Je hais la Thaïlande

Pour raviver l’intérêt des touristes — beaucoup moins nombreux à se bousculer aux portillons des aéroports thaïlandais depuis un an —, le gouvernement a misé sur une étonnante vidéo intitulée I hate Thailand pour dédramatiser les images négatives qui minent sa réputation sur la scène internationale.

Art_de_vivreC’est l’histoire de James, un jeune Brit qui se fait voler son sac, son passeport et son portefeuille après une nuit de beuverie en Thaïlande, et qui se rebiffe dès lors contre tout ce qui bouge au pays : il engueule un flic, lance des pierres à une camionnette, envoie paître le royaume thaï tout entier.

Comprenez : il n’a plus un rond, le pauvre chou, et dans son esprit, tout l’univers de Siam a concouru pour l’enfoncer dans la mouise jusqu’au cou. Il n’a même pas de quoi se payer un pad thai, et il ne se sent pas de taille à affronter le quotidien ou à demander l’hospitalité pour une nuit. Heureusement, il ne va pas jusqu’à offenser publiquement le Roi, auquel cas il aurait eu droit à quelques années d’hébergement gratuit dans les geôles du pays.

Puis, il rencontre une (très) jolie Thaïlandaise, qui lui ouvre les yeux en faisant appel à son cerveau reptilien (Eric Zemmour serait fier de lui), le tout arrosé d’un Siam Sunray bien frais : tous ceux qu’il a vertement tancés voulaient en fait l’aider !  La sémillante Thaïlandaise va même, geste d’altruisme suprême, jusqu’à lui prêter son propre câble d’alimentation pour que James puisse recharger son iPhone !

S’ensuit alors une série d’événements, où tous les Thaïlandais que James rencontre sont fins et gentils (ce qui est effectivement souvent le cas en ce pays), et où il finit par apprendre le thaï, devenir prof d’anglais et guide de plongée en apnée, puis crier publiquement son amour pour le peuple et la terre de Siam sur les réseaux sociaux.

Tout ce qui précède fait partie d’une vidéo promotionnelle visant à redorer l’image de la Thaïlande, ternie par un coup d’État en mai et par l’assassinat de deux touristes britanniques, en septembre. Ajoutez à cela la mauvaise presse qui circule ces temps-ci sur l’imposition de la loi martiale, et vous obtenez un cocktail de publicité négative bien plus indigeste qu’un mekong, le whisky national.

Pour raviver la flamme de la ferveur chez les touristes — beaucoup moins nombreux à se bousculer aux portillons des aéroports thaïlandais depuis un an —, le gouvernement a donc misé, dans cette vidéo intitulée I hate Thailand, sur une approche dite de psychologie inversée, pour dédramatiser les images négatives qui minent sa réputation sur la scène internationale.

Grosso modo, et d’un point de vue marketing, le résultat est assez réussi, et on embarque volontiers dans l’histoire de James, qui finit par nous rendre la Thaïlande — la vraie, celle du peuple — éminemment sympathique.

Témoins en sont les deux millions de visionnements auxquels la vidéo a eu droit à ce jour, un succès dû en grande partie au fait qu’à l’origine, elle a été téléversée sur YouTube sans qu’on précise qu’elle était produite par la Tourism Authority of Thailand : même la presse locale n’y a vu que du feu, avant que ne soit révélée sa véritable origine, rapporte Skift.

Mais dans ce pays où domine le soja, le scénario est un peu trop teinté à l’eau de rose, et son happy ending (tout comme le piano de la trame sonore) est quelque peu agaçant, tellement le dénouement est aussi prévisible que celui d’un épisode de L’Auberge du chien noir.

À la fin, on découvre ainsi — roulement de tambour ! — que c’était en fait un sale petit macaque qui avait dérobé le sac de James. Sac qu’un bon samaritain a retrouvé et lui a rapporté, portefeuille intégralement rempli de billets, et tout et tout. Mais trève de bavardages : voici la vidéo en question.

Comme on le voit, tout est bien qui finit bien, dans le meilleur des mondes thaïlandais. Rendez-vous maintenant à la prochaine vidéo, où James criera de nouveau sa haine envers la Thaïlande, quand il découvrira que la jolie Thaïlandaise de la vidéo précédente est en fait un ladyboy de Soi Cowboy, célèbre avenue d’un quartier chaud de Bangkok.

Après s’être réfugié dans le Triangle d’Or et avoir sombré dans l’enfer de l’opium pour oublier ses tourments, James finira par convoler en justes noces avec une femme-girafe, histoire d’inciter les étrangers à découvrir le nord du pays, région sur laquelle les efforts promotionnels touristiques seront désormais concentrés.

Trouvé via Tourisme Express.

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À propos de Gary Lawrence

Journaliste indépendant, Gary Lawrence a foulé le sol des sept continents de la planète et de plus de 90 pays. Ex-rédacteur en chef d’un magazine spécialisé en tourisme, il a aussi été rédacteur en chef francophone d’un service de presse touristique et a signé à ce jour des centaines d’articles portant sur les voyages, dont plusieurs dans L’actualité. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter : @LawrenceGary.

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