Je suis allé à Disney World

Visiter « l’endroit le plus magique sur terre » pendant que la pandémie fait rage tout autour est une curieuse expérience, a constaté le journaliste canado-américain Graeme Wood, qui n’est pas ressorti indemne de sa première visite au célèbre parc d’attractions.

Photo : David Roark / Walt Disney World / Getty Images

Au début de juillet, le parc d’attractions Disney World a rouvert ses portes après presque quatre mois de fermeture en raison de la pandémie. J’ai pris l’avion pour Orlando afin d’y « vivre la magie ». La semaine de mon arrivée, la Floride avait connu un record de nouveaux cas enregistrés en une seule journée, tous États américains confondus. À l’aéroport d’Orlando, j’ai eu le vague sentiment que les Floridiens considéraient cette statistique comme une source de fierté secrète, semblable à celle qu’ils auraient éprouvée si leur État avait établi le record du plus gros alligator, du plus horrible des tueurs en série ou du plus grand nombre de personnes âgées dans une voiturette de golf.

À l’aéroport où j’avais commencé ma journée, dans le Connecticut, on exigeait le port du masque, et tous les visages étaient couverts. Ici en Floride, certains passagers n’en portaient carrément pas, mais la plupart l’arboraient de manière provocante, soit pendu sous le menton, soit avec les narines dégagées dans la partie supérieure, aspirant et crachant des particules potentiellement virales à chaque respiration. Un ami qui vit à Saint Petersburg, à quelques heures de là, compare ce style au « port d’un préservatif qui ne couvrirait que la tige du pénis ».

Disney World est en Floride comme la Cité du Vatican est en Italie, ou la Principauté de Monaco en France. Tout ce qui entoure Disney World est la Floride, mais le parc constitue une entité politique à part entière, avec ses infrastructures, ses transports en commun et, dans une mesure surprenante, ses propres lois et règlements. La loi de la Floride s’applique, bien sûr, mais sur la propriété de Disney — qui couvre plus de 10 000 hectares, soit environ 50 fois la taille de Monaco —, vous pouvez passer des semaines sans croiser un employé de l’administration locale, de l’État ou du fédéral. Lorsque vous êtes dans les parcs de Disney, vous ne voyez ni facteurs, ni policiers, ni chauffeurs de bus — seulement des dizaines de milliers d’employés de Disney (toujours appelés « membres de la troupe » — cast members), qui ne reconnaissent aucune autorité supérieure à celle de Walt Disney (1901-1966), l’éternel líder máximo.

Lorsque vous débarquez à Orlando, votre transit par la Floride ne dure que quelques minutes. Vous sortez des miasmes de l’aéroport pour arriver aussitôt au comptoir d’enregistrement du Magical Express, un bus gratuit et direct pour Disney World. Le comptoir ressemble au bureau de contrôle des passeports d’une nation bienveillante et bien administrée, peut-être la Norvège ou le Japon. En récitant votre nom et votre numéro de confirmation, vous cessez d’interagir avec les entités non disneyennes pour le reste de votre séjour. La femme qui m’a accueilli — à travers un masque et un écran facial correctement portés, plus une couche de plexiglas — m’a salué aimablement alors que je m’approchais. Durant une journée normale avant la pandémie, m’a dit un autre touriste, des milliers de personnes auraient pris d’assaut cette zone d’enregistrement. Ce jour-là, il n’y avait aucune file d’attente.

— Juste vous ? a demandé la préposée.

— Juste moi, un homme de 40 ans qui va à Disney World tout seul, ai-je répondu. Est-ce que c’est bizarre ?

— Pas du tout, a-t-elle gentiment menti. (La bonne réponse étant évidemment : « Maintenant que vous le dites ! ») Elle m’a ensuite tendu mon laissez-passer et m’a dirigé vers une zone où quelques familles étaient alignées, chacune d’entre elles portant déjà un attirail Disney.

Une famille de l’Ohio — un père aux cheveux gris coupés en brosse, une mère et deux enfants d’environ 8 et 10 ans — est arrivée après moi et s’est assise en cercle sur le sol, comme le font les familles, puis s’est mise à grignoter des collations en attendant le bus. Un des enfants a demandé à sa mère s’ils devaient porter leur masque entre deux bouchées de sandwich. « Eh bien, a-t-elle dit en regardant autour d’elle, on est en Floride… », a-t-elle continué, ce que les enfants ont tout de suite compris comme signifiant : « Oui, vous devriez, mais ici, il n’y a pas de loi. »

Le père m’a raconté qu’ils avaient planifié ces vacances à Disney il y a longtemps (ce n’étaient pas les premières) et qu’ils avaient attendu patiemment la réouverture des parcs. Je lui ai dit que je n’étais jamais allé à Disney, que je n’avais fait ma réservation d’hôtel que la veille et que je n’avais même pas obtenu de laissez-passer pour entrer dans un parc. (Il y a quatre parcs thématiques à Disney World : Animal Kingdom, sur le thème de la nature ; Epcot, qui mélange manèges, science et futurisme ; Hollywood Studios, qui se concentre sur le cinéma de l’âge d’or et sur les films dont l’empire Disney fait actuellement la promotion ; et l’emblématique Magic Kingdom). Il m’a regardé avec inquiétude. « Tu “dois” obtenir un laissez-passer. Ça se remplit vite. À ta place, je le ferais maintenant. » Il semblait craindre que je sois victime de ce comble de l’ironie : être dans « l’endroit le plus magique sur terre » et me voir interdit d’entrée, comme Moïse contemplant avec envie la terre d’Israël depuis l’autre rive du Jourdain. « Télécharge l’application pour iPhone, m’a-t-il conseillé. Ce sera ta porte de salut. »

Dans le bus me conduisant à mon hôtel, j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir à mes choix de vie. Un voyage climatisé à travers une zone chaude de la pire épidémie depuis un siècle favorise l’introspection, même si les écrans de télévision et les voix de personnages de dessins animés tentent constamment de détourner votre attention.

Lorsque Disney World a rouvert ses portes, l’élite des commentateurs a tourné l’organisation en ridicule pour avoir fait fi des recommandations des pontes en santé publique, qui déconseillaient les voyages inutiles, les rassemblements en grand nombre et toute interaction avec des étrangers. C’est sur ce dernier point qu’une visite à Disney World se range dans une potentielle nouvelle catégorie de mauvaises idées. C’est une chose d’infecter votre famille — au moins, ce sont des gens que vous voyez tout le temps. Et même si vous allez dans un restaurant et que vous infectez 25 autres personnes, cette catastrophe est dans une certaine mesure limitée, car toutes vivent probablement à proximité du restaurant, et elles ont peut-être même d’autres caractéristiques sociales en commun. Mais Disney attire des touristes de partout — des gens qui n’ont rien en commun —, et un virus qui s’y propagerait proliférerait furieusement, retombant dans tout le pays comme une poussière de fée.

Je dois avouer que des vacances à Disney, même dans des conditions précoronavirus, me semblaient déjà être la meilleure façon de passer un moment misérable qu’ait jamais imaginée l’humanité. J’ai assez d’amis parents pour avoir entendu mon lot d’histoires de files d’attente interminables, de dépenses faramineuses et d’ennui profond (pour eux, sinon pour les enfants). Tout le parc est un parcours d’obstacles jalonné de friandises hors de prix que vos enfants vous supplieront d’acheter. Les pogos coûtent 11 dollars américains. Je ne déteste pas les films de Disney, et j’apprécie particulièrement Pixar et les Muppets. Mais mon désir de rencontrer Mickey s’est évanoui vers l’âge de huit ans, lorsque j’ai questionné ma mère sur ce merveilleux endroit appelé Disney World. Elle m’a répondu qu’elle m’aimait beaucoup, mais qu’elle préférait mourir de dysenterie plutôt que de m’emmener en Floride pour se faire vider les poches par une vermine anthropomorphe. Je ne pense pas avoir abordé de nouveau le sujet avec elle.

La possibilité d’être foudroyé par une mystérieuse maladie mortelle ne m’a en rien rendu le parc plus attrayant.

///

J’ai séjourné au Disney’s Contemporary Resort. (Tout ce qui est Disney est estampé « Disney’s », comme si vous pouviez oublier que l’hôtel où vous logez, le restaurant où vous mangez, le monorail que vous empruntez et le parc d’attractions que vous visitez et où des personnages de dessins animés vous font signe sont tous la propriété de la même méga-entreprise.) À mon arrivée, un employé nommé Miguel a procédé à mon enregistrement et m’a équipé d’un MagicBand, un bracelet émetteur de radiofréquences qui me permettrait de déambuler dans le micro-État sans risque que les autorités de Disney perdent ma trace ou, puisqu’il était connecté à ma carte de crédit, que je me retrouve tragiquement sans moyen de payer une crème glacée ou un t-shirt.

Miguel m’a expliqué les merveilles de ce dispositif caché derrière une couche de plexiglas, un écran facial et un masque chirurgical, de sorte qu’il était difficile de l’entendre, ou même de savoir quand il avait fini de parler. Son porte-nom indiquait qu’il parlait couramment la langue des signes américaine, et il m’a confirmé qu’il l’avait étudiée pendant trois ans. J’ai mis à contribution ma modeste connaissance de cette langue pour le remercier et lui demander où était ma chambre. Il m’a répondu de la même manière, et je pense que nous étions tous les deux soulagés d’avoir trouvé un moyen de communication moins contrarié par nos masques respectifs. J’ai eu seulement cinq autres conversations non entravées par un masque au cours des trois jours suivants, presque toutes parce que mon interlocuteur mangeait ou buvait à ce moment-là, ce qui l’exemptait temporairement des règles d’hygiène.

J’ai déposé mon sac dans ma chambre située au rez-de-chaussée, face au stationnement. J’ai d’abord été déçu par la vue, puis j’ai pris conscience de ma chance de ne pas avoir à utiliser un ascenseur où stagnaient peut-être les exhalaisons des clients qui m’avaient précédé. J’ai ensuite pris un monorail pour me rendre dans les parcs.

« C’est comme le voulait Walt Disney », m’a assuré une mère qui chaperonnait son adolescent. (Le garçon était parti de son côté, comme le font les fils devenus grands.) Elle semblait traumatisée par les voyages précédents, et soulagée par celui-ci. « Il n’y a pas de files. On peut se promener dans les jardins. On peut aller dans les manèges. »

À l’entrée du parc, les files comptaient au maximum deux personnes. L’attente a duré quelques secondes, et aurait même été inexistante si certains portails ne s’étaient pas montrés réticents à enregistrer les MagicBands des visiteurs. Le mien a obtenu le feu vert et je suis entré dans le Royaume, salué par un autre membre de la troupe masqué.

L’un des éléments les plus américains de la magie Disney, c’est de permettre aux enfants d’imaginer les princesses comme des êtres accessibles et au cœur pur plutôt que comme des aristocrates craignant de se faire cracher dessus par des prolétaires. Ce lien magique très particulier est momentanément rompu.

Lorsque vous entrez au Magic Kingdom, vous traversez un tunnel et passez sous une petite plaque mentionnant que vous quittez le présent et arrivez dans le monde d’hier, de demain et de l’imagination. À la sortie du tunnel, vous pénétrez par une place publique dans le premier des sous-parcs thématiques du Magic Kingdom, et le seul dont la visite est obligatoire puisque vous devez le traverser pour atteindre les autres. L’endroit est à l’image d’une petite ville de l’Amérique moyenne d’il y a environ 100 ans, à l’ère des boissons à la salsepareille et du modèle T. La place comporte une gare, puis une avenue bordée de boutiques qui mène au reste du parc. Ce sous-parc, appelé Main Street, U.S.A., est unique en ce sens qu’on n’y trouve pas de manèges — il n’y a absolument rien à y faire, si ce n’est acheter des marchandises avec votre MagicBand et, en temps normal, interagir une première fois (mais pas la dernière) avec vos personnages de dessins animés favoris, ou plutôt des adultes en sueur engoncés dans leur déguisement.

Main Street, U.S.A. est assez fréquenté et animé si on le compare à une petite ville américaine d’il y a un siècle, lorsque le pays ne comptait qu’environ un tiers de sa population actuelle. Toutefois, par rapport à ce qu’il était avant la pandémie, il semble désormais désolé et lugubre, comme une petite ville frappée de plein fouet par la scarlatine et les mauvaises nouvelles venues du front où les jeunes hommes du coin sont partis faire la Grande Guerre. La musique joue sans discontinuer, mais toutes les 10 minutes, une voix l’interrompt pour nous demander à tous : « Portez un masque. Lavez-vous les mains souvent et soigneusement. Couvrez-vous la bouche et le nez quand vous toussez et éternuez, et maintenez une distanciation physique. » Ce memento mori est particulièrement sinistre lorsqu’il est coincé entre « Yankee Doodle Dandy » et « When You Wish Upon a Star ».

Les personnages gardent leurs distances. En fait, je ne pense pas avoir vu en vrai Mickey, Minnie, Pluto ou Jiminy Cricket pendant toute ma visite. Sur les balcons de certains bâtiments, il arrive qu’une princesse danse et interpelle les visiteurs. Et à intervalles réguliers, un défilé de personnages passe, mais il est précédé d’employés en uniforme et portant des masques chirurgicaux qui ouvrent la rue comme des agents des services secrets pour s’assurer que les princesses pourront suivre leur chemin, et peut-être pour intercepter les enfants trop enthousiastes qui voudraient courir les embrasser. L’un des éléments les plus américains de la magie Disney, c’est de permettre aux enfants d’imaginer les princesses comme des êtres accessibles et au cœur pur plutôt que comme des aristocrates craignant de se faire cracher dessus par des prolétaires. Ce lien magique très particulier est momentanément rompu.

La rue principale mène majestueusement au château de Cendrillon, cette structure iconique que vous et vos enfants imaginez lorsque vous fermez les yeux et pensez à Disney, mais aussi à tous les châteaux de contes de fées. C’est l’une des rares parties de Disney World qui n’est pas touchée par le coronavirus, car elle est visible de partout.

Une membre de la troupe m’a proposé de me photographier devant le château, et elle m’a tendu un appareil électronique auquel je pouvais connecter mon MagicBand, de sorte que les images soient automatiquement téléchargées sur mon compte Disney. « Souriez », m’a-t-elle ordonné, et avant que je lui demande comment elle pouvait savoir si je souriais à travers mon masque, elle a ajouté : « Avec vos yeux. Souriez avec vos yeux. » Elle faisait référence au « sourire de Duchenne », du nom du neurologue français du XIXe siècle, Guillaume-Benjamin-Armand Duchenne, qui a découvert qu’on peut arracher un sourire à un visage en le soumettant à une certaine stimulation électrique, mais qu’on peut toujours voir qu’il est simulé parce qu’un vrai sourire forme des pattes-d’oie. J’ai plissé les yeux très fort. Le résultat semble assez convaincant, mais je ne peux pas en être sûr, car Disney a placé un filigrane sur les photos et je devrai débourser 69,99 $ avec mon MagicBand pour avoir des images propres. Afin d’augmenter mon plaisir, Disney a ajouté numériquement sur une des photos un bonhomme de neige nommé Olaf, un simplet à dents de lapin sorti de La reine des neiges et qui se pavane à mes côtés.

///

Depuis le château, les routes rayonnent vers d’autres sous-parcs qui seraient normalement une source inépuisable de divertissement pour une jeune famille. Là-bas, vous pouvez monter dans des manèges mettant en scène des personnages tels que Winnie l’ourson, Blanche-Neige et les sept nains, et le Chapelier fou d’Alice au pays des merveilles. D’autres sont liés à des films de Disney plus récents, Pirates des Caraïbes étant un grand favori. (Certains restaurants et attractions sont encore fermés, mais la plupart sont ouverts.) Un autre coin, Tomorrowland, présente une vision de l’avenir issue d’un passé pas si lointain. Le parc a sagement décidé de ne mettre que partiellement à jour cette vision, de sorte que l’avenir que vous voyez est marqué par l’optimisme de l’ère Kennedy (conquête pacifique de l’espace, ingéniosité des appareils de cuisine fabriqués aux États-Unis), sans que rien filtre de la marée montante du nationalisme en Europe centrale ni de la démence généralisée engendrée par les médias sociaux.

L’amusement serait sans limites, votre épuisement assuré. Et cela parce qu’en temps normal, vous devez choisir quatre ou cinq grands manèges, dont les tours ne durent que quelques minutes chacun, et faire la queue pendant des heures pour y accéder. C’était autrefois. Cette fin de semaine là, il m’a suffi d’une journée pour essayer toutes les attractions du parc. Je n’ai rien négligé, je suis monté plus d’une fois dans mes manèges préférés, et j’ai pris un repas de poulet et de gaufres au milieu de tout cela. Normalement, pour accomplir cet exploit au Royaume magique, il faudrait presque une semaine.

Je pouvais imaginer la frustration des visiteurs qui étaient venus au parc dans le passé. Pour accéder à chaque attraction, je devais d’abord emprunter une série de chicanes, habituellement bondées de familles qui marinent là des heures durant, avant d’arriver à un wagonnet de mine, un petit canot ou un vaisseau spatial et d’être propulsé à l’aventure. Passer devant les fantômes hagards de ces familles m’a donné l’impression de tricher — ou, plus exactement, de ressentir un merveilleux soulagement, presque assez pour me faire oublier que cette facilité pouvait se solder par la perte définitive d’une certaine capacité respiratoire.

Au cas où les foules reviendraient, Disney avait marqué les files d’attente avec du ruban adhésif au sol, pour vous rappeler où vous arrêter afin de ne pas empiéter sur l’espace des autres visiteurs. Mais j’ai rarement rencontré une file d’attente digne de ce nom. Pour visiter Splash Mountain, l’un des manèges les plus populaires du Royaume, j’ai attendu précisément huit minutes avant d’être chargé dans un tronc d’arbre évidé et lancé en aval.

L’ironie de la chose, c’est qu’à l’époque prépandémique, il fallait faire la queue en pleine chaleur et soupirer de soulagement en entrant dans un bâtiment sombre et frais (le donjon de Pirates des Caraïbes, une maison minière de la ruée vers l’or pour Big Thunder Mountain) où vous embarquiez dans le manège. Maintenant, vous vous sentez en sécurité dehors et ce n’est qu’une fois à l’intérieur que vous commencez à vous demander si l’air circule assez bien pour vous permettre de respirer en toute sérénité. Dans certains manèges, comme Mission: SPACE à Epcot, des annonces datant d’avant la pandémie vous avertissent que vous devriez éviter de faire un tour si vous n’aimez pas les « espaces sombres et clos ». Désormais, la peur des espaces clos s’applique à toute personne saine d’esprit, et pas seulement aux claustrophobes. On avertit également le public que le manège peut provoquer des vomissements. Alors que l’engin se mettait en mouvement, je me suis demandé ce que ça ferait de vomir pour 11 dollars de pogo dans un masque accroché à mon visage, en me disant : « Au moins, je n’ai pas eu à faire la queue pour ça. »

Nombre d’attractions se déroulent dans des théâtres, dont deux de mes préférées : Muppet*Vision 3D (une représentation mêlant film, animatronique et performance en direct) et le Hall of Presidents. Dans ces salles, une rangée sur deux a été condamnée — et un bloc de quatre sièges sur deux dans les rangées restantes. Si vous êtes un visiteur solitaire comme moi, vous avez quatre sièges pour vous seul. Dans la plupart des manèges, j’ai disposé de mon propre wagon, ou je l’ai partagé avec deux autres personnes à une distance d’au moins deux mètres.

Beaucoup de manèges prennent votre photo et, après avoir détecté votre MagicBand, vous envoient des images de vous dans les moments les plus forts — lorsque votre wagonnet de mine dans le manège des sept nains atteint sa vitesse maximale, par exemple, ou que Space Mountain vous catapulte dans des g négatifs. J’examine ces photos de moi et j’y vois l’image tout à fait improbable d’un homme au mitan de la vie, le visage dissimulé sous un masque chirurgical, dévalant seul les montagnes russes.

Dans ces circonstances, l’expérience de Disney World révèle une troublante solitude. Cela m’a rappelé une série de films suédoise, Experiment Ensam (expérimentez seul), dans laquelle le réalisateur, Anders Helgeson, a filmé des personnes faisant seules ce qu’elles feraient normalement dans ou devant une foule. Le plus célèbre d’entre eux montrait Bob Dylan se produire en concert devant un seul fan. Un autre film de la série se déroulait dans un parc d’attractions. Le Magic Kingdom n’est pas vide, bien sûr, il l’est juste plus que d’habitude. Mais la distanciation sociale teinte de solitude même la densité minimale, et pas seulement parce que je n’étais pas accompagné lors de ma visite. Avec les masques que tout le monde porte dans le parc (à l’exception des bébés, des gens en train de manger et des princesses dans l’exercice de leurs fonctions), il est difficile d’entendre ce que les autres disent, à moins de s’approcher — ce qui, si vous le faisiez, vous vaudrait sûrement des remontrances de la personne dont vous auriez envahi l’espace. Il en résulte des contacts interpersonnels très limités, voire inexistants… sauf lorsque vous passez devant Miguel en regagnant votre chambre au Contemporary et qu’il vous salue en langage des signes.

À Disney World plus qu’ailleurs, on est hanté par cette particularité étrange et psychiquement épuisante de la pandémie, cette absence d’espace émotionnel partagé. C’est peut-être encore l’endroit le plus heureux sur terre, mais on ne pourrait l’affirmer en regardant ceux qui nous entourent.

Plus troublant encore qu’être au Magic Kingdom sans serrer la main de Mickey et de Pluto, c’est être au Magic Kingdom — où de nombreux visiteurs portent des t-shirts sur lesquels on peut lire : « L’endroit le plus heureux sur terre » — sans apercevoir le moindre visage humain. Le respect du port du masque dans les parcs était presque parfait. J’en étais reconnaissant. Aucune trace des comportements effrayants que l’on voit parfois dans les vidéos de files d’attente au Costco, où des clients exigent d’entrer sans masque et menacent d’agresser les caissiers et les clients qui s’y opposent. Tous les visiteurs de Disney World portaient un masque, et si certains pères le faisaient à contrecœur, ils enduraient stoïquement leur frustration, comme de grands garçons, en maugréant derrière celui-ci dans le manège de Winnie l’ourson.

Mais qu’est-ce qu’un parc d’attractions dans lequel tout sourire visible est interdit, où rires et cris de joie sont étouffés au point d’être inaudibles ? Si vous pensez que c’est comme regarder une sitcom sans rires enregistrés, c’est que vous ne saisissez pas pleinement l’inhumanité de cette situation, l’étrangeté d’être dans un lieu qui existe pour susciter le bonheur… mais où toute émotion est cachée.

Paul Bloom, professeur de psychologie à l’Université Yale, a fait remarquer que la pandémie ne ressemble à aucune autre catastrophe, car notre souffrance et notre réaction collective sont solitaires. Pour être un héros pendant le blitz de 1940, on sortait ses voisins de sous les décombres ; on compatissait en personne avec ses amis et on les encourageait de vive voix à tenir bon. Pour être un héros de la pandémie, on reste à la maison et on regarde Projet haute couture en sous-vêtements.

À Disney World plus qu’ailleurs, on est hanté par cette particularité étrange et psychiquement épuisante de la pandémie, cette absence d’espace émotionnel partagé. C’est peut-être encore l’endroit le plus heureux sur terre, mais on ne pourrait l’affirmer en regardant ceux qui nous entourent. Si vous voulez vivre une expérience effrayante, je vous invite à visiter It’s a Small World dans ces conditions : vous êtes entouré de poupées qui chantent, tandis que les êtres vivants autour de vous sont vides de toute expression. Les poupées répètent « C’est un petit monde, après tout » sur des tonalités légèrement différentes environ 200 fois en 10 à 15 minutes. Je n’ai pas vu le monde depuis des mois, et que me disent ces automates ? Qu’ils ont remplacé des nations entières, qu’ils sont heureux qu’il en soit ainsi et que nous, les grandes personnes, devons accepter cette nouvelle réalité ?

Cela dit, j’ai aussi entrevu des bribes d’humanité. Depuis mars, je n’en avais guère vu en dehors de mon propre foyer. Les photographes de Disney m’ont strictement interdit d’enlever mon masque pour les photos. Mais il m’est arrivé de voir des mères et des pères regarder furtivement autour d’eux et dire à leurs enfants de retirer leur masque le temps d’un cliché. Une fois, j’ai aperçu une fillette d’environ huit ans, à bonne distance de toute personne autre que ses parents, faire cela devant le château de Cendrillon. Le masque tombé sous son menton, elle a affiché un immense sourire et a fait un signe de paix à ses parents. Cela a duré à peu près une seconde, le temps de prendre une photo avec un téléphone. Même si l’enfant n’est pas le vôtre, le cynisme s’étiole devant pareil bonheur. Il réapparaît rapidement, mais qu’importe, Disney redevient un lieu romantique pour un instant seulement.

///

Peut-être que, pour d’autres, cette illusion reste l’expérience dominante de Disney. Je ne suis pas, comme je l’ai déjà dit, le client typique de Disney. Je suis néanmoins forcé d’admettre, après avoir observé les plus fervents adeptes de l’entreprise — ceux qui sont prêts à flirter avec la contamination pour l’un des saluts royaux de Blanche-Neige —, que leur décision de venir en ce moment n’est pas, comme je le croyais au départ, le fruit de l’ignorance ou de la stupidité. Presque tous ces gens semblaient accepter la réalité du coronavirus, ou y croire suffisamment pour reconnaître qu’il serait déplacé de refuser de garder vos distances lorsque d’autres vous demandent gentiment de le faire. Pour moi, Disney est une société qui produit du divertissement pour enfants, mais pour eux, c’est quelque chose pour lequel il vaut la peine de risquer sa vie.

Le dimanche, j’ai vu une famille monter à bord d’un monorail pour le Magic Kingdom, et j’ai remarqué que la mère et le père portaient tous deux des crucifix tatoués sur le corps. (Les tatouages sont courants de nos jours chez les parents Disney.) J’ai vérifié en ligne si la micronation Disney avait des chapelles ou offrait des messes, et un site Web non officiel m’a appris qu’« aucun office religieux n’est organisé sur la propriété de Disney ». Je ne pense pas que cette déclaration soit aussi simple et exacte qu’elle le paraît, à moins que vous ne pensiez, naïvement, que la religion se limite à un ensemble de choses auxquelles vous croyez : que Jésus est ressuscité d’entre les morts ; que Mohammed est le dernier prophète de Dieu ; que Bouddha a atteint l’illumination sous un figuier ; qu’un jour Zeus a eu la migraine et qu’Athéna lui est sortie de la tête. Une autre vision de la religion veut qu’elle soit plus subtile et plus omniprésente. Elle serait le fondement de notre imagination et se composerait d’histoires et d’idées si profondément ancrées dans notre esprit que nous ne serions même pas conscients qu’elles forgent notre réalité. Selon ce principe, Disney serait une religion et aller à Disney World, un pèlerinage.

Bien sûr, peu de visiteurs du parc décrivent leur expérience de cette façon, et je suis sûr que les deux parents aux tatouages de croix pensent que c’est Jésus et non Donald Duck qui est leur rédempteur. Mais si vous leur posez des questions sur l’amour, ils vous parleront de La Belle et la Bête. Si vous les interrogez sur la vieillesse, ils vous parleront de Là-haut. Si vous voulez savoir comment surmonter l’adversité, ils vous parleront d’Aladdin. Si votre imagination est suffisamment remplie de pareilles histoires, écrites (ou filtrées) par la société Disney, alors qu’est-ce que Disney World — où ces récits sont omniprésents et glorifiés — sinon un endroit pour nourrir votre âme en temps de disette ?

De nombreuses attractions sont explicitement conçues pour remonter le moral des troupes et vous faire croire que le monde s’améliore. Le samedi, j’ai visité le Hall of Presidents, un tonifiant pour la religion civique américaine. C’est une histoire résumée de l’Amérique qui commence par une quête de liberté, trébuche sur l’esclavage et Jim Crow, et triomphe dans la renaissance de la liberté. Le spectacle exalte l’admiration pour les présidents des États-Unis et se termine par un impressionnant lever de rideau, révélant Barack Obama et 43 hommes blancs sous forme animatronique, qui respirent et bougent la tête et les membres avec un niveau de réalisme étonnant. Cette attraction est, selon la présentation, « respectueuse », et même un discours prononcé par un Donald Trump robotisé n’en affaiblit pas la portée. (Ça aide qu’on y fasse de Martin Luther King Jr. une sorte de président non officiel, en plus de multiplier les allusions émouvantes à John Lewis, figure du mouvement américain des droits civiques, mort la veille de ma visite.)

Ce soir-là, au bar de l’hôtel, j’ai rencontré une institutrice de New York venue visiter Disney World en secret pour éviter de scandaliser ses amis et ses voisins. Elle m’a avoué que Disney était son « paradis » et qu’elle aimait s’évader de l’animosité qui règne à New York. « La vie des Noirs a de l’importance ici parce que toutes les vies y ont de l’importance. New York est une zone de guerre. Nous avons un maire qui ne soutient pas la police, une police qui ne se soucie pas du maire, des enfants d’un an qui se font tirer dessus dans la rue. » Elle a affirmé que la seule autre fois où les files d’attente avaient été aussi courtes à Disney World, c’était après le 11 Septembre, quand personne ne savait vraiment si les terroristes allaient massacrer tout le monde ni si les gâteaux à la cannelle allaient être saupoudrés d’anthrax. « C’est la même chose aujourd’hui, m’a-t-elle dit. C’est un moment merveilleux pour être ici. »

Les visiteurs se soumettent volontairement à l’autorité du micro-État de Disney World et leur soumission est totale, car ils jugent que Disney est un gardien digne de confiance de cette autorité.

J’aurais pu lui répondre qu’elle trouverait peut-être le Magic Kingdom moins paradisiaque si elle n’était pas blanche et que, montée à bord d’un bateau de la Jungle Cruise (un tour sur l’eau à travers un pays sauvage), elle voyait des indigènes armés de lances avec des os à travers le septum nasal danser sur les rives ; ou si elle était chinoise et qu’elle tombait sur le magasin de la section Frontierland dont l’enseigne indique en grosses lettres : « Blanchisserie chinoise ». Mais la vérité est que j’ai vu beaucoup de familles non blanches dans le parc, et elles semblaient toutes tellement s’amuser que j’aurais eu honte de gâcher leurs vacances en leur demandant si elles voulaient se joindre à moi pour admonester la direction du parc au sujet de tel ou tel élément offensant. (Disney a révisé certains vestiges de son manque de sensibilité et a annoncé que Splash Mountain serait rénové afin que les personnages de l’embarrassante chanson raciste « Song of the South » soient remplacés par des personnages de La princesse et la grenouille, qui met en scène la première princesse afro-américaine de Disney. Reste que, chaque fois que je prenais place dans un manège datant de plus de 20 ans, je me préparais à grimacer au moins une fois.)

Où se cache l’indignation ? Au même endroit, je suppose, que la colère de ceux qui s’élèvent contre le port du masque, elle aussi manifestement absente du parc. Les visiteurs se soumettent volontairement à l’autorité du micro-État de Disney World et leur soumission est totale, car ils jugent que Disney est un gardien digne de confiance de cette autorité.

Pensons à l’anarchie qui règne en Floride, l’État qui entoure ce micro-État. Environ 1 citoyen sur 10 a rempli des formulaires lui donnant le droit de porter une arme à feu dissimulée. Jusqu’à récemment, l’hymne de l’État parlait encore de darkies (terme péjoratif pour désigner les Noirs). Les gens sont tellement têtus qu’on ne peut les persuader de mettre un bandana sur leur visage pour sauver leur propre vie. Les moustiques sont assez gros pour se battre avec des colibris.

Et puis il y a Disney World, un petit bout de Singapour au milieu du Yémen américain. À l’évidence, ce territoire est administré avec compétence. Il dispose d’un système de transport public dont la capacité dépasse de loin celle des systèmes des villes d’où viennent de nombreux visiteurs. Ceux qui font respecter la loi sont fiables et mesurés : si vous refusez de porter un masque, un membre de l’équipe viendra vous remettre dans le droit chemin, en douceur. Le rapport des incidents survenus dans le parc se lit comme le registre de police d’une ville tranquille de Nouvelle-Angleterre, et non d’un pays imaginaire entouré de rebelles armés et querelleurs. À Disney, même la nature semble maîtrisée et contrôlée. Lorsqu’un ibis blanc, oiseau typique des marécages floridiens, s’est approché de moi tandis que je déjeunais un jour à Sleepy Hollow, cela faisait si longtemps que je n’avais pas vu un animal sauvage que j’ai dû l’examiner attentivement pour m’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une créature robotisée. Je n’ai vu qu’un seul moustique pendant toute ma visite. Rien ne vit dans ce parc sans l’autorisation de Disney.

Les visiteurs de Disney World se comportent en retour avec une docilité qui ferait l’envie de tout régime autoritaire. Lorsqu’on m’a proposé un MagicBand, je me suis volontiers soumis au marquage et à la surveillance — une atteinte à ma vie privée que je ne permettrais jamais au gouvernement des États-Unis. En fait, j’espérais que Disney me suivrait du plus près possible, afin que je puisse savoir si un visiteur qui avait fait la queue près de moi avait été déclaré positif à la COVID-19. (Disney dit qu’elle n’utilise pas les MagicBands pour la recherche des contacts.) J’ai accepté des niveaux élevés d’intervention autoritaire tant et aussi longtemps que le tyran portait de ridicules oreilles de souris. Si la sanction pour refus de porter un masque avait été d’être fouetté en public, j’aurais acclamé l’administration de la justice sur la place publique de Main Street, U.S.A. Si la même chose se produisait dans la ville où je vis dans le Connecticut, je ferais probablement un don à l’Union américaine pour les libertés civiles et je déplorerais que ma ville régresse vers le puritanisme du XVIIe siècle.

Les leçons de cette hypocrisie sont étranges et profondes. Depuis des mois, le monde se demande ce qui arrive aux États-Unis, pourquoi nous manquons tellement de décence et de civisme que nous refusons de prendre de simples mesures pour réduire le nombre de personnes atteintes du coronavirus, comme tout porte à croire que cela se passerait si nous portions tous des masques. Il se peut que nous ne soyons que des imbéciles, ou qu’un nombre suffisant d’entre nous soient assez imbéciles pour déjouer les mesures de santé publique. C’est une théorie pessimiste, car l’imbécillité est généralement incurable.

Or, à Disney, j’ai vu beaucoup d’Américains (le parc est d’ordinaire cosmopolite, mais lors de ce voyage, les seules langues parlées par les visiteurs étaient l’anglais et l’espagnol) et aucun imbécile évident. Certains étaient sûrement du genre à se méfier du gouvernement. Si c’est le cas, cette méfiance coexistait en quelque sorte avec une confiance aveugle en une société d’une valeur de 212 milliards de dollars dont les marges bénéficiaires reposent sur les ventes de t-shirts bas de gamme. Je ne peux dire que cette suspicion et cette confiance sont mal placées. La perte de confiance dans les institutions publiques a poussé les Américains à se tourner vers des institutions privées, et nous devrions probablement nous préparer à voir cette tendance se confirmer. Si vous ne pouvez pas faire confiance à la police, attendez-vous à payer pour de la sécurité privée. Vous ne faites pas confiance aux politiques de santé publique du président ? Alors, écoutez plutôt une souris qui parle. Le piège est que le remplacement de ces services publics (application de la loi, soins de santé, infrastructures) par des services privés n’est accessible qu’à ceux qui sont en mesure de les payer. Mon long week-end à Disney World m’a coûté environ 2 500 dollars, ce qui est davantage que ce que j’aie jamais déboursé pour des vacances deux fois plus longues.

Sur le chemin du retour, cependant, je me suis rappelé ce que cet argent avait permis d’acheter, et combien une fin de semaine dans le Singapour américain pouvait être sereine, comparativement à d’autres destinations. Le Magical Express m’a déposé à l’aéroport d’Orlando, et l’heure que j’ai passée à attendre mon vol de retour a été l’une des plus pénibles depuis l’aube de la pandémie. L’aéroport d’Orlando n’en est pas un de transit, de sorte que la plupart des voyageurs présents dans le terminal se trouvaient dans le centre de la Floride depuis au moins quelques jours, au plus fort de la pandémie. Nous étions tous ennemis les uns des autres. L’attitude envers le port du masque était au mieux insouciante, et je croisais banc après banc des hommes et des femmes au visage découvert ou avec leur masque pendant sous le menton, comme ces filets à barbe que portent les cuisiniers.

Je suis monté dans l’avion et le passager à côté de moi — un homme avec une casquette portant l’inscription « Police d’Orlando » — s’est rapidement endormi et a commencé à ronfler dans ma direction, le nez sorti de son masque. J’ai ajusté la ventilation pour souffler dans l’allée l’air provenant de ses narines. Un membre de la troupe de Disney aurait corrigé le problème, et je suis sûr que ce type l’aurait accepté. Au lieu de cela, l’agente de bord qui m’a vu jouer avec la ventilation a haussé les épaules avec sympathie, avec une expression qui disait : « C’est la Floride ! »

La version originale de cet article a été publiée dans The Atlantic.

Laisser un commentaire

Pourquoi envoyer quelqu’un qui n’a que des idées préconçues négatives et fait des efforts et des detours pour les verbaliser?
Pourquoi avoir avoir sélectionné cet article pour placer dans votre revue?
Ou est rendu l’objectivité de vos reportages des années passées?
Louise

Répondre
Les plus populaires