Du racisme dans l’air(bnb)

Devant de nombreux cas de discrimination rapportés par ses utilisateurs, Airbnb a décidé d’adopter une charte pour venir à bout des préjugés raciaux.

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Photo: Bloomberg/Getty Image

«Je n’aime pas les nègres, je vais donc annuler ta réservation, a dit l’homme. Trouve un autre endroit pour reposer ta tête de négresse.»

C’était en mai, en Caroline du Sud. Une jeune Afro-Américaine, qui venait de réserver un appartement sur Airbnb, s’est vu répondre de la sorte par un hôte blanc, sur la plateforme de réservation du célèbre service de partage de résidences, souligne Le Figaro.

Ce n’était pas là un cas isolé: depuis plusieurs mois, pareilles situations se sont multipliées à outrance, aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Sur Twitter, le mot-clic #AirbnbWhileBlack («Airbnb quand on est noir») est apparu pour dénoncer ces cas de discrimination, tandis que des plateformes parallèles conçues pour répondre aux besoins des minorités — comme Noirbnb ou Innclusive — voyaient le jour.

Déjà en 2014, des chercheurs de la Harvard Business School avaient noté que des hôtes d’Airbnb qui n’étaient pas Afro-Américains pouvaient se permettre de hausser leurs tarifs de 12 % en moyenne, rapporte Skift. En 2015, les mêmes chercheurs en sont arrivés à la conclusion que des hôtes portant un nom à consonance afro-américaine avaient plus de difficulté à trouver preneur que ceux dont le patronyme évoquait une personne de race blanche.


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Après avoir commandé une étude à un ancien ministre de la Justice et à une activiste des droits civiques, Airbnb a dévoilé la semaine dernière sa nouvelle politique de non-discrimination. La charte qui en découle dénonce toute discrimination fondée sur l’origine ethnique, le sexe, l’orientation sexuelle ou un handicap, notamment, et elle devra être acceptée par tous les hôtes, dès le 1er novembre.

Entre autres mesures, cette charte prévoit un système qui permettra de réserver une propriété instantanément, sans l’approbation d’un hôte, dès lors qu’elle est disponible; pour annuler cette réservation, l’hôte devra fournir une raison valable.

En outre, si un visiteur se fait faussement dire par un hôte qu’une propriété est déjà louée, le système de réservation rendra automatiquement indisponible la propriété visée aux dates demandées, afin d’éviter que l’hôte utilise cette excuse pour écarter un visiteur pour des raisons personnelles.

Une nouvelle politique dite «Portes ouvertes» permettra aussi à un visiteur victime de discrimination d’accéder à un service de soutien 24 heures sur 24, pour l’aider à se trouver un appartement.

Enfin, on réduira l’importance des photos des visiteurs et des hôtes, sur le site transactionnel d’Airbnb, afin d’empêcher que l’origine ethnique des uns et des autres n’influence leurs choix mutuels. Une décision aujourd’hui critiquée puisque le rapport sur lequel se fonde la charte recommandait plutôt de retirer ces photos, au même titre qu’on devrait retirer le nom des visiteurs et des hôtes (jusqu’au moment de la transaction), pour que les Oussama ben Tremblay ou Lisimba Kuntakinté ne soient pas victimes de préjugés ou, pire encore, traités cavalièrement par les hôtes…

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