La crise m’a relativement épargné. Comment vivre avec le sentiment de culpabilité ?

Je m’appelle Mathieu Charlebois et chaque mois, je réponds à vos grands questionnements existentiels.

Illustration : Stéphanie Aubin

Votre mère avait mille reproches à vous faire quand vous avez quitté votre poste dans un important cabinet d’avocats pour lancer votre entreprise de papier de toilette artisanal. « Il n’y a pas d’avenir là-dedans », répétait-elle. Aujourd’hui, coup de théâtre, vous êtes un des rares à avoir évité le pire. Au passage, vous avez même gagné de l’argent… et de la culpabilité.

Mais pourquoi, au fond ? Posséder des biens ou être dans une bonne situation ne génère pas en soi de la culpabilité. Avoir 482 boîtes de conserve de pois chiches dans son armoire démontre peut-être un amour un peu intense pour le houmous, mais ce n’est ni bien ni mal. Or, emmagasinez-en la même quantité alors que tout le monde autour n’a rien à se mettre sur le pita, et vous verrez la culpabilité se pointer le nez.

On ne se sent pas coupable de posséder, mais bien de ne pas redonner au suivant ou de ne pas aider. La solution est donc claire : utilisez votre position privilégiée pour améliorer la vie de ceux qui vous entourent. Aidez des inconnus par l’intermédiaire d’organismes ou aidez des proches d’une manière directe, peu importe. Donnez de votre temps, donnez de votre argent, nourrissez votre quartier en entier avec la plus grande quantité de houmous jamais vue. Les options sont nombreuses pour qui les cherche.

Après des semaines à se confiner et à se rationner, on a peut-être perdu l’habitude de s’ouvrir et d’offrir. Or, nos sociétés ont besoin de ça maintenant autant qu’on avait besoin de dessins d’arcs-en-ciel dans les fenêtres pour se dire « ça va bien aller » quand tout ça a débuté.

Idéalement, l’altruisme et la générosité nous viendraient de façon naturelle. On devrait être charitable parce que c’est la bonne chose à faire, mais on a parfois besoin d’un motif extérieur pour aller du côté de la lumière. Par exemple en faisant taire cette petite voix qui nous taraude chaque fois qu’on ouvre une boîte de conserve de pois chiches. L’égoïsme est un drôle de point de départ pour l’altruisme, mais la personne qui reçoit l’aide à l’autre bout s’en fout un peu.

S’il y a une leçon que la pandémie nous a apprise, c’est que nous dépendons tous des autres. Des fois, notre sort dépend de leur inaction complète, et on les remercie de rester à la maison à regarder en rafale les épisodes d’une sitcom des années 1990. D’autres fois, il dépend de la capacité des plus forts à aider les plus faibles.

Quand les temps sont durs, il importe d’avoir le cœur tendre.

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