Internet sur l’Everest: plus que la fin d’une époque

S’il est une chose à laquelle on doit aspirer, en accédant au Toit du monde, c’est bien l’atteinte d’un niveau de plénitude proche du nirvana, d’avoir l’impression d’être plus près du Ciel que de la Terre. Ce sera bientôt chose du passé: depuis quelques semaines, Internet est disponible sur les flancs de la plus haute montagne du monde.

Crédit: Luca Galuzzi/CC 3.0
Crédit: Luca Galuzzi/CC 3.0

Une filiale d’une entreprise suédoise de téléphonie, TeliaSonera, a en effet aménagé une station de transmission alimentée à l’énergie solaire, près du village de Gorakshep, à 5200 m d’altitude, dans l’Himalaya.

De la sorte, les prochaines alpinistes qui s’attaqueront au plus haut sommet du globe pourront utiliser Internet pour entrer en contact avec les leurs, passer un coup de fil vidéo ou, pourquoi pas, donner une vidéoconférence, voire regarder Tout le monde en parle en direct, le soir, dans leur tente…

Jusqu’ici, les alpinistes devaient utiliser un coûteux et instable téléphone satellite pour demeurer en contact avec «ceux d’en bas». Désormais, ils pourront non seulement téléphoner à la maison, ils pourront aussi mettre leur page Facebook à jour, tweeter à la seconde près leur moindre état d’âme et savoir si Jean Charest a finalement déclenché une enquête publique sur l’industrie de la construction. N’est-ce pas merveilleux?

Si plusieurs alpinistes et sherpas se réjouissent de cette nouvelle, notamment parce que leurs périples seront désormais plus sécuritaires et faciles à organiser (en cas d’accident ou pour suivre les prévisions météo, notamment), d’autres ne partagent pas cet avis.

D’abord, il y a quelque chose d’absurde dans l’aménagement de ce service qui, somme toute, ne servira pas à grand monde. Depuis qu’Edmund Hillary et Tensing Norgay ont gagné le sommet de l’Everest, en 1953, au plus 4000 personnes ont répété l’exploit, et 14 000 autres ont tenté l’aventure (excluant tous ceux qui s’offrent le trek du Camp de base chaque année). Pendant ce temps, les deux tiers des 28 millions de Népalais n’ont pas accès à Internet.

Ensuite, et surtout, il y a l’émiettement des concepts d’isolement et d’éloignement. Il n’y a pas si longtemps, bien des voyageurs n’en avaient que pour ça : pour eux, un voyage n’était réussi que s’ils trouvaient l’endroit le plus éloigné et le plus isolé de la planète, où ils seraient le plus coupés du monde, explique en substance le journaliste Jeff Greenwald, dans un excellent article paru dans Salon. «Aujourd’hui, tout ce qu’on recherche, c’est d’être accessible en ligne », dit-il.

Pour lui qui a maintes fois parcouru les sentiers de randonnée du Camp de base de l’Everest, c’est la fin d’une époque, mais aussi d’un mode de voyage, qui découlent de ce nouvel accès Internet.

«Il y a 30 ans, dit-il, le simple fait de téléphoner à l’étranger depuis Katmandou était une aventure et impliquait des heures d’attente; même envoyer une carte postale relevait de l’exploit. […] Mais rien de tout cela n’apparaissait comme un inconvénient, au contraire; entrer dans cette dynamique faisait partie de l’expérience, et c’était euphorisant».

De la même manière, entreprendre un trek dans l’Himalaya requérait alors un total engagement de soi, et une étroite et constante relation avec les Népalais et les autres trekkers, ce qui était tout aussi stimulant, explique le journaliste voyageur.

« Il y avait dès lors de multiples possibilités de se faire de nouveaux amis, d’expérimenter la culture bouddhiste des sherpas, ou de savourer cette exquise solitude… […] Résultat: un tel périple ressemblait à tout sauf à du sightseeing…»

Est-ce qu’Internet va changer tout ça? Non, sans doute. Pas pour l’instant. Mais dans un proche avenir, on peut l’appréhender. «Parce qu’être connecté sur l’endroit où vous êtes, avec les gens avec qui vous êtes, exige d’être déconnecté, à tout le moins temporairement, de quoi que ce soit d’autre».

Merci à Jean-Frédéric Légaré-Tremblay pour le lien – reçu par courriel.

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3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

je ne comprends pas votre article. en quoi internet défigurerait l’EVERST. se qui a défiguré le mont EVERST sont les touristes alpinistes qui par leur sacs, nourritures et pommades ont souillé cette espace jadis nickel.

L’internet est présent et accessible tout au long d’un trekking empruntant la route traditionnel népalaise (ex: Namche bazzar) menant au camp de base Everest … ça n’a rien de nouveau et ça n’enlève rien à l’expérience enrichissante en sol himalayien. Fallait s’attendre à ça un jour ou l’autre !

http://www.ex-pe.ca