Est-ce impoli de garder ma caméra éteinte pendant un cours en ligne ?

Je m’appelle Mathieu Charlebois et chaque mois, je réponds à vos grands questionnements existentiels.

Illustration : Stéphanie Aubin

Tous les enseignants que j’ai contactés me l’ont confirmé : parler à un écran d’ordinateur n’affichant que des carrés noirs, c’est le genre de chose qu’on s’attend à trouver dans un des cercles de l’enfer décrits par Dante, entre l’écorchement à vif et la musique de Noël à l’épicerie en novembre.

Pour Carmélie Jacob, chargée de cours en littérature à l’UQAM, le grand trou noir est particulièrement anxiogène. « Et si je suis anxieuse, je parle vite et mon cours est moins bon. Je l’ai dit à mes étudiants : c’est tout à leur avantage de ne pas me laisser dans le noir ! » Si vous ne le faites pas pour vos professeurs, vous pouvez donc le faire pour vous. Tout le monde y gagne.

En moyenne, entre un quart et un tiers des participants montrent leur frimousse à l’écran, la proportion étant plus élevée en fin de journée que le matin. On pourrait en déduire qu’ils ont à cœur de bien paraître, ce qui est plus facile à 14 h qu’à 8 h, mais…

« Si je demande à mes étudiants d’allumer leur caméra, c’est à mes risques et périls », m’explique Gabrielle Brassard-Lecours, qui enseigne le journalisme à l’Université Concordia. Dans sa courte carrière de camgirl du haut savoir, elle a déjà vu un étudiant qui dansait dans son salon, une étudiante sous les couvertures, et une autre qui posait des questions en rangeant ses brassières.

Assister à son cours en pyjama, ce n’est pas la fin du monde. En temps normal, je suis de ceux qui roulent des yeux devant les conventions qui disent comment on devrait s’habiller. Mais nous ne vivons pas des temps normaux. Il y a, dans certains gestes du quotidien, comme un besoin de faire tenir ensemble ce qu’il nous reste de société.

Ce cours n’est pas qu’une transmission de savoir. C’est aussi un moment pour simuler un peu de normalité, en enfilant un chandail propre après avoir pris une douche. En ne divisant pas son attention entre une brassée de lavage et une leçon sur la théorie des cordes. En montrant à sa professeure qu’on est là pour vrai, et qu’elle n’est pas en train de perdre la raison, à parler toute seule dans sa cuisine.

L’homme que je fréquente écrit si mal que chaque échange de textos me donne envie de ne plus jamais le revoir. Que faire ?

Son style de rédaction n’est peut-être pas digne d’un Baudelaire du SMS, mais comme on dit : l’importan cé kon se comprand ! Heureusement, nous sommes en 2020 et des dizaines d’options de communication non écrites s’offrent à nous, de l’appel vidéo au télégramme chanté en passant par les sémaphores. Utilisez-les.

Mal écrire n’est pas un signe de manque d’intelligence. Vous le savez, bien sûr, puisque vous ne fréquenteriez pas un idiot. N’est-ce pas ? Et juger ceux qui peinent à retenir les règles de participe passé ne nous rend pas meilleurs qu’eux, seulement plus insupportables. Peut-être votre flirt a-t-il envie de s’améliorer. Ce n’est pas une discussion facile à avoir, mais si vous pouvez l’aider à différencier « sa » et « ça », vous y gagnerez tous les deux.

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Le fait de me voir ainsi que quelques autres étudiants sur l’écran, me déconcentre totalement et je suis incapable de suivre le cours. Y a-t-il un piston sur Zoom qui nous permet de voir seulement le professeur. Ma solution fut de couper la caméra et au moins je ne me voyais plus. J’ignorais que le prof était déçu de voir du noir: moi je veux voir du noir sauf le professeur!