Faut-il (encore) avoir peur de prendre l’avion ?

Alors que les avions reprennent petit à petit la voie des airs, bien des passagers ne sont pas pour autant chauds à l’idée de réserver un billet, par crainte d’être contaminés. Ont-ils vraiment raison de s’inquiéter ?

Photo : iStockPhoto

Autrefois, la peur de s’envoler était surtout liée aux turbulences, à l’éventualité (très peu probable) d’un écrasement ou à l’insoutenable perspective de périr noyé au fond de l’Atlantique.

Aujourd’hui, les multiples contrôles, la prise de température corporelle, les interrogatoires assidus et les innombrables précautions font craindre des files d’attente de plus en plus interminables à l’aéroport, à mesure que le trafic aérien reprendra véritablement. Faudra-t-il bientôt arriver cinq heures avant le départ d’un vol international, pour être sûr de ne pas le rater ?

Par-dessus tout, l’avion suscite la crainte d’être enfermé pendant des heures dans une boîte de conserve et d’être forcé de respirer l’air qui y circule en circuit fermé. De l’air potentiellement chargé de particules « covidiennes », du fait de la possible présence de porteurs du coronavirus parmi les passagers.

Or, contrairement à ce que bien des gens croient, l’air ambiant des avions modernes est régénéré à toutes les deux ou trois minutes avec de l’oxygène frais provenant de l’extérieur — c’est cinq fois plus que ce qui prévaut dans un immeuble commercial moyen.

Mieux : de nos jours, tous les avions sont équipés de filtres HEPA (haute efficacité pour les particules de l’air), qui captent 99,9 % des corpuscules de la taille du coronavirus, et même d’autres saletés encore plus microscopiques. Quand on sait en plus que, dans un avion, l’air circule du haut vers le bas, ce qui risque de plaquer au sol les vilains virus qui auraient eu la mauvaise idée de s’accrocher à une gouttelette, on devrait théoriquement se sentir plus en sécurité dans un avion qu’au bureau (à l’époque où on y allait). À moins de monter à bord d’un vieux Tupolev d’Afghan Airways ou d’un coucou d’Air Koryo, le transporteur national nord-coréen.

Pour parer à toute éventualité, j’ai tout de même déjà prévu mon petit nécessaire de voyage : des lingettes désinfectantes et un petit linge imbibé d’un mélange d’eau claire et d’eau de javel (pas besoin de seringue) rangé dans un sac refermable (de type Ziploc), pour désinfecter tout mon environnement immédiat avant de m’asseoir. Tout va y passer : les accoudoirs, l’écran tactile, la boucle de ceinture et surtout la tablette, véritable pouponnière à bactéries et à virus, couronnés ou pas.

J’aurai aussi sur moi un autre sac refermable pour ranger tout ce que des inconnus aux mains grouillantes de microbestioles auraient pu manipuler (mon passeport, par exemple), en attendant de désinfecter le tout. Et bien sûr, je porterai sur moi en permanence une autre petite bouteille (de moins de 50 ml) de gel antiseptique, et j’aurai en poche un ou deux masques — de plus en plus obligatoires en vol.

En plus de m’éviter de contaminer mes voisins si je suis asymptomatique ou de moi-même choper une saloperie, mon masque aura aussi l’avantage de m’empêcher de suffoquer, lorsque l’irrespirable désinfectant en aérosol sera vaporisé, au départ de certaines destinations d’Afrique ou des Caraïbes. Mais la buée qu’il créera dans mes lunettes risque de rendre difficile le fait de regarder les films présentés à bord, ce qui ne sera pas trop embêtant s’il s’agit de Contagion (2011), de Pandémie (2016) ou de Virus (2019).

D’autres avantages… et inconvénients

Au début de la crise, je me suis hautement réjoui d’apprendre que je n’aurais plus à craindre d’être pris en sandwich dans ce satané siège du milieu, puisque plusieurs transporteurs l’avaient alors condamné. Terminées, les séances de jeu de coudes avec mon voisin immédiat; évacuée, la gestion du territoire du fichu accoudoir. Pas si vite : les unes après les autres, les compagnies aériennes reviennent sur cette décision pour tenter de retrouver un chouia de rentabilité. Il reste maintenant à craindre qu’elles maintiennent la coûteuse réservation de siège, ou qu’elles augmentent le coût des sièges côté hublot, qui seront désormais convoités pour éviter de côtoyer trop de monde de trop près.

Cela dit, on peut aussi reconnaître quelques avantages à prendre l’avion, par les temps qui courent. D’abord, avec une infime partie de la flotte mondiale en activité, on se sent moins coupable de polluer en s’envolant : l’industrie aérienne n’est certes plus responsable des 2 % à 3 % d’émissions de GES qu’elle produisait avant le « Grand Confinement ». En revanche, vu le faible taux de remplissage des avions au cours des prochains mois, il deviendra plus coûteux de compenser son empreinte carbone, dont le calcul se fait en se basant sur le nombre de passagers à bord.

Pour éviter qu’ils se frôlent de trop près lors de l’embarquement, certains transporteurs ont aussi commencé à faire monter en premier les passagers qui sont assis à l’arrière. Fallait-il vraiment attendre une pandémie pour mettre en place une pratique dont l’utilité coulait de source depuis l’invention de l’aviation commerciale ?

Il faut cependant craindre que l’envoi des bagages en soute, qui sera encouragé ou imposé pour ne pas ralentir l’embarquement et éviter la manipulation des compartiments à bagages, finisse par se réaliser dans les mêmes conditions que celles qui ont précédé la pandémie, c’est-à-dire à des coûts prohibitifs.

Quant à la fréquentation des toilettes, il faudra parfois demander la permission de s’y rendre, comme à la petite école, afin d’éviter que les gens forment une file d’attente et côtoient les passagers assis sans respect de la distanciation. Rien là de bien effrayant, surtout si la vente ou la distribution de produits alcoolisés aux effets diurétiques est suspendue, comme c’est le cas pour plusieurs transporteurs. Une belle occasion d’entreprendre une cure, surtout au prix où est vendue la bouteille de pinard de 187 ml.

C’est au moins le cas sur RyanAir, on veut ainsi éviter que les gens forment une file d’attente et côtoient les gens assis sans pouvoir être distants.

En fait, s’il y a désormais quelque chose à craindre en prenant l’avion, ce sont peut-être les passagers eux-mêmes. Dans un protocole émis en mai et destiné aux transporteurs aériens, l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne indique qu’« une hausse du nombre de passagers turbulents ou perturbateurs est à prévoir, avant le départ ou pendant le vol, si par exemple des passagers refusent de s’asseoir les uns à côté des autres ou s’accusent de ne pas respecter les règles. Il existe un risque élevé de conflits si ces situations ne sont pas gérées correctement. Dans le pire des cas, la panique pourrait constituer un danger grave en vol. »

Plus que jamais, donc, il faudra s’assurer de bien respirer par le nez, à bord des avions. Même s’il est recouvert d’un masque.

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Je n’ai pris l’avion qu’à deux occasions dans ma vie:en octobre 1987 et en mars 2016. Compte tenu des complications liées aux retards et/ou annulation de vols et/ou refus d’embarquement pour surréservation et/ou bagages égarés ou endommagés; je trouve désagréable voyager à l’étranger surtout qu’à l’âge que j’ai,je ne peux plus supporter un tel stress comme si j’avais vingt ans. La Charte des voyageurs instaurée il y a un an ne m’impressionne guère puisque les transporteurs vont refiler la facture des indemnités à verser aux voyageurs lésés sur le coût des billets d’avion. Après le renfort des mesures de sécurité dans les aéroports suite aux attentats du 11 septembre 2001 ,ce sera les contrôles sanitaires mettant en quarantaine pour 14 jours les voyageurs canadiens revenus des autres pays. Non,ce ne sera pas de tout repos faire des voyages impliquant qu’il faille prendre l’avion.Je préfère les voyages par voie terrestre à bord d’une voiture ;ça me permet d’avoir le contrôle sur presque tous les aspects. Donc,finis pour moi les voyages en avion!

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C’est surtout la promiscuité qui rend les voyages en avion dangereux. On est tassés comme des sardines et le fait que les compagnies aériennes aient libéré le siège du milieu démontre bien qu’en temps de pandémie ce siège constitue un danger additionnel. Les compagnies et leurs fans vous diront que le siège d’en avant autant que celui d’en arrière sont tout aussi « dangereux ». À cela on peut répondre qu’on est pas obligé d’en rajouter avec le siège du milieu !

J’ai beaucoup voyagé en avion (j’ai même eu une licence de pilote commercial) mais les conditions se sont tellement détériorées au cours des années, surtout depuis 2001, que ce qui était autrefois agréable et une sorte de vacance est devenu un pensum, une épreuve à passer pour aller dans le lieu choisi. Les compagnies aériennes sont de bonnes représentantes de la société capitaliste, néo-libérale, où c’est l’enrichissement des actionnaires qui prime, pas la santé du public. On prétend offrir aux passagers des environnements sécuritaires mais on refuse de faire la chose la plus élémentaire d’éloigner les passagers les uns des autres en permettant l’occupation du siège du milieu (pour faire plus d’argent). En plus, dans les longs courriers, on ne peut porter un masque pendant 5 heures et plus sans boire ni manger; donc, cette histoire du masque peut toujours aller pour un vol court mais pour les longs courriers, ça risque d’être bordélique et on peut être assuré que le voisin du siège du milieu va devoir enlever son masque à un moment donné.

Finalement, les clients peuvent faire la seule chose qui pourrait aider : cesser de voyager en avion, au moins pour le temps de la pandémie et tant que les compagnies aériennes n’agiront pas en personnes responsables.

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