Je me sens mal d’avoir une femme de ménage. J’ai l’impression d’avoir une servante. Est-ce justifié ?

Je m’appelle Mathieu Charlebois et chaque mois, je réponds à vos grands questionnements existentiels.

Illustration : Stéphanie Aubin

Le capitalisme, c’est comme la saucisse : personne n’aime voir comment c’est fait.

L’employé qui prépare votre café au Mc Tim Houtte chaque matin est aussi votre « serviteur » le temps d’une percolation. Simplement, toute la mécanique est cachée. La caisse enregistreuse est placée entre vous et le barista, votre argent va au commerçant, et vous pouvez vous laver les mains du reste du processus.

Payer une personne pour faire son ménage chez soi, c’est autre chose.

Bien sûr, on ne sort pas le fouet en lui criant : « Frotte plus fort, bonniche ! » Et on la rémunère au prix du marché. On devrait donc avoir l’esprit en paix. Et pourtant… il y a toujours ce petit malaise.

Après tout, on donne aussi le « prix du marché » aux enfants dans les usines à t-shirts du Bangladesh. Ou, pour être un peu moins extrême, aux travailleurs essentiels qui touchent le salaire minimum en pleine pandémie. Comme quoi le marché est un point de repère comportant des limites.

Plusieurs disent que ce que l’aide ménagère offre, c’est du temps bien plus que de la propreté. Or, sur le plan financier, vous ne calculez pas combien ce temps vaut pour vous, mais plutôt combien vous considérez qu’il vaut pour la personne que vous payez. Si l’écart entre les deux est vraiment important, il se peut que votre malaise vienne de là.

Ou peut-être est-il lié aux conditions de travail. Si la femme de ménage tombe malade la semaine prochaine, la paierez-vous quand même ou vous contenterez-vous de lui souhaiter un prompt rétablissement sans vous inquiéter de son épicerie ? Bref, vous comportez-vous en Jeff Bezos dans votre maison ?

Vous avez fait entrer chez vous une version miniature du système capitaliste, avec tous les défauts qui l’accompagnent. Vous avez la chance d’en rectifier quelques-uns. Si vous les balayez sous le tapis, c’est la femme de ménage qui devra les ramasser.

Tout est en règle et vos standards moraux sont aussi respectés que ceux du marché ? Dans un tel cas, si vous époussetez encore les meubles avant qu’elle arrive parce que vous vous sentez mal, vous faites du zèle. Détendez-vous.

Je déteste les légumes. Comment inciter mes enfants à en manger sans avoir à le faire moi-même ?

Vous n’aimez aucun légume, de la laitue iceberg à l’avocat, en passant par le manioc et la patate douce violette d’Okinawa ? Ça fait beaucoup de choses à détester. Soit vous êtes la preuve qu’il est impossible d’apprendre à aimer un aliment et votre démarche ne sert à rien, soit ce ne sont pas vos enfants qui ont besoin d’apprendre quelque chose, mais vous.

Transformez ce qui devait être un plan machiavélique pour manipuler vos enfants en un projet familial où les parents aussi devront goûter. Entre la fleur d’ail, le radis noir et le salsifis, vous trouverez probablement quelque chose qui ne vous dégoûtera pas. Si rien ne passe le test, il y a peut-être un problème dans votre rapport à la nourriture. Ce serait à explorer avec un professionnel. Parce que… vraiment ? Même la patate douce ? C’est comme un dessert !

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Un proche demeure en République Dominicaine et emploie une « nounou » qu’il paie, loge et nourrit en échange de ses services de ménage et de cuisine. Ces femmes proviennent en majorité de la campagne où elles élèvent leurs enfants, aidées en cela par leur famille proche. Le salaire de la nounou bénéficie donc à un entourage élargi. Le proche en question m’expliquait qu’il était considéré comme normal dans son pays que quelqu’un qui en avait les moyens engagé une nounou, participant ainsi à bonifier l’économie sociale.

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Avoir une femme de ménage était courant dans l`URSS et les autres républiques socialiste, car il y avait des classes dans ces pays sans classe, les hauts membres de l`état ne se gênaient pas employer des domestiques. Il est faux d`y voir un phénomène seulement capitaliste.

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Pierre Deschenes ont comprends bien votre propos, sauf qu’ici on est au Québec…..c’est ici que la question se pose !
Quant à moi, le prix du marché est bas. Non aucun malaise et je l’ai déjà fait avoir une demme de ménage, mais les prix sont un peux vas, il serait tant de s’ajuster justement parce que la majorité sont à leur compte. Donc aucun soutien en cas de maladie ou d’accident.

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