu’en 2 000 ans d’histoire. Inexis­tants il y a 30 ans, les 12 vins suivants témoignent, à leur manière, de cette grande révolution dionysiaque à l’échelle planétaire.

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À l’autre bout du monde, la Nouvelle-Zélande est l’un des plus récents territoires conquis par une viticulture de qualité. En 25 ans, sauvignon, pinot noir, chardonnay, mais aussi cabernet et merlot, y ont trouvé une terre hospitalière. Même les cépages rhodaniens y semblent à l’aise, comme le montre le Syrah 2008, Woodthorpe Vineyard, Hawkes Bay, de Te Mata (1). Ce très bon vin charnu aux accents poivrés s’exprime avec une vigueur et un équilibre dignes de mention. (10826391 ; 19,65 $)

À l’autre bout du Pacifique, le Chili continue sa formidable progression, amorcée au milieu des années 1980. Produit à une vingtaine de kilomètres au sud de Santiago, l’Intriga, Cabernet Sauvignon 2007, Valle del Maipo (2) est un très bel exemple de ces vins rouges chiliens aux accents bordelais, à la fois géné­reux et bien équilibrés. (11156131 ; 20,55 $)

Après avoir longtemps fait du surplace, l’Afrique du Sud s’impose de plus en plus sur la scène internationale. Au Québec, sa gamme s’élargit et commence enfin à rendre justice à la diversité des vins du Cap. Parmi eux, le Goats do Roam 2008, Western Cape (3). Composé de shiraz, cinsault, grenache et autres, ce vin robuste, droit et relevé est une sorte d’hommage aux crus de la vallée du Rhône. (11281397 ; 14,80 $)

Longtemps snobés – les plus âgés se souviennent de leur piètre réputation pendant les années 1960-1970 -, les vins cana­diens doivent maintenant être pris au sérieux. Exemple, l’excel­lent Cabernet Sauvignon 2007, Reserve, Okanagan Valley, de Mission Hill (4). Qui aurait pu prédire que l’Ouest canadien donnerait des vins aussi étoffés et empreints de plénitude ? Et il paraît que, autant dans la vallée de l’Okanagan que dans la péninsule du Niagara, le meilleur est encore à venir. (11092051 ; 24,95 $)

L’innovation en matière vitivinicole au cours des trois dernières décennies n’a pas été l’exclusivité des pays du Nouveau Monde. Dans la vieille Europe, des régions sont sorties de leur torpeur pour enfin révéler tout leur potentiel. Dans le sud-ouest de la France, par exemple, le cahors noir et râpeux qui sévissait jadis est devenu une pièce de musée. Le vin d’aujour­d’hui ressemble davantage à la cuvée La Fage 2007, Cahors (5), du tandem Cosse Maison­neuve. Sans sacrifier ses origines ni le caractère unique de cette appellation historique, ce bon rouge robuste et nourri de tanins mûrs conserve un relief et un équilibre exemplaires. (10783491 ; 21,25 $)

Plus à l’est, entre Toulouse et Albi, un jeune producteur a entrepris, en 1993, de revitaliser l’appellation gaillac. Dix-sept ans plus tard, les vins originaux de Patrice Lescarret captivent autant par leur singularité que par le charme de leur sève unique. Ainsi, il faut absolument goûter au Peyrouzelles 2009, Gaillac (6), de son domaine de Causse Marines. Fait de duras et de braucol – deux cépages autochtones de la région – ainsi que de syrah, ce vin vibrant et gorgé de fruit est irrésistible. Servi légèrement rafraîchi (15 °C), c’est le bonheur garanti. (709931 ; 16,80 $)

Quelques années plus tôt, en 1985, l’Allemand Peter Fischer s’est amené non loin de la montagne Sainte-Victoire pour y ressusciter un ancien domaine viticole provençal. Depuis, le Château Revelette compte parmi les gloires locales. Sa cuvée Coteaux d’Aix en Provence 2007 (7) est un pur régal dont l’éclat fruité, la précision et la souplesse ont vite fait de charmer le palais. À ce prix, pourquoi se priver d’un si grand plaisir ? (10259737 ; 17,65 $)

Grâce à une plus grande maîtrise œnolo­gique et à un meilleur équipement, même les étés torrides dans le Languedoc ne sont plus un obstacle à l’obtention de bons vins blancs secs. Le Château Coupe-Roses 2009, Miner­vois (8) en est un brillant exemple. Sa richesse aromatique, sa droiture et sa subtile vinosité en font certainement l’un des meilleurs vins blancs du sud de la France que l’on puisse acheter à moins de 20 dollars. Impeccable ! (894519 ; 18,20 $)

De l’autre côté des Alpes, la viticulture italienne a littéralement été transfigurée depuis 30 ans. L’un de ses plus célèbres rivoluzionari a été Roberto Anselmi. À la paresse et au laisser-aller qui ruinaient la réputation du soave, il a opposé audace et détermination, pour ainsi prouver que le vin blanc de Vérone pouvait être sérieux, fin et élégant. On retrouve toutes ces qualités dans son sensationnel Capi­tel Croce 2008, Veneto (9). (928200 ; 22,95 $)

Plus au sud, en Sicile, le vent du changement a aussi soufflé et la grande île n’a jamais donné autant de bons vins. Parmi tant d’autres, le Ramione 2005, Sicilia de Baglio di Pianetto (10) mise avec brio sur la complémentarité des cépages nero d’avola et merlot pour offrir à la fois plénitude, caractère et fraîcheur. (10675693 ; 18,20 $)

Acteur de premier rôle sur la scène viticole espagnole, le producteur catalan Miguel Torres s’est aventuré récemment dans la région de Castille-et-León. Moderne dans le meilleur sens du terme, le Celeste 2007, Ribera del Duero (11) est un vin distingué qui séduit par sa texture soyeuse, son harmonie et sa tenue. (10461679 ; 20,95 $)

La fièvre du progrès a aussi gagné le Portugal, y compris l’Alentejo, cette vaste région entrée dans la modernité viticole au début des années 1980. Depuis, les bons vins y prolifèrent. Parmi eux, le Cortes de Cima 2008, Vinho regional Alentejano (12). Aragonez, syrah, cabernet sauvignon, touriga nacional et petit verdot s’unissent pour former un ensemble relevé, vigoureux et rassasiant. (10944380 ; 20,70 $)

 

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Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin, dont la 30e édition a été publiée cet automne aux Éditions de l’Homme.