Éloge du vin de France

La succession de marathons de dégustations en vue de la prépa­ration du Guide du vin 2010 en a à nouveau fait la démonstra­tion : la France demeure insur­passée.

Certes, les autres pays d’Europe et du Nouveau Monde savent produire de bonnes et même de grandes bouteilles. Et les vins français ne naissent pas tous égaux. Dans une produc­tion aussi plé­thorique, on se heurte encore trop souvent à des pro­duits bâclés et sans vertus, fruits du moindre effort et tout droit sortis d’une tradition au parfum de routine. N’empêche… En dépit de toutes les vicissitudes (voir l’encadré ci-contre), la France reste la source d’une quantité inégalée de vins fins, distingués et originaux, dont la diversité ne cesse d’étonner.

Des siècles d’exploration, d’observation, d’essais, d’erreurs et surtout de triomphes sur l’adversité ont permis de circonscrire des terroirs uniques et de les mettre en valeur en y plantant les cépages les mieux adaptés à la nature des sols et au climat. C’est ainsi que la France est devenue un immense jardin où la vigne s’exprime de mille et une façons, du classicisme et du profil subtilement tannique du bordeaux à la suavité du bourgogne en passant par la vigueur des vins de Loire et l’éclat aromatique des blancs d’Alsace, sans oublier la géné­rosité et la profondeur des vins du Rhône et du Languedoc.

Mais surtout, au-delà des différences régionales et des saveurs locales, les vins français ont pour dénominateur commun cet équilibre et ce caractère digeste qui les rendent si aimables. Même ceux du Sud, pourtant nourris par un soleil parfois brûlant, con­servent cette fraîcheur essentielle qui fait souvent défaut à tant de vins du Nouveau Monde – j’en veux pour preuve toutes les bouteilles débouchées récemment.

Décédé en mai dernier à un âge avancé, Jean Sanders, ex-propriétaire du Château Haut-Bailly – la quintessence du bordeaux raffiné et sub­til -, a défendu toute sa vie cette notion d’élégance. « Le mieux que nous puissions faire, ce sont des vins d’agrément », insistait-il. Appelons cela l’esprit français.

Le bon goût de la France

Des quatre coins de l’Hexagone, quatre bons vins pour célébrer la diversité française.

Saint-Nicolas de Bourgueil 2006, Les Mauguerets La Contrie, Lorieux : Le vin rouge de Loire dans son expression la plus digeste et la plus raffinée, avec tout ce qu’il faut de fruit, de chair et de relief. Exquis ! (S-872580 ; 20,45 $)

Domaine Ferrer Ribière 2007, Côtes du Roussillon : Excellent vin rouge du Sud nourri par le soleil de la Méditerranée ; ferme, riche en matière, sans lourdeur et pleinement satisfaisant. (S-11096271 ; 17,55 $)

Saint-Bris 2007, Sauvignon, Ghislaine & Jean-Hugues Goisot : Originalité bourguignonne produite non loin de Chablis. Le sauvignon s’exprime avec beaucoup d’élégance, de pureté aromatique et de tenue. (S-10520819 ; 22,55 $)

Château Lamartine 2006, Cuvée Particulière 2006, Cahors : Exemple convaincant des progrès accomplis dans le sud-ouest de la France. Vin droit et racé, ferme et pourtant idéalement équilibré. (S-862904 ; 22,15 $)

Numéro un mondial…

Avec une production prévue de 48,1 millions d’hectolitres pour 2009 – l’équivalent de 6,4 milliards de bouteilles -, la France redevient le plus gros producteur de vin, devant l’Italie (46,5 millions d’hectolitres) et l’Espagne (40 millions d’hectolitres). À eux seuls, ces trois pays comptent pour environ la moitié de la production vinicole mondiale.

… mais des exportations en chute libre…

Problème : la France produit plus de vin, mais en vend de moins en moins. À la fin de l’été, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) annonçait que, pour le premier semestre 2009, la valeur des ventes à l’étranger avait reculé de 25 % par rapport à l’an dernier. Toutes les régions écopent, y compris la Champagne, qui a vu ses exportations chuter de 45 %. Même scénario à Bordeaux (- 27 %) et en Bourgogne (- 30 %).

… et des Français qui boivent de moins en moins

À la fin des années 1960, la consommation annuelle de vin en France tournait autour de 120 litres par habitant. Cette année, le ministère de l’Agriculture estime qu’elle ne dépassera pas 43 litres. Crise économique, chute de la consommation nationale, concurrence des pays du Nouveau Monde – bref, le vin français a mal à la tête.

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