Emmanuel Giboulot : un vigneron engagé !

Emmanuel Giboulot, vigneron de Bourgogne, encourt une peine de six mois d’emprisonnement et une amende de 30 000 euros (45 000 dollars). Son délit ? Avoir refusé de traiter ses vignes contre un insecte vecteur de propagation d’une maladie mortelle pour la vigne, explique Nadia Fournier. La chroniqueure présente aussi deux vins de Bourgogne issus de l’agriculture biologique.

Emmanuel Giboulot, vigneron de Bourgogne, encourt une peine de six mois d’emprisonnement et une amende de 30 000 euros (45 000 dollars).

Son délit ? Avoir refusé de traiter ses vignes contre la cicadelle, insecte qui est un vecteur de propagation de la flavescence dorée, une maladie mortelle pour la vigne.

La sévérité de la peine interpelle l’opinion publique, et l’affaire, qui soulève de nombreuses questions d’ordre technique et éthique, a même été reprise dans le New York Times le 2 janvier dernier. L’éditorialiste Andy Rosenthal y exprimait sa perplexité quant à cette poursuite judiciaire, rappelant à ses lecteurs que la France — au troisième rang du palmarès des pays utilisateurs de pesticides — s’est engagée à réduire ses traitements de moitié d’ici 2018.

Adepte de la biodynamie (une forme d’agriculture biologique), Emmanuel Giboulot n’applique aucun insecticide sur les vignes du domaine familial depuis les années 1980. En juin 2013, ne jugeant pas la menace réelle — aucun des villages voisins n’était touché par la cicadelle —, il a donc préféré désobéir à l’arrêté préfectoral n° 322, qui avait imposé le traitement insecticide à l’ensemble des vignobles de la Côte-d’Or.

Accusé d’inconscience et d’égoïsme par les autorités et par certains de ses pairs, le vigneron de 51 ans se défend d’avoir fait ce choix à la légère. Selon lui, la lutte à grande échelle ne contribue pour l’instant qu’à faire baisser la population de cicadelles, qui n’a pas atteint un seuil alarmant. «Dans le vignoble bordelais, 15 années d’épandage d’insecticide ne l’ont pas éradiquée.»

En revanche, une seule application d’insecticide, qu’il soit chimique ou naturel, peut avoir des conséquences néfastes sur l’environnement. Le Pyrévert, insecticide d’origine naturelle prescrit pour l’agriculture biologique, n’est pas sélectif ; il s’attaque aussi aux insectes qui sont utiles à la vigne.

Quant à Emmanuel Giboulot, il devrait comparaître devant le tribunal de Beaune le 24 février. Signe d’un soutien populaire, la pétition en ligne qui réclame l’abandon des poursuites contre lui a recueilli à ce jour près de 15 000 signatures.

MISE À JOUR :
Depuis le moment où l’auteure a rédigé cet article, le «dossier» Emmanuel Giboulot a progressé et le jugement a été fixé au 7 avril. Plus de détails ici.

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À défaut de pouvoir goûter les vins d’Emmanuel Giboulot, on pourra se régaler de ces deux vins de Bourgogne issus de l’agriculture biologique.

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Domaine de la Cadette, Bourgogne 2012, La Sœur Cadette

(11460660 ; 20,15 $)

Au sud de Chablis, Jean Montanet pratique l’agriculture biologique depuis plus d’une décennie. Bon an, mal an, sa «petite» cuvée est un régal de fraîcheur : savoureuse, aérienne et hautement digeste. Un vin à servir frais (mais pas froid), avec des huîtres !

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Domaine Jean Fournier, Marsannay 2011, Cuvée Saint-Urbain

(11853412 ; 27,45 $)

Laurent Fournier a pris en 2003 les rênes de la propriété familiale, qu’il a convertie à l’agriculture biologique l’année suivante. Cette cuvée est issue de vignes situées sur les parcelles Longeroies et Clos du Roy, à Marsannay. Le 2011 est savamment boisé, relevé de goûts de fruits mûrs, agrémenté de notes d’épices. Agréable dès maintenant et jusqu’en 2018, au moins.