Destination Oman

Notre journaliste nous fait découvrir les merveilles du sultanat d’Oman par sa quête d’un massage pour soulager un mal de dos imprévu… Récit.

Mascate à la tombée du jour. La ville est entourée de djebels, des montagnes de pierre dont la forme évoque celle des pyramides. (Photo: Marco Brivio/Getty Images)
Mascate à la tombée du jour. La ville est entourée de djebels, des montagnes de pierre dont la forme évoque celle des pyramides. (Photo: Marco Brivio/Getty Images)

«Il n’y a pas de mal à se faire du bien.» Pourquoi faire mentir le dicton? Tant pis si j’étais à Oman, sultanat à la frontière du Yémen et de l’Arabie saoudite: j’avais besoin d’un massage.

Mes vacances au bout du monde n’y changeaient rien: j’avais mal au dos. À Mascate, la capitale, j’avais atterri pour 10 jours avec le plus encombrant des bagages: mes 24 vertèbres.

D’Oman, je savais peu de choses, sinon que cette monar­chie a décidé de s’ouvrir au tourisme. Depuis que son pétrole vaut cent fois moins cher que le sirop d’érable, le sultanat mise sur les croisières et les compagnies aériennes à bas coûts.

Les touristes ont l’embarras du choix. À Oman, ils peuvent: aguicher le dauphin et titiller la tortue, se perdre dans un canyon et se retrouver dans un désert, s’alanguir sur une plage ou s’ébahir devant une forteresse médiévale (du moins quand le mercure ne dépasse pas 45 °C). Mais Oman pouvait-il répondre aux besoins de l’étranger souffreteux qui, comme moi, aurait mieux fait de rester chez lui? Où diable pouvait-on se faire masser?

Oman exergue

J’ai commencé par parcourir la capitale, ville d’un million d’habitants accrochée aux rives du golfe d’Oman. Il suffit de monter dans un autobus à impériale, aussi rutilant qu’à Londres, pour sillonner une ville construite, pour l’essentiel, après la découverte de gisements de pétrole, en 1964. Un constat s’imposait: hôtels de luxe et centres commerciaux, respectivement dignes des Mille et Une Nuits et de Los Angeles, pullulent. Contrairement aux salons de massage. Aucun ne daignait poindre à l’horizon.

En matière d’horizon, il est vrai, la ville est mal servie: ses rues, parfois très étroites, ondoient au pied d’étonnants amoncellements de grosses pierres, que les Omanais appellent djebels (montagnes). Elles ne sont pourtant pas bien hautes, mais leur pente est si accentuée qu’on dirait des pyramides.

Pour quitter la capitale, il suffira, un jour, de prendre le train: un réseau ferroviaire de 2 244 km est prévu. Mais vu la chute des cours du brut et le ralentissement économique, nul ne sait quand le premier train prendra son départ. Pour l’instant, il faut louer une voiture et faire le plein en souriant: le prix de l’essence ordinaire ne dépasse pas 45 cents (oui, oui, canadiens) le litre…


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Les autoroutes, en excellent état, forcent le respect. Comme les infrastructures publiques, en général, et les hôpitaux publics, en particulier. Les étrangers, toutefois, ne peuvent pas s’y faire soigner, pas même les expatriés, obligés de se rabattre sur des cliniques privées. Tant pis s’ils représentent 44 % (!) de la population de quatre millions d’habitants.

Le sultanat cherche, depuis les années 1980, à «omaniser» la population active, notamment dans les secteurs bancaire et hôtelier. Mais si on se fie aux langues qu’on entend, la partie est loin d’être gagnée. L’arabe officiel est moins parlé que les langues du Bangladesh, de l’Inde, du Pakistan, des Philippines, etc.

Dans cette tour de Babel, pas toujours facile de demander un renseignement. Et les indications routières ne m’étaient que modérément utiles: les panneaux «traverse de chameaux» étaient légion, contrairement aux néons «salons de massage». Je me contenterais de la natation: le crawl est conseillé pour se muscler le dos.

Le wadi Shab au nord de Sour. Ce lit de rivière profondément encaissé se remplit d'une eau émeraude quand vient la saison des pluies. (Photo: Jacob Maentz/Alamy Stock Photo)
Le wadi Shab au nord de Sour. Ce lit de rivière profondément encaissé se remplit d’une eau émeraude quand vient la saison des pluies. (Photo: Jacob Maentz/Alamy Stock Photo)

Mon guide de voyage, acheté avant mon départ, vantait les eaux cristallines d’un étang — aussi rond qu’un Jacuzzi — aux abords du village de Dibab, au sud de Mascate. Il s’agit en fait d’une doline, une dépression dans laquelle le calcaire, dissous par la pluie, a provoqué l’affaissement du sous-sol. On se laisse glisser dans cette eau avec une forte envie de la boire, tellement elle est limpide, ce qu’on s’abstient de faire puisqu’elle est légèrement salée; bien qu’alimenté par une source, ce bassin jouxte la mer. On sirotera plutôt le café parfumé à la cardamome que les gardiens postés à l’entrée proposent gracieusement aux visiteurs en échange d’un simple choukrane (merci).

C’est à Sour, un port de pêche à quelques kilomètres de là, que j’ai senti l’espoir renaître. Ses boutres, des voiliers de bois qui rapportèrent jadis de l’or de l’Inde et des esclaves de l’Afrique de l’Est, ont fait la renommée de la ville, expliquait mon guide. Un repaire de pêcheurs et de marins? Un masseur y serait sûrement plus facile à trouver qu’un physiatre acceptant la carte-soleil…

Une visite du souk s’imposait! De prime abord, ce marché proposait des produits de luxe: la joaillerie y scintillait, aussi dorée que le miel du Yémen voisin, très prisé. Mais on y trouvait aussi des rues bordées de modestes et mystérieuses échoppes.

En ces lieux, les travailleurs étrangers boivent le thé à la tombée de la nuit. Des femmes, vêtues de noir de la tête aux pieds, admirent les tenues multicolores en vitrine. Des coiffeurs cisaillent le cheveu, tondent le poil et même — je n’en croyais pas mes yeux! — massent le muscle.

C’était même écrit en anglais dans une vitrine: full body massage. J’étais full d’accord! Il n’y avait pas foule, d’accord, et l’endroit était mal éclairé par de paresseux néons. Mais il y avait là ce que je cherchais: un masseur! Tant pis s’il ne comprenait pas l’anglais.

Originaire du Bangladesh, Akash m’a invité à m’asseoir dans un vieux fauteuil de barbier. J’ai posé le front sur un «coussinet», un torchon de cuisine plié en huit, sur le bord du lavabo devant moi. (À quoi pouvait-il bien servir s’il n’y avait pas l’eau courante?)


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Akash a commencé à me pincer le dos. S’agissait-il de la technique du «pincer-rouler» dont parlent les magazines féminins pour se débarrasser de la cellulite? Il a ensuite glissé sa main droite dans un appareil de massage électrique, une espèce de gant sans doigts. Transformée en «vibromasseur», sa main pouvait dès lors me pétrir les chairs plus vigoureusement. Elle s’est tellement échinée sur mon échine que je suis sorti de là remué, secoué, ébranlé, à tel point que je ne ressentais plus rien, pas même ma douleur. Ce qui était le but du jeu.

J’étais soulagé, assez en tout cas pour tenter, dès le lendemain, une randonnée. J’ai donc exploré un oued (lit de rivière) où coulait, malgré la fin des pluies, une eau émeraude. Avec ses palmiers et ses éboulis de roches, le wadi Shab (au nord de Sour) avait des allures à la fois de foisonnante oasis et d’aride canyon.

La beauté du spectacle m’a fait oublier ma carcasse. Mais le lendemain…

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2 commentaires
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«e prix de l’essence ordinaire ne dépasse pas 45 cents (oui, oui, canadiens) le litre…
C’est comme ca dans presque tous les pays producteurs de pétrole. Rares exceptions: le Canada et les États-Unis où le pétrole appartient à l’entreprise privée

« Les étrangers, toutefois, ne peuvent pas s’y faire soigner, pas même les expatriés, obligés de se rabattre sur des cliniques privées.
Comme ca partout dans le monde. Sauf au Canada et dans quelques autres rares pays occidentaux

Super bon reportage, bien fait bien écrit (c’est comme si on voyait les lieux, ne manquait que l’odorat), qui nous apprend des choses. Et tout ça à partir d’une simple anecdote. Bravo!